Introduction
L’Islam n’est pas une religion de gêne mais de miséricorde.
Allah a rendu la pureté accessible à tout croyant, quelles que soient les circonstances.
Ainsi, lorsque retirer un vêtement de tête devient difficile — à cause du froid, du voyage ou de la pudeur — la Sunna permet l’essuyage du turban (‘imama) pour les hommes et du voile (khimar) pour les femmes.
Le Prophète ﷺ a montré l’exemple à plusieurs reprises :
« J’ai vu le Messager d’Allah ﷺ essuyer sur son turban et sur ses chaussons. » — (Al-Bukhari ; Muslim)
Cet acte n’est pas une exception mais un principe de facilité (taysir) voulu par Allah : la religion n’impose pas la gêne, mais la continuité dans l’adoration.
I. Fondement coranique et prophétique
Le verset du wudu’ énonce :
« Passez vos mains sur vos têtes. » — (Sourate al-Ma’idah, 5:6)
Ce verset est général. Les hadiths du Prophète ﷺ précisent qu’il essuya parfois sa tête directement, et d’autres fois sur le turban :
Hadith de Mughira ibn Shu‘ba :
« Le Prophète ﷺ essuya le devant de sa tête et sur son turban. » — (Abu Dawud ; Tirmidhi ; authentifié par Al-Albani, Sahih Abi Dawud, n°136)
Hadith d’Al-Mughira (autre version) :
« J’ai vu le Messager d’Allah ﷺ essuyer sur son turban et ses chaussons. » — (Al-Bukhari ; Muslim)
Ces textes montrent la souplesse du Prophète ﷺ : il alternait selon la situation, tantôt sur la tête, tantôt sur le turban.
Ibn al-Qayyim conclut dans Zad al-Ma‘ad :
« Le Prophète ﷺ fit le wudu’ trois manières : parfois en essuyant directement sa tête, parfois partiellement avec le turban, et parfois sur le turban seul. »
II. Le turban (‘imama) et le voile (khimar) dans le fiqh
Le turban (‘imama) était une coiffe traditionnelle couvrant la tête et la nuque, souvent difficile à retirer.
Le voile (khimar) couvre la tête et le cou de la femme et représente un symbole de pudeur.
L’un comme l’autre peuvent être essuyés en cas de gêne réelle, selon les textes.
Ibn Taymiyya écrit :
« L’essuyage sur le turban est une Sunna établie.
Allah a légiféré pour les hommes ce qui correspond à leur habit (le turban), et pour les femmes ce qui correspond à leur pudeur (le khimar). » — (Majmu‘ al-Fatawa, 21/214)
III. L’avis des quatre écoles juridiques
1. École hanafite
Les hanafites permettent l’essuyage sur le turban s’il couvre la majeure partie de la tête, à condition qu’il ait été mis après des ablutions valides.
Ils préfèrent toutefois essuyer une partie découverte du front avant le turban.
Al-Kasani précise :
« L’essuyage est valide si une partie de la tête est touchée, le reste pouvant être sur le turban. » — (Bada’i‘ as-Sana’i‘, vol. 1)
2. École malikite
Les malikites autorisent l’essuyage en cas de gêne ou de froid, sur un turban fermement attaché (mulaffaf), couvrant la tête et la nuque.
Sinon, ils privilégient le contact direct avec le cuir chevelu.
Ibn ‘Abd al-Barr commente :
« Le Prophète ﷺ essuya parfois son turban ; c’est une Sunna pour celui qui ne peut le retirer sans gêne. » — (al-Isti‘ab, vol. 1)
3. École shafi‘ite
Les shafi‘ites autorisent l’essuyage partiel : le front ou le devant de la tête, puis le turban.
An-Nawawi écrit :
« L’essuyage sur le turban seul n’est pas suffisant, mais combiné à une partie de la tête, il est légiféré. » — (al-Majmu‘, vol. 1, p. 465)
4. École hanbalite
Les hanbalites autorisent l’essuyage complet sur le turban, même sans toucher la tête, par analogie avec le khuff.
Ibn Qudama écrit :
« Le turban couvrant la tête tient le même statut que le khuff pour le pied : il est permis d’essuyer dessus sans retrait. » — (al-Mughni, vol. 1, p. 195)
IV. L’essuyage du voile (khimar) pour les femmes
Les savants classiques et contemporains ont étendu la règle au voile féminin, lorsque le retirer entraîne gêne ou découverte.
Ibn Taymiyya écrit :
« Si la femme rencontre une gêne à retirer son voile, elle peut essuyer dessus comme les hommes sur leur turban. » — (Majmu‘ al-Fatawa, 21/214)
Al-Mawardi ajoute :
« Si le khimar est solidement attaché et qu’elle craint la gêne en le retirant, l’essuyage est permis. » — (al-Hawi al-Kabir, vol. 1)
Les savants contemporains ont confirmé cette opinion :
- Cheikh Ibn Baz :
« Il est permis à la femme d’essuyer sur son voile si elle l’a mis après ablution complète.
Cela relève de la facilité accordée par la Shari‘a. » — (Majmu‘ Fatawa Ibn Baz, vol. 10, p. 110)
- Cheikh Ibn ‘Uthaymin :
« L’essuyage sur le khimar est permis, à condition qu’il soit bien attaché et qu’il couvre la tête. » — (Sharh al-Mumti‘, vol. 1, p. 207)
- Cheikh Al-Albani :
« Le hadith du turban englobe le khimar par analogie, car la raison est la même : la difficulté de retrait. » — (Tamam al-Minna, p. 120)
- IslamWeb (قسم الفقه الحنبلي, fatwa n°217783) :
« Il est permis à la femme d’essuyer sur le khimar s’il est mis après wudu’ et fermement attaché.
Cet avis est hanbalite et soutenu par Ibn Taymiyya et Ibn ‘Uthaymin. »
V. Conditions de validité
Les juristes ont défini les conditions suivantes :
- Le turban ou le voile doit couvrir la majeure partie de la tête.
- S’il est partiel ou lâche, l’essuyage n’est pas suffisant.
- Ils doivent être portés après des ablutions valides.
- Comme pour le khuffayn : le port doit suivre une pureté complète.
- Ils doivent être fixés fermement.
- Le turban ou le voile ne doivent pas tomber facilement.
- L’essuyage se fait une seule fois, sur la partie supérieure du tissu, d’avant en arrière, sans excès d’eau.
- Aucune durée n’est imposée, contrairement au khuffayn.
- Le turban ou le voile peuvent être essuyés tant qu’ils sont portés.
VI. Sagesse et symbolique
L’essuyage sur le turban et le voile exprime la complémentarité entre la Loi et la miséricorde.
Allah n’impose pas de contrainte dans la purification ; Il veut préserver la pudeur et la continuité dans l’adoration.
Ibn al-Qayyim explique :
« Allah n’a pas voulu la gêne dans la purification.
L’essuyage sur le turban et le voile est une Sunna qui réunit pudeur, aisance et fidélité à la révélation. » — (Zad al-Ma‘ad, vol. 1, p. 188)
Al-Ghazali ajoute :
« Celui qui se purifie sans briser sa pudeur unit la lumière du corps et celle du cœur. » — (Ihya’ ‘Ulum ad-Din, Kitab as-Salat)
Et Ibn Taymiyya conclut :
« Le turban et le voile symbolisent la protection de l’esprit et la pudeur du corps.
L’essuyage dessus rappelle que la loi d’Allah protège avant de contraindre. » — (Majmu‘ al-Fatawa, 21/214)
Conclusion
L’essuyage du turban et du voile est un joyau de la Sunna : il lie pureté, pudeur et facilité.
Il montre que la religion d’Allah ne ferme jamais la porte de la dévotion.
L’homme y trouve la souplesse de la Loi, et la femme, la préservation de sa pudeur.
« Allah aime qu’on prenne Ses permissions comme Il aime qu’on accomplisse Ses obligations. » — (Ahmad ; Ibn Hibban)
Ainsi, celui qui essuie sur son turban ou son voile ne diminue pas la Sunna —
il la vit avec compréhension, équilibre et gratitude.
L’équipe d’Islamopedie
Sources classiques
- Sahih al-Bukhari ; Muslim
- Abu Dawud ; Tirmidhi
- Zad al-Ma‘ad – Ibn al-Qayyim
- Majmu‘ al-Fatawa – Ibn Taymiyya
- Ihya’ ‘Ulum ad-Din – Al-Ghazali
- Al-Majmu‘ – An-Nawawi
- Al-Mughni – Ibn Qudama
- Bada’i‘ as-Sana’i‘ – Al-Kasani
- al-Isti‘ab – Ibn ‘Abd al-Barr
Sources contemporaines
- Majmu‘ Fatawa Ibn Baz, vol. 10
- Sharh al-Mumti‘ – Ibn ‘Uthaymin, vol. 1
- Tamam al-Minna – Al-Albani, p. 120
- IslamWeb (قسم الفقه الحنبلي), Fatwa n°217783, sur l’essuyage du khimar
- Fatawa al-Lajna ad-Da’ima, vol. 5