Introduction générale
La Mosquée du Prophète ﷺ, connue sous le nom d’al-Masjid an-Nabawi, occupe une place unique dans le cœur des musulmans. Avec la Mosquée sacrée de La Mecque (al-Masjid al-Ḥarām) et la Mosquée al-Aqṣā à Jérusalem, elle constitue l’un des trois lieux sacrés mentionnés explicitement par le Prophète ﷺ comme étant dignes d’un voyage pour l’adoration :
« On ne doit entreprendre de voyage religieux que vers trois mosquées : la Mosquée sacrée, ma mosquée-ci, et la Mosquée al-Aqṣā. » (al-Bukhārī, Muslim).
L’importance spirituelle de ce lieu béni se retrouve dans de nombreux autres ḥadiths :
- « Une prière dans ma mosquée est meilleure que mille prières dans toute autre mosquée, sauf la Mosquée sacrée » (al-Bukhārī, Muslim).
- « Entre ma maison et mon minbar se trouve un jardin parmi les jardins du Paradis. » (al-Bukhārī, Muslim).
Ces paroles montrent que le Masjid an-Nabawi n’est pas seulement une construction en pierre et en bois, mais bien un centre de lumière spirituelle et de proximité avec Allah. Chaque époque a vu des millions de croyants s’y rendre pour y chercher paix, guidance et bénédictions.
Une anecdote rapportée dans la tradition relate que lorsque les Compagnons évoquaient leurs prières dans la mosquée, ils les considéraient comme des moments de proximité exceptionnelle avec le Prophète ﷺ. Ibn ʿUmar disait : « Chaque fois que j’entrais dans la mosquée et que je voyais le Prophète ﷺ au minbar, mon cœur s’apaisait. » Cela montre que la mosquée fut dès ses débuts un havre de sérénité pour ceux qui s’y rendaient.
Médine avant l’Hégire et le choix du lieu
Avant l’Hégire, Médine, alors appelée Yathrib, était une oasis prospère mais déchirée par les guerres tribales entre les Aws et les Khazraj. Une bataille particulièrement sanglante, connue sous le nom de Buʿāth, marqua durablement les esprits peu avant l’arrivée du Prophète ﷺ. Les habitants aspiraient à une paix durable et trouvèrent en Muhammad ﷺ, le Messager d’Allah, l’homme providentiel capable d’unifier la cité.
Lorsque le Prophète ﷺ arriva à Médine, la joie des habitants fut immense. Al-Barāʾ ibn ʿĀzib rapporta :
« Je n’ai jamais vu les habitants de Médine se réjouir autant que le jour où le Messager d’Allah ﷺ arriva chez nous. » (al-Bukhārī).
Les Ansār sortirent en foule, chantant des vers de poésie pour l’accueillir, dont le célèbre chant Ṭalaʿa al-Badr ʿalaynā, signe de leur attachement et de leur espoir en lui.
Dès son arrivée, le Prophète ﷺ choisit de bâtir une mosquée qui serait le cœur de la communauté musulmane. Le lieu fut indiqué par un signe providentiel : sa chamelle al-Qaṣwāʾ s’arrêta et s’agenouilla sur un terrain utilisé comme lieu de séchage des dattes. Le Prophète ﷺ dit alors :
« C’est ici que nous allons nous arrêter, si Allah le veut. »
Le terrain appartenait à deux orphelins de Médine. Malgré leur volonté de l’offrir gratuitement, le Prophète ﷺ insista pour l’acheter afin que la construction repose sur une base de justice et non de faveur imposée. Ce geste, rapporté par Ibn Hishām et d’autres biographes, illustre la droiture et l’équité prophétiques.
Pendant la préparation du terrain, le Prophète ﷺ lui-même participa aux travaux. Il transportait les briques et chantait avec ses Compagnons pour les encourager :
« Ô Allah ! La vraie vie est celle de l’au-delà, alors pardonne aux Ansār et aux Muhājirīn. »
Ce chant, repris par les travailleurs, transformait le chantier en un moment d’élévation spirituelle et de fraternité.
Les Compagnons racontent que parfois, le Prophète ﷺ, épuisé par le travail, s’asseyait pour se reposer, mais se relevait immédiatement lorsqu’il voyait ses Compagnons porter les pierres avec ardeur. Sa participation montrait l’exemple et renforçait la cohésion de la communauté.
Le choix de l’emplacement
La première construction de la Mosquée du Prophète ﷺ
Lorsque le Prophète ﷺ arriva à Médine lors de l’Hégire, il entreprit immédiatement de poser les bases de la nouvelle communauté musulmane. L’édification de la mosquée fut l’une de ses premières initiatives. Elle devait devenir le cœur battant de la cité : un lieu de prière, d’enseignement, de justice, de solidarité et de rassemblement.
Le choix de l’emplacement
À son arrivée, la chamelle du Prophète ﷺ, al-Qaṣwāʾ, s’arrêta sur un terrain qui servait de lieu de séchage des dattes. Le Prophète ﷺ dit alors :
« C’est ici que nous allons nous arrêter, si Allah le veut. »
Le terrain appartenait à deux orphelins, Sahl et Suhayl, que leur tuteur proposa de céder gratuitement. Mais le Prophète ﷺ insista pour l’acheter au prix juste, afin que la construction repose sur une base légitime et pure, loin de toute injustice ou contrainte.
Les dimensions et la structure initiale
La mosquée fut construite avec des matériaux simples et accessibles :
- Superficie : environ 50 coudées par 50 coudées (≈ 35 m x 35 m), soit 1.225 m².
- Murs : en briques d’argile séchée au soleil.
- Hauteur des murs : environ 2,5 m.
- Toit : soutenu par des troncs de palmiers et couvert de feuilles.
- Sol : recouvert de sable.
Trois portes furent aménagées :
- une au sud,
- une à l’est,
- une à l’ouest.
Au nord, la qibla était alors orientée vers Bayt al-Maqdis (Jérusalem), avant d’être réorientée vers La Mecque en l’an 2 de l’Hégire.
La participation du Prophète ﷺ et des Compagnons
Le Prophète ﷺ prit part lui-même aux travaux. Il transportait les briques et les pierres, au point que la poussière se déposait sur son noble corps. Ses Compagnons, voyant son effort, redoublaient d’ardeur.
Ils chantaient pour s’encourager :
« Ô Allah ! La vraie vie est celle de l’au-delà,
Alors pardonne aux Ansār et aux Muhājirīn. »
Ce chant, repris par toute l’assemblée, donnait au chantier une atmosphère d’élévation spirituelle et de fraternité.
ʿAlī ibn Abī Ṭālib rapporta qu’il vit le Prophète ﷺ porter une lourde pierre sur son épaule. Les Compagnons voulurent l’en empêcher par respect, mais il répondit avec douceur :
« Il est de mon devoir de partager avec vous cet effort. »
Cette scène marqua les esprits : le Prophète ﷺ, chef de la communauté, était aussi un ouvrier parmi ses frères.
Les fonctions multiples de la mosquée
Dès sa construction, la mosquée remplit plusieurs fonctions essentielles :
- Lieu de prière : les cinq prières quotidiennes en congrégation, les prêches du vendredi, les prières funéraires.
- Centre éducatif : on y enseignait le Coran et la Sounna. Les Compagnons s’asseyaient autour du Prophète ﷺ pour écouter ses explications.
- Siège du gouvernement : le Prophète ﷺ y recevait les délégations, prenait des décisions politiques et rendait la justice.
- Refuge pour les pauvres : une annexe fut réservée aux Ahl al-Ṣuffa, des Compagnons pauvres qui vivaient dans la mosquée et passaient leur temps à mémoriser le Coran et à apprendre.
- Lieu de solidarité : la mosquée servait de centre d’aide sociale. Les aumônes y étaient collectées et redistribuées aux nécessiteux.
Les ḥujurāt (chambres)
Avec le temps, de petites chambres attenantes furent construites pour abriter les épouses du Prophète ﷺ. Ces modestes pièces, appelées ḥujurāt, étaient faites de briques et de palmes. Leur simplicité reflétait l’humilité du Messager ﷺ et de sa famille.
L’une de ces chambres, celle de ʿĀʾisha رضي الله عنها, devint le lieu de sépulture du Prophète ﷺ, puis accueillit également Abū Bakr et ʿUmar رضي الله عنهما.
L’esprit de la construction
La construction du Masjid an-Nabawi symbolise le projet prophétique dans son ensemble :
- simplicité matérielle,
- profondeur spirituelle,
- justice sociale,
- participation collective.
Chaque pierre posée était un témoignage de fraternité et d’espérance, et chaque geste du Prophète ﷺ montrait l’exemple à suivre : humilité, effort partagé, orientation vers l’au-delà.
Les extensions de la Mosquée du Prophète ﷺ à l’époque des Califes bien guidés
Sous Abū Bakr al-Ṣiddīq رضي الله عنه
Le califat d’Abū Bakr (632–634) dura un peu plus de deux ans. Ce fut une période marquée par de grandes épreuves : la mort du Prophète ﷺ, les guerres de Ridda, et la consolidation du pouvoir islamique. Dans ce contexte, Abū Bakr n’entreprit aucune extension de la mosquée.
- La mosquée resta dans son état originel : environ 1.225 m² (35 m x 35 m).
- Le calife considérait que toucher à ce que le Prophète ﷺ avait bâti pouvait être perçu comme un manque de respect.
Cependant, son califat marqua un événement fondamental pour la mosquée :
- Le Prophète ﷺ fut inhumé dans la chambre de ʿĀʾisha, attenante à la mosquée. Ce lieu sacré devint immédiatement le centre spirituel de la mosquée et le restera jusqu’à nos jours.
- Abū Bakr lui-même, puis ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, furent ensuite enterrés à ses côtés.
Ainsi, même sans agrandissement matériel, la mosquée gagna une dimension sacrée supplémentaire en devenant le lieu où repose le Messager d’Allah ﷺ.
Sous ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb رضي الله عنه
Lorsque ʿUmar accéda au califat (634–644), l’islam connut une expansion fulgurante. Médine devint la capitale d’un empire s’étendant jusqu’en Syrie, en Irak et en Égypte. Le nombre de musulmans augmentant rapidement, la mosquée devint trop étroite.
ʿUmar décida alors de l’agrandir :
- La superficie passa à environ 3.575 m² (≈ 55 m x 65 m).
- Les murs furent reconstruits en briques et pierres plus solides.
- La hauteur des murs fut portée à environ 3,5 m.
- Le toit fut réhaussé et recouvert de feuilles de palmier pour une meilleure protection contre la pluie et la chaleur.
- Trois nouvelles portes furent aménagées.
ʿUmar resta fidèle à son ascétisme. Il interdit les décorations excessives et disait :
« Épargnez la mosquée des couleurs et des ornements, afin que les gens ne soient pas distraits de leur prière. »
Anecdotes
- ʿUmar réserva un espace particulier pour les femmes, leur permettant de prier en congrégation dans de bonnes conditions.
- Il effectuait lui-même des rondes dans la mosquée pour vérifier que chacun respectait la quiétude du lieu.
- On raconte qu’un jour, voyant des fidèles élever la voix dans la mosquée, il leur dit :
- « Cette mosquée n’a pas été construite pour vos bavardages, mais pour le souvenir d’Allah. »
Sous son califat, la mosquée devint un lieu à la fois spirituel et administratif, reflétant l’ordre et la justice qu’il incarnait.
SousʿUthmān ibn ʿAffān رضي الله عنه
Le califat de ʿUthmān (644–656) fut marqué par une croissance encore plus importante de la communauté musulmane. Les conquêtes avaient attiré des milliers de nouveaux croyants à Médine, et la mosquée était de nouveau trop petite.
ʿUthmān entreprit une extension encore plus ambitieuse :
- La superficie atteignit environ 4.968 m² (≈ 80 m x 62 m).
- Les murs furent renforcés avec des pierres taillées et du plâtre.
- Le toit fut soutenu par des colonnes en bois de teck, importé d’Inde, plus résistant que le palmier.
- La hauteur des murs fut portée à environ 5,5 m.
Contrairement à ʿUmar, ʿUthmān introduisit des éléments de durabilité et d’embellissement dans la construction, en utilisant des matériaux plus solides et nobles.
Réactions et justification
Certains Compagnons craignirent que l’embellissement ne détourne les fidèles de l’esprit d’humilité. Mais ʿUthmān répondit :
« Je veux bâtir une maison pour Allah plus vaste et plus solide, afin qu’elle dure et qu’elle abrite davantage de croyants. »
Importance de cette extension
- Elle permit d’accueillir l’affluence croissante des fidèles venus des quatre coins du nouvel empire.
- Elle donna à la mosquée une stabilité architecturale qui inspira les générations suivantes.
- Elle conserva néanmoins la simplicité générale, loin des luxes excessifs.
Bilan des trois califes
- Abū Bakr : respect absolu de l’œuvre du Prophète ﷺ, aucun changement matériel mais ajout de la dimension sacrée avec l’inhumation.
- ʿUmar : première extension majeure, passant à environ 3.575 m², architecture sobre et fonctionnelle.
- ʿUthmān : extension plus vaste et durable, avec 4.968 m², introduction de matériaux nobles et solides.
Ces trois étapes marquent la continuité entre la simplicité prophétique et la nécessité d’adapter la mosquée à la croissance de la communauté musulmane.
Les extensions de la Mosquée du Prophète ﷺ à l’époque des dynasties
L’extension omeyyade (al-Walīd ibn ʿAbd al-Malik, 88–91 H / 707–709)
Sous le règne du calife omeyyade al-Walīd ibn ʿAbd al-Malik, la mosquée connut une transformation radicale. L’empire musulman était désormais vaste, s’étendant de l’Inde à l’Andalousie. Médine, en tant que centre spirituel, devait refléter cette grandeur.
Al-Walīd confia la supervision des travaux au gouverneur de Médine, ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz, futur calife.
Les principales réalisations
- Superficie : la mosquée atteignit environ 8.672 m².
- Matériaux nobles : murs en pierre sculptée et plâtrée, utilisation du marbre importé de Syrie et d’Égypte.
- Colonnes : en marbre, plus solides que le bois.
- Toit : voûtes décorées, bien plus haut et plus esthétique.
- Minarets : construction des quatre premiers minarets, innovation majeure de l’architecture islamique.
- Miḥrāb : un miḥrāb en marbre fut introduit, marquant l’endroit exact de la qibla.
Les hujurāt
Lors de cette extension, les chambres des épouses du Prophète ﷺ (ḥujurāt), situées autour de la mosquée, furent intégrées à l’enceinte. Cela augmenta la superficie tout en rendant hommage aux Mères des croyants.
Décorations
Contrairement à l’austérité des premiers califes, les Omeyyades introduisirent des ornements et calligraphies en or et mosaïques, inspirés de l’architecture byzantine. Les inscriptions coraniques figuraient sur les murs et les arcades, rappelant la centralité du Coran dans la vie de la communauté.
Importance spirituelle
L’extension d’al-Walīd donna à la mosquée une dimension impériale. Elle devenait non seulement un lieu de culte, mais aussi un symbole de la puissance islamique et de son raffinement artistique.
L’extension abbasside (al-Mahdī, 161–165 H / 778–782)
Un siècle plus tard, sous le calife abbasside al-Mahdī, la mosquée fut de nouveau agrandie. Les Abbassides, ayant déplacé la capitale à Bagdad, voulaient marquer leur attachement à Médine et à la mosquée du Prophète ﷺ.
Les principales réalisations
- Superficie : portée à environ 12.300 m².
- Murs : renforcés avec des pierres et recouverts de plâtre blanc.
- Toit : élevé et soutenu par des colonnes de marbre.
- Portes : élargies et embellies.
- Décorations : introduction plus systématique des calligraphies coraniques et des arabesques.
Innovations
- Al-Mahdī ajouta un nouveau miḥrāb richement décoré.
- Il fit reconstruire une partie du minbar du Prophète ﷺ avec des matériaux plus durables.
Témoignages
Les récits rapportent que les habitants de Médine furent émerveillés par la beauté de cette nouvelle mosquée. Certains craignaient que les fidèles soient distraits par les dorures et mosaïques. Mais les savants expliquèrent que l’intention des califes était de glorifier la maison d’Allah et d’honorer Son Prophète ﷺ.
Bilan de ces deux extensions
- Omeyyades : passage d’une mosquée simple à un édifice monumental, introduction des minarets, du marbre, du miḥrāb et d’ornements.
- Abbassides : continuation et renforcement, avec une mosquée plus vaste (12.300 m²), richement décorée, marquant le lien entre le centre politique de Bagdad et le centre spirituel de Médine.
Ces extensions marquent une étape décisive : la mosquée devenait un joyau architectural, témoin de la grandeur de l’islam et de son rayonnement artistique.
La Mosquée du Prophète ﷺ : Histoire, Architecture et Valeur Spirituelle
L’extension mamelouke
Au XIVe siècle, Médine passa sous l’autorité des Mamelouks d’Égypte. Ceux-ci entreprirent plusieurs restaurations et embellissements du Masjid an-Nabawi. Leur règne, bien que marqué par des tensions politiques, fut également une période d’attention particulière aux deux sanctuaires de l’islam : La Mecque et Médine.
Réalisations principales
- Restauration du miḥrāb et du minbar.
- Ajout de nouvelles décorations en marbre et en bois sculpté.
- Construction d’un dôme en bois au-dessus de la chambre du Prophète ﷺ, recouvert de plomb pour le protéger de la pluie.
- Amélioration de l’éclairage intérieur avec des lampes suspendues.
Le grand incendie de 886 H / 1481
Un événement marquant fut l’incendie qui détruisit une grande partie de la mosquée. Le feu endommagea le toit, de nombreuses colonnes, ainsi que des manuscrits. Les Mamelouks, sous le sultan Qāytbāy, entreprirent une reconstruction rapide et solide.
Réaménagement après l’incendie
- Les colonnes furent remplacées par des colonnes en pierre et marbre.
- Le toit fut reconstruit avec une structure plus résistante.
- La chambre du Prophète ﷺ fut renforcée par un mur en pierre pour la protéger.
L’intervention mamelouke marqua une étape importante : la mosquée gagna en robustesse et en prestige, annonçant les grandes rénovations ottomanes.
L’extension ottomane
Avec la prise de Médine par les Ottomans au XVIe siècle, le Masjid an-Nabawi entra dans une nouvelle ère architecturale. Les sultans ottomans, considérant Médine comme le centre spirituel de l’Empire, rivalisèrent de générosité dans l’entretien et l’embellissement de la mosquée.
Réalisations principales
- En 1265 H / 1849, le sultan ʿAbd al-Majīd Ier ordonna une extension majeure.
- La mosquée atteignit une superficie d’environ 16.000 m².
- Introduction de colonnes de marbre finement sculptées.
- Construction de nouvelles coupoles, ornées de calligraphies et de motifs géométriques.
- Réaménagement des minarets, plus hauts et plus élancés.
Le Dôme vert
L’un des ajouts les plus emblématiques fut la transformation du dôme de la chambre prophétique.
- Initialement en bois et recouvert de plomb, il fut reconstruit par les Ottomans en maçonnerie solide.
- En 1837, le dôme fut peint en vert. Ce Dôme vert (al-Qubba al-Khaḍrāʾ) est aujourd’hui l’un des symboles les plus connus de Médine et de l’islam dans son ensemble.
Décorations et calligraphies
Les Ottomans introduisirent une richesse décorative exceptionnelle :
- Versets coraniques inscrits en calligraphie ottomane sur les murs et coupoles.
- Arabesques raffinées mêlant bleu, vert et or.
- Miḥrāb restauré avec du marbre blanc et des mosaïques colorées.
Importance spirituelle et politique
La contribution ottomane ne fut pas seulement architecturale : elle exprimait le rôle du sultan comme protecteur des lieux saints. Les pèlerins qui venaient du monde entier pouvaient admirer la magnificence de la mosquée et ressentir la continuité de l’attention portée au sanctuaire du Prophète ﷺ.
Les extensions saoudiennes
Après la prise de Médine par le royaume saoudien en 1925, une nouvelle ère d’aménagements et d’extensions s’ouvrit pour la mosquée du Prophète ﷺ. Les dirigeants saoudiens, conscients de l’importance de ce lieu pour l’ensemble de la Ummah, mirent en œuvre des travaux colossaux pour accueillir un nombre croissant de pèlerins.
La première extension sous le roi ʿAbd al-ʿAzīz (1951–1955)
- La superficie de la mosquée passa de 16.000 m² (héritée des Ottomans) à environ 28.000 m².
- Des matériaux modernes furent introduits : béton armé, marbre blanc, éclairage électrique.
- Des portiques supplémentaires furent construits pour améliorer la circulation des fidèles.
- Le nombre de fidèles pouvant être accueillis passa à environ 30.000.
L’extension sous le roi Fahd (1985–1992)
Cette extension marqua un tournant historique :
- La superficie fut portée à 165.000 m².
- La capacité d’accueil passa à environ 600.000 fidèles.
- Construction de six minarets élancés, atteignant chacun près de 104 m de hauteur.
- Installation de systèmes modernes de climatisation, d’éclairage et de sonorisation.
- Utilisation massive du marbre de Carrare et d’autres matériaux nobles.
- Aménagement de passages souterrains pour la ventilation et la circulation.
L’extension sous le roi ʿAbd Allāh (2007–2011)
- Introduction des immenses parasols rétractables dans les cours extérieures, capables de protéger des dizaines de milliers de fidèles contre le soleil brûlant.
- Amélioration des infrastructures sanitaires et des accès pour les personnes à mobilité réduite.
- Capacité d’accueil portée à environ 1 million de fidèles pendant le Ramadan et le Hajj.
L’extension sous le roi Salmān (en cours depuis 2015)
L’actuelle extension vise à faire de la mosquée l’un des plus grands complexes religieux au monde :
- Superficie prévue : plus de 400.000 m².
- Capacité d’accueil : environ 1,6 à 1,8 million de fidèles.
- Introduction de technologies avancées : ascenseurs, tapis roulants, systèmes de sécurité ultramodernes.
- Développement d’espaces souterrains et de parkings pour les pèlerins.
Une mosquée du XXIe siècle
Aujourd’hui, la mosquée du Prophète ﷺ combine tradition et modernité :
- Elle conserve son cœur historique : la Rawḍa al-Sharīfa et la chambre du Prophète ﷺ.
- Elle s’est transformée en un édifice capable d’accueillir les foules immenses venues du monde entier.
- Son architecture marie le marbre, les dorures et les arabesques traditionnelles avec les technologies modernes.
Les mérites du Masjid an-Nabawi
Une prière multipliée mille fois
Le Prophète ﷺ a dit :
« Une prière dans ma mosquée vaut mieux que mille prières dans toute autre mosquée, sauf la Mosquée sacrée. »
(al-Bukhārī, Muslim)
Cela signifie qu’une seule prière dans cette mosquée équivaut à mille prières ailleurs, soit près de deux ans et neuf mois de prières en une seule rakʿa !
Les savants ont précisé :
- Cela concerne aussi bien les prières obligatoires que les prières surérogatoires (sunna).
- Cette multiplication ne s’applique pas aux mosquées ordinaires, mais uniquement à Médine, La Mecque et al-Aqṣā.
- Selon al-Nawawī, il n’y a pas de limite : même une courte invocation ou un simple dhikr dans cette mosquée peut être multiplié.
L’un des trois sanctuaires sacrés
Le Prophète ﷺ a dit :
« On ne doit entreprendre de voyage religieux que vers trois mosquées : la Mosquée sacrée, ma mosquée-ci et la Mosquée al-Aqṣā. »
(al-Bukhārī, Muslim)
Cela signifie que, contrairement à d’autres lieux saints ou tombeaux, seul le voyage vers ces trois mosquées est recommandé par le Prophète ﷺ. Cela établit un statut unique et universel pour Médine.
Lieu d’enseignement et de science
Depuis sa fondation, la mosquée a été :
- le premier centre d’enseignement du Coran,
- le lieu où les Compagnons transcrivaient les ḥadiths,
- un espace de débats et de formation pour les grandes figures de l’islam.
Des générations de savants y ont enseigné, comme Ibn ʿUmar, Ibn ʿAbbās, Mālik ibn Anas, puis des chaînes de transmission jusqu’aux grands imams de Médine.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Quiconque emprunte un chemin pour rechercher la science, Allah lui facilite par cela un chemin vers le Paradis. » (Muslim)
Accomplir cette recherche dans sa mosquée est une double bénédiction : science et récompense multipliée.
Un lieu béni de miséricorde et de paix
Allah ﷻ dit dans le Coran à propos de Médine :
« Et [il en est] parmi ceux qui ont établi domicile dans la Demeure (Médine) et la foi avant eux, qui aiment ceux qui émigrent vers eux… »
(Sourate al-Ḥashr, 9)
Le Masjid an-Nabawi a incarné cette fraternité entre les Ansār et les Muhājirīn. Chaque fidèle qui y entre goûte à cette atmosphère d’accueil, de paix et de miséricorde.
La proximité du Prophète ﷺ
La mosquée abrite la chambre où repose le Messager ﷺ, ainsi que Abū Bakr et ʿUmar رضي الله عنهما. Y prier et envoyer des salutations est un acte vivement recommandé.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Quiconque prie sur moi près de ma tombe, je l’entends ; et quiconque prie sur moi de loin, elle m’est transmise. » (Abū Dāwūd)
Prier dans cette mosquée permet donc de saluer directement le Prophète ﷺ, renforçant le lien spirituel du croyant avec lui.
Le Masjid an-Nabawi et la protection de la foi
Le Prophète ﷺ a fait de Médine une cité bénie :
« Médine est un sanctuaire entre ʿĀyr et Thawr. Quiconque y introduit une innovation ou protège un innovateur, la malédiction d’Allah, des anges et de tous les hommes est sur lui. »
(al-Bukhārī, Muslim)
Cette protection s’applique particulièrement à la mosquée, qui est le cœur de la cité. Les savants expliquent que la mosquée est protégée contre les innovations majeures et qu’elle reste un phare de l’orthodoxie islamique.
Le témoignage des Compagnons et des générations suivantes
- Ibn ʿAbbās disait : « Prier dans la mosquée du Prophète ﷺ est plus aimé pour moi que de prier mille prières ailleurs, sauf à la Kaʿba. »
- Mālik ibn Anas, l’imam de Médine, enseignait toujours dans le Masjid an-Nabawi en disant : « Ici, nous respirons le parfum de la prophétie. »
- Al-Samhūdī, dans Wafā’ al-Wafā, écrit : « Chaque pierre de cette mosquée a été témoin d’une révélation, d’une parole prophétique, d’un jugement de justice. »
Un lieu d’unité de la Ummah
Chaque année, des millions de musulmans de toutes origines, couleurs et langues s’y retrouvent pour prier côte à côte. La mosquée symbolise :
- l’unité de la Ummah,
- l’égalité des croyants,
- la fraternité au-delà des différences.
En résumé
Les mérites du Masjid an-Nabawi sont immenses :
- Multiplication des prières par mille.
- L’un des trois sanctuaires sacrés.
- Proximité unique avec le Prophète ﷺ.
- Centre de science et de transmission.
- Source de paix, de miséricorde et d’unité pour la Ummah.
La Rawḍa al-Sharīfa : le jardin du Paradis
Localisation et dimensions
La Rawḍa al-Sharīfa est située entre la chambre du Prophète ﷺ, où il repose, et son minbar. Le Prophète ﷺ a dit :
« Entre ma maison et mon minbar se trouve un jardin parmi les jardins du Paradis. »
(al-Bukhārī, Muslim)
Cet espace mesure environ 22 mètres sur 15 mètres (soit environ 330 m²). Bien que relativement réduit, il est considéré comme le lieu le plus précieux de toute la mosquée.
Mérites spirituels
Les textes authentiques confèrent à la Rawḍa une valeur exceptionnelle :
- Prier dans cet espace est particulièrement recommandé, car les actes y sont multipliés.
- Les savants expliquent que le terme « jardin du Paradis » renvoie à la sérénité spirituelle et à la récompense éternelle attachées aux prières et invocations faites ici.
Les colonnes historiques de la Rawḍa
La Rawḍa est jalonnée de colonnes (asāṭīn) qui rappellent des épisodes marquants :
- Colonne du repentir (Asāṭīn al-Tawba) : lieu où Abū Lubāba se lia par repentir jusqu’à ce que son pardon soit accepté.
- Colonne de la garde (Asāṭīn al-Muḥārasa) : emplacement où des Compagnons montaient la garde autour du Prophète ﷺ avant la révélation de S. 5:67.
- Colonne du lit (Asāṭīn al-Sarīr) : endroit où le Prophète ﷺ se reposait parfois.
- Colonne des délégations (Asāṭīn al-Wufūd) : là où le Prophète ﷺ recevait les représentants des tribus.
- Colonne du tronc qui pleure (Asāṭīn al-Ḥanāna) : lieu du tronc de palmier qui gémit lorsque le minbar fut construit, jusqu’à ce que le Prophète ﷺ le console.
Ces colonnes relient directement les pèlerins à la mémoire vivante de la vie prophétique.
Repères actuels
Autrefois, on distinguait la Rawḍa grâce à ses tapis verts, alors que le reste de la mosquée avait des tapis rouges.
- Aujourd’hui, tous les tapis de la mosquée sont verts.
- La Rawḍa se reconnaît grâce à ses colonnes historiques et à sa proximité du miḥrāb et du minbar.
- Le personnel de la mosquée oriente aussi les fidèles vers cette zone.
L’accès à la Rawḍa à notre époque
Étant donné l’affluence massive, l’accès à la Rawḍa est strictement organisé :
- Des créneaux distincts pour hommes et femmes.
- Entrées par petits groupes, avec un temps limité pour prier.
- Depuis 2022, la réservation se fait via l’application officielle Nusuk (anciennement Eatmarna).
- Choix du créneau horaire.
- Confirmation électronique à présenter aux gardes.
Ce système vise à préserver la sérénité du lieu malgré l’afflux de millions de fidèles.
Les avis des savants sur la signification de la Rawḍa
- Al-Nawawī : la Rawḍa est un jardin du Paradis par métaphore, car les bonnes œuvres qui y sont accomplies mènent au Paradis.
- Ibn Ḥajar al-ʿAsqalānī : elle est appelée jardin car c’est un endroit béni où descendent la miséricorde et la sérénité, comme dans les jardins du Paradis.
- Al-Qurṭubī : il est possible que la Rawḍa soit transférée littéralement au Paradis au Jour du Jugement.
- Ibn Taymiyya : il s’agit d’un lieu où les bénédictions divines sont particulièrement concentrées, ce qui justifie le langage symbolique du Prophète ﷺ.
- Al-Suyūṭī : il rappelle que l’on ne doit pas exagérer : la Rawḍa est bénie, mais la sincérité et la piété du cœur restent la clé de l’acceptation des actes.
Ces avis montrent la richesse des interprétations : certains y voient une réalité spirituelle, d’autres une promesse littérale. Tous s’accordent cependant sur le caractère béni et unique de la Rawḍa.
Expérience spirituelle
Pour les pèlerins, entrer dans la Rawḍa est un moment d’intense émotion :
- Beaucoup pleurent en priant à quelques mètres du Prophète ﷺ.
- Certains décrivent une paix intérieure incomparable.
- La tradition veut que l’on y accomplisse deux rakʿāt de prière de gratitude, ou que l’on y multiplie les invocations.
L’imam Ibn Ḥajar disait :
« Celui qui prie dans la Rawḍa goûte à une douceur de la foi qui ne se retrouve que dans les jardins éternels du Paradis. »
Le salut au Prophète ﷺ et à ses deux compagnons
La recommandation prophétique
Le Prophète ﷺ a dit :
« Multipliez vos prières sur moi le jour du vendredi et la nuit du vendredi, car vos prières me sont présentées. »
(rapporté par Abū Dāwūd)
Et il a dit encore :
« Quiconque me salue, Allah me rend mon âme afin que je lui réponde. »
(rapporté par Abū Dāwūd et al-Nasā’ī)
Cela signifie que les salutations des croyants, même de loin, sont transmises au Prophète ﷺ. Mais celui qui se trouve près de sa tombe bénie bénéficie d’une proximité particulière.
La visite de la chambre prophétique
Lorsque le musulman entre dans la mosquée, il est recommandé de :
- Faire deux unités de prière (tahiyyat al-masjid).
- Puis se diriger vers la chambre prophétique, où repose le Prophète ﷺ, Abū Bakr et ʿUmar رضي الله عنهما.
Le Prophète ﷺ est enterré dans la chambre de ʿĀʾisha رضي الله عنها, attenante à la mosquée. À sa droite repose Abū Bakr al-Ṣiddīq, et à la droite d’Abū Bakr repose ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb.
Comment saluer
Arrivé devant la grille de la chambre, le fidèle se place avec respect, sans hausser la voix ni toucher les grilles, et dit doucement :
- Pour le Prophète ﷺ :
- « As-salāmu ʿalayka yā Rasūl Allāh, wa raḥmatullāhi wa barakātuh. »
- (Paix sur toi, ô Messager d’Allah, ainsi que la miséricorde et les bénédictions d’Allah.)
- Pour Abū Bakr رضي الله عنه :
- « As-salāmu ʿalayka yā Abā Bakr, ṣiddīq al-ummah, raḍiya Allāhu ʿanka wa arḍāk. »
- (Paix sur toi, ô Abū Bakr, véridique de la communauté. Qu’Allah t’agrée et soit satisfait de toi.)
- Pour ʿUmar رضي الله عنه :
- « As-salāmu ʿalayka yā ʿUmar, fārūq al-ummah, raḍiya Allāhu ʿanka wa arḍāk. »
- (Paix sur toi, ô ʿUmar, discernant de la communauté. Qu’Allah t’agrée et soit satisfait de toi.)
Les paroles des savants
- Imam Mālik : Il disait qu’il est recommandé d’envoyer des salutations au Prophète ﷺ chaque fois que l’on entre dans sa mosquée.
- Ibn Qudāma (Ḥanbalite) : Il recommandait de s’approcher respectueusement, sans exagération, et de se contenter du salut et des invocations.
- Ibn Taymiyya : Il a rappelé que la visite de la tombe du Prophète ﷺ est un acte méritoire, à condition de rester dans la Sunna (sans invocations adressées au Prophète ﷺ lui-même, mais en demandant à Allah).
Les erreurs à éviter
- Élever la voix ou crier les invocations.
- Se prosterner devant la chambre (interdit par consensus).
- Frotter les grilles ou demander directement au Prophète ﷺ au lieu de demander à Allah.
Dimension spirituelle
Saluer le Prophète ﷺ et ses deux compagnons rappelle au musulman :
- la fidélité d’Abū Bakr, qui fut le premier calife ;
- la justice et la force de ʿUmar, qui fit rayonner l’islam ;
- et surtout, la guidance éternelle du Messager ﷺ.
Chaque fidèle repart de cet instant avec une émotion intense et le sentiment d’avoir renoué avec la source de sa foi.