Origines et jeunesse à Médine
Al-Barāʾ appartenait à la tribu des Khazraj, l’un des deux grands groupes des Ansar.
Il naquit à Médine, avant l’Hégire, dans une famille respectée pour sa bravoure et sa droiture. Son père, ʿĀzib ibn al-Ḥārith, comptait aussi parmi les compagnons.
Lors de la seconde allégeance d’al-ʿAqaba, il était parmi les jeunes Médinois qui, la nuit, prêtèrent serment de protéger le Prophète ﷺ au péril de leur vie.
« J’étais parmi ceux qui prirent l’engagement sous l’arbre à al-ʿAqaba, et nous jurâmes d’obéir en tout ce qui est bien. » — (Ibn Saʿd, Ṭabaqāt al-Kubrā, vol. 3)
Ce serment scella son destin : celui d’un homme de loyauté et de patience.
Compagnon des premières batailles
Dès l’Hégire, il rejoignit les rangs des Ansar au service du Prophète ﷺ.
Trop jeune pour combattre à Badr, il accompagna néanmoins l’armée et servit les combattants.
À Uhud, il participa activement et reçut des blessures en défendant le Prophète ﷺ.
« Le Prophète ﷺ m’ordonna de ne pas quitter la ligne, et j’ai tenu jusqu’à ce que ma lance se brise. » — (Rapport rapporté par Ibn Saʿd)
Il participa ensuite à al-Khandaq, Khaybar, Hunayn et Tabūk.
Toujours discret, il figurait parmi les soldats qui servaient le Prophète ﷺ avec vigilance et affection.
Sa proximité avec le Prophète ﷺ
Le Prophète ﷺ l’aimait pour sa sincérité et sa douceur.
Al-Barāʾ faisait partie des jeunes qu’il formait personnellement à la récitation et à la Sunna.
Il racontait souvent :
« Le Prophète ﷺ était l’homme le plus beau et le plus doux. Je n’ai jamais vu après lui quelqu’un qui lui ressemble davantage que ʿAlī ibn Abī Ṭālib. » — (Sahih al-Bukhari, n°3548)
Le Messager ﷺ lui confiait des missions, notamment la récitation de lettres ou l’observation de trêves.
Il fut témoin du traité d’al-Ḥudaybiya, où il vit le Prophète ﷺ sceller la paix malgré les humiliations apparentes.
« Nous étions mille quatre cents à prêter serment sous l’arbre. Et la main du Messager d’Allah fut posée à la place de celle de ʿUthmān. » — (Sahih al-Bukhari, n°4154 ; Muslim, n°1856)
Le serviteur du Coran et le transmetteur des anges
Al-Barāʾ devint un lecteur assidu du Coran. Il récitait longuement la nuit, pleurant à chaque mention du Jugement.
Sa voix émouvait les gens.
« Il lisait comme on pleure : avec le cœur avant la langue. » — (Abū Nuʿaym, Ḥilyat al-Awliyāʾ)
Mais ce sont ses hadiths sur la mort et le destin du croyant qui l’ont rendu célèbre dans la science du hadith.
Parmi eux, le récit bouleversant qu’il tenait du Prophète ﷺ sur les anges de la mort :
« Lorsque le croyant quitte ce monde, des anges au visage lumineux descendent du ciel, portant un linceul du Paradis et un parfum du Paradis. Ils s’assoient auprès de lui à perte de vue. L’ange de la mort s’approche et dit : “Ô âme paisible, sors vers le pardon et la satisfaction d’Allah.” Alors, son âme sort aussi aisément qu’une goutte d’eau qui coule d’un outre. Les anges la prennent et l’élèvent en disant : “Quelle âme pure, venue d’un corps pur !” Et Allah dit : “Inscrivez le livre de Mon serviteur dans ʿIlliyyīn, et ramenez-le sur terre.” » — (Sahih al-Bukhari, n°3203 ; Muslim, n°2872)
Et à propos du mécréant, il rapportait la suite du hadith :
« Quant au mécréant, des anges au visage sombre descendent, portant un tissu de feu ; l’ange de la mort dit : “Ô âme mauvaise, sors vers la colère d’Allah et Son châtiment.” Alors, elle se disperse dans son corps, et il l’arrache comme une broche rougie que l’on retire de la laine mouillée. » — (Muslim, n°2872)
Ces récits, transmis avec exactitude, furent commentés par Ibn al-Qayyim dans Kitāb ar-Rūḥ, qui le qualifia de « plus grand narrateur des secrets de la tombe ».
Après la mort du Prophète ﷺ
Al-Barāʾ survécut de nombreuses années après le Prophète ﷺ. Il participa à certaines conquêtes sous Abū Bakr et ʿUmar, mais refusa toute fonction politique.
Sous ʿUthmān, il rejoignit Koufa, où il s’installa définitivement comme enseignant.
Il forma une génération de tābiʿīn (successeurs) parmi lesquels :
- Ibrāhīm an-Nakhaʿī,
- al-Shaʿbī,
- ʿĀmir ibn Sharāḥīl,
- et ʿAbd Allāh ibn Yazīd al-Khaṭamī.
Il leur enseignait la Sunna avec rigueur, disant :
« Apprenez avant de juger, car le jugement sans science est un mensonge contre Allah. » — (Adh-Dhahabī, Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ, vol. 2)
Sa piété et sa douceur
Les récits le décrivent comme un homme d’une humilité extrême.
Il refusait de s’asseoir sur les chaires d’enseignement et préférait le sol de la mosquée.
Il disait :
« Le croyant se juge toujours trop petit devant la grandeur d’Allah. » — (Abū Nuʿaym, Ḥilyat al-Awliyāʾ)
Il priait souvent pour les martyrs d’Uhud, qu’il visitait à chaque voyage à Médine.
« Chaque fois qu’il passait près des tombes d’Uhud, il pleurait en silence. » — (Ibn Saʿd)
Son décès
Il mourut à Koufa, vers l’an 72 H, sous le règne d’ʿAbd al-Malik ibn Marwān.
Selon Ibn ʿAbd al-Barr, il fut enterré de nuit, conformément à sa volonté de quitter ce monde dans la discrétion.
Son élève al-Shaʿbī dit en pleurant :
« Aujourd’hui, la ville de Koufa a perdu la lumière de la douceur et la mémoire du Prophète ﷺ. »
Portrait spirituel et leçons
Adh-Dhahabī le résume ainsi :
« Il fut un homme de science et de piété, véridique dans la parole, doux dans le comportement et ferme dans la foi. » — (Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ, vol. 2)
Abū Nuʿaym ajoute :
« Il n’y avait pas de plus noble visage à Koufa que celui d’al-Barāʾ quand il récitait le Coran. » — (Ḥilyat al-Awliyāʾ, vol. 1)
Un regard pour notre époque
La vie d’al-Barāʾ ibn ʿĀzib rappelle que la vraie grandeur réside dans la fidélité.
Fidélité à Allah, à Son Prophète ﷺ, et à la vérité transmise.
Son récit sur la mort du croyant n’est pas une simple description : c’est une invitation à vivre chaque instant dans la conscience du retour.
Il nous enseigne que la douceur du cœur est une force, et que la foi sincère traverse le temps.
« Certes, ceux qui disent : “Notre Seigneur est Allah” et qui restent constants, les anges descendent sur eux : “N’ayez pas peur, ne soyez pas tristes, et réjouissez-vous du Paradis.” » — (Sourate Fuṣṣilat, v.30)
L’équipe d’Islamopedie
Sources
- Ibn Saʿd — Ṭabaqāt al-Kubrā, vol. 3
- Ibn al-Athīr — Usd al-Ghāba fi Maʿrifat al-Aṣḥāb
- Adh-Dhahabī — Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ, vol. 2
- Abū Nuʿaym al-Iṣfahānī — Ḥilyat al-Awliyāʾ
- Ibn ʿAbd al-Barr — al-Istiʿāb fi Maʿrifat al-Aṣḥāb
- Ibn Ḥajar al-ʿAsqalānī — al-Iṣāba fi Tamyīz al-Ṣaḥāba
- Ibn al-Qayyim — Kitāb ar-Rūḥ