Naissance et lignée de ʿAlî ibn Abî Ṭālib رضي الله عنه
ʿAlî ibn Abî Ṭālib ibn ʿAbd al-Muṭṭalib ibn Hāshim ibn ʿAbd Manāf ibn Quṣayy ibn Kilāb ibn Murra ibn Kaʿb ibn Luʾayy ibn Ghālib al-Qurashī al-Hāshimī.
Il naquit dix ans avant la mission prophétique, environ en l’an 600 de l’ère chrétienne. Il était donc de trente ans plus jeune que le Prophète ﷺ.
Son père est Abū Ṭālib, protecteur du Prophète ﷺ, connu pour sa générosité et sa défense de l’Envoyé malgré son refus d’embrasser l’Islam.
Sa mère est Fāṭima bint Asad ibn Hāshim, une femme pieuse qui embrassa l’Islam et fut parmi les premières croyantes.
ʿAlî رضي الله عنه fut ainsi à la fois cousin du Prophète ﷺ et plus tard son gendre en épousant Fāṭima رضي الله عنها.
Il grandit dans la maison prophétique, car le Prophète ﷺ, soucieux d’alléger la charge de son oncle Abū Ṭālib, prit ʿAlî chez lui. Il fut donc élevé par le Messager ﷺ et Khadīja رضي الله عنها.
Description physique et caractère
Les récits le décrivent comme un homme de taille moyenne « [[ربعة]] » ni grand ni petit, large d’épaules, doté d’une grande force.
Son visage était « كأنّه فلقة قمر » (semblable à la pleine lune), et sa barbe était fournie.
Il se surnommait Ḥaydara (lion), un nom donné par sa mère. Ce surnom marqua son duel célèbre à Khaybar contre Marḥab.
Celui-ci s’avança en clamant :
« قَدْ عَلِمَتْ خَيْبَرُ أَنِّي مَرْحَبُ *** شَاكِي السِّلاحِ بَطَلٌ مُجَرَّبُ »
ʿAlî répondit :
« أنا الذي سمتني أمي حيدرة *** كليثِ غاباتٍ كريهِ المنظرة »
Puis il le tua, ouvrant la victoire des musulmans.
Sources : Ibn Hishām, al-Sīra (3/349) ; Ibn Kathīr, al-Bidāya wa-l-Nihāya (4/119) ; al-Ḥākim, al-Mustadrak (3/39, ṣaḥīḥ selon Muslim).
Sa conversion et ses premiers pas dans l’Islam
ʿAlî رضي الله عنه eut l’honneur d’être le premier enfant à embrasser l’Islam.
Il avait environ 8 ans selon la version la plus répandue, et 10 ans selon d’autres traditions.
Il fit partie du tout premier cercle de musulmans avec Khadīja, Abū Bakr et Zayd ibn Ḥāritha.
Un poète résuma cet ordre des conversions :
« أَوَّلُ النَّاسِ بِالنَّبِيِّ اقْتِدَاءً *** أُمُّهُ الْكِرَامُ الْجُدُودُ
فَعَلِيٌّ ثُمَّ بْنُ حَارِثَةَ الْكَلْبِيُّ زَيْدٌ النَّبِيُّ الْمَجِيدُ »
ʿAlî priait dès le début aux côtés du Prophète ﷺ et de Khadīja, dans la discrétion des vallées de La Mecque.
Il disait n’avoir jamais adoré une idole, et dès son jeune âge, il manifesta une maturité rare :
« لم يعرف لهو الصبيان ولا لعبهم، وإنما حمل همَّ الأمة منذ نعومة أظفاره. »
(« On ne connut pas chez lui les jeux enfantins, mais il porta la responsabilité de la communauté dès son plus jeune âge. »)
Le Prophète ﷺ dit à son sujet :
« لا يُحِبُّكَ إِلَّا مُؤْمِنٌ، وَلَا يُبْغِضُكَ إِلَّا مُنَافِقٌ »
(« Seul le croyant t’aime, et seul l’hypocrite te déteste. »)
Rapporté par Muslim (n°78).
Alî رضي الله عنه dans les batailles aux côtés du Prophète ﷺ
À Badr (2 H.)
ʿAlî participa aux duels initiaux. Quraysh envoya ʿUtba ibn Rabīʿa, Shayba ibn Rabīʿa et al-Walīd ibn ʿUtba.
Les musulmans envoyèrent Hamza, ʿUbayda ibn al-Ḥārith et ʿAlî.
- ʿAlî tua al-Walīd ibn ʿUtba.
- Hamza tua Shayba.
- ʿUbayda fut blessé par ʿUtba, que Hamza et ʿAlî achevèrent ensemble.
Sources : Ibn Hishām, al-Sīra (2/276) ; Muslim (n°1803).
À Uḥud (3 H.)
Quand beaucoup se dispersèrent, ʿAlî resta auprès du Prophète ﷺ et repoussa les assaillants.
Il fut blessé mais continua à se battre.
À al-Khandaq (5 H.)
Le champion mecquois ʿAmr ibn ʿAbd Wudd franchit la tranchée et provoqua en duel.
ʿAlî se porta volontaire.
ʿAmr dit : « يا ابن أخي، لا أريد أن أُهريق دمك. »
ʿAlî répondit : « ولكني والله أحب أن أُهريق دمك. »
Il le tua après un combat acharné.
Sources : Ibn Hishām (3/227) ; al-Ṭabarī (2/573).
À Khaybar (7 H.)
Le Prophète ﷺ dit :
« لأُعطينَّ الراية غدًا رجلًا يُحبُّ الله ورسوله، ويُحبُّه الله ورسوله، يفتح الله على يديه. »
(Rapporté par al-Bukhārī n°3009, Muslim n°2407).
Il remit la bannière à ʿAlî, guérit ses yeux malades de la conjonctivite, et ʿAlî terrassa Marḥab dans le duel rapporté plus haut.
Sources : al-Bukhārī (n°3009), Muslim (n°2407) ; Ibn Hishām (3/349) ; Ibn Kathīr (4/119).
À Tabūk (9 H.)
Le Prophète ﷺ laissa ʿAlî à Médine pour protéger sa famille. Quand certains murmurèrent qu’il pesait sur le Prophète ﷺ, celui-ci déclara :
« أما ترضى أن تكون مني بمنزلة هارون من موسى، إلا أنه لا نبي بعدي ؟ »
Rapporté par al-Bukhārī (n°3706), Muslim (n°2404).
Relation avec le Prophète ﷺ et Ahl al-Bayt
Le mariage avec Fāṭima al-Zahrāʾ رضي الله عنها
Après la bataille de Badr, le Prophète ﷺ maria sa fille Fāṭima رضي الله عنها à ʿAlî رضي الله عنه.
ʿAlî ne possédait pas de grandes richesses ; il vendit son bouclier pour constituer la dot, et le Prophète ﷺ leur offrit une maison simple attenante à ses appartements (Sheikh Dedew – Ali).
Leur vie conjugale fut marquée par la simplicité. ʿAlî رضي الله عنه disait :
« لقد تزوجت فاطمة وما لي فراش غير جلد كبش، ولا وسادة إلا ليف. »
(« J’ai épousé Fāṭima alors que je n’avais pour lit qu’une peau de mouton et pour oreiller que de la fibre de palmier. »)
(Ali – Cheikh Nawwāf al-Sālim).
Le foyer prophétique
La maison de ʿAlî et Fāṭima se trouvait entre les appartements des épouses du Prophète ﷺ. Cette proximité renforçait leurs liens quotidiens.
Le Prophète ﷺ visitait régulièrement leur foyer et montra à plusieurs reprises son attachement à cette famille.
Il les réunit un jour sous son manteau avec al-Ḥasan et al-Ḥusayn et dit :
« اللَّهُمَّ هَؤُلَاءِ أَهْلُ بَيْتِي »
(« Ô Allah, voici les gens de ma maison. »)
Rapporté par Muslim (2424).
Il récita également à leur sujet le verset :
« إنما يريد الله ليذهب عنكم الرجس أهل البيت ويطهركم تطهيرا »
(Coran 33:33).
Les enfants de ʿAlî et Fāṭima رضي الله عنهما
De leur union naquirent plusieurs enfants :
- al-Ḥasan رضي الله عنه
- al-Ḥusayn رضي الله عنه
- Zaynab رضي الله عنها
- Umm Kulthūm رضي الله عنها
Un autre fils, Muḥsin, mourut en bas âge (Sheikh Dedew – Ali).
Le Prophète ﷺ dit :
« الحسن والحسين سيّدا شباب أهل الجنة »
(« al-Ḥasan et al-Ḥusayn sont les maîtres de la jeunesse du Paradis. »)
Rapporté par al-Tirmidhī (3768), authentifié par al-Albānī.
Le lien d’affection avec le Prophète ﷺ
ʿAlî رضي الله عنه reçut de nombreux témoignages d’affection particulière.
Le Prophète ﷺ dit :
« علي مني وأنا منه، ولا يؤدي عني إلا أنا أو علي »
(« ʿAlî est de moi et je suis de lui, et nul ne transmettra de ma part si ce n’est moi ou ʿAlî. »)
Rapporté par al-Tirmidhī (3712, ḥasan).
Il le surnomma aussi Abū Turāb (le père de la poussière), un surnom affectueux qu’ʿAlî aimait particulièrement (Ali – Sheikh Othman al-Khamiss).
Les qualités personnelles et spirituelles de ʿAlî رضي الله عنه
Son courage et sa bravoure
ʿAlî رضي الله عنه fut reconnu comme l’un des plus grands guerriers de l’Islam. Ses exploits à Badr, Uḥud, al-Khandaq et Khaybar en témoignent. Le Prophète ﷺ avait dit à son sujet à la veille de Khaybar :
« لأُعطينَّ الراية غدًا رجلًا يُحبُّ الله ورسوله، ويُحبُّه الله ورسوله، يفتح الله على يديه. »
(« Demain je donnerai l’étendard à un homme qui aime Allah et Son Messager, et qu’Allah et Son Messager aiment, et Allah accordera la victoire par ses mains. »)
Rapporté par al-Bukhārī (3009) et Muslim (2407).
Lors de la bataille de Khaybar, il terrassa Marḥab dans un duel devenu célèbre, en se présentant par ces vers :
« أنا الذي سمتني أمي حيدرة *** كليثِ غاباتٍ كريهِ المنظرة »
(Ibn Hishām, al-Sīra 3/349 ; Ibn Kathīr, al-Bidāya 4/119 ; al-Ḥākim, al-Mustadrak 3/39).
Sa science et sa compréhension
ʿAlî رضي الله عنه était réputé pour sa vaste science religieuse. Le Prophète ﷺ l’avait envoyé comme juge au Yémen et avait invoqué pour lui :
« اللهم اهد قلبه وثبّت لسانه »
(« Ô Allah, guide son cœur et affermis sa langue. »)
Rapporté par Ibn Mājah (n°1661), authentifié par al-Albānī.
ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb رضي الله عنه disait souvent :
« أعوذ بالله من معضلة ليس لها أبو الحسن. »
(« Je cherche refuge auprès d’Allah contre un problème juridique sans Abū al-Ḥasan [ʿAlî] pour le résoudre. »)
(Asad al-Ghāba, Ibn al-Athīr).
Son raisonnement juridique était reconnu par tous. Parmi ses jugements célèbres figure le cas d’une femme ayant accouché après seulement six mois de mariage. ʿUmar voulait la punir, mais ʿAlî expliqua que le Coran mentionne : « وحمله وفصاله ثلاثون شهرا » (Coran 46:15) et « وفصاله في عامين » (Coran 31:14), ce qui laisse une durée minimale de grossesse de six mois. Ainsi, il écarta l’application de la peine (Sheikh Dedew – Ali).
Son ascétisme et sa piété
Malgré son rôle politique et militaire, ʿAlî رضي الله عنه était connu pour sa piété et son détachement de ce bas-monde.
Il jeûnait beaucoup, priait la nuit, et vivait dans la simplicité.
Son vêtement était souvent grossier et usé. Il disait :
« لا يَزَالُ الرَّجُلُ فِي سَعَةٍ مَا لَمْ يُصَبْ دِينُهُ. »
(« L’homme reste dans l’aisance tant que sa religion n’est pas atteinte. »)
(Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ, al-Dhahabī).
Il distribuait largement ce qu’il possédait, préférant la satisfaction d’Allah à l’accumulation de richesses.
Son éloquence et sa sagesse
ʿAlî رضي الله عنه était également reconnu pour son éloquence. Ses discours, conseils et maximes sont nombreux.
Parmi ses paroles célèbres :
« الناس أعداء ما جهلوا. »
(« Les gens sont ennemis de ce qu’ils ignorent. »)
(Nahj al-Balāgha, recueil attribué à ʿAlî).
Ses sermons reflétaient sa maîtrise de la langue arabe, sa profondeur spirituelle et sa capacité à toucher les cœurs.
Le rôle de ʿAlî رضي الله عنه durant le califat d’Abū Bakr, ʿUmar et ʿUthmān رضي الله عنهم
Avec Abū Bakr al-Ṣiddīq رضي الله عنه
Après la mort du Prophète ﷺ, l’allégeance fut donnée à Abū Bakr رضي الله عنه.
ʿAlî رضي الله عنه ne participa pas immédiatement à la bayʿa publique, car il était accaparé par les rites funéraires de Fāṭima رضي الله عنها.
Puis il vint voir Abū Bakr et reconnut son droit. Abū Bakr lui dit :
« والله لقرابة رسول الله ﷺ أحب إليّ أن أصل من قرابتي. »
(« Par Allah, la parenté du Messager d’Allah m’est plus chère à honorer que ma propre parenté. »)
Rapporté par al-Bukhārī (4240).
Abū Bakr visitait fréquemment la maison de ʿAlî, et leur relation resta empreinte de respect et d’affection.
Avec ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb رضي الله عنه
Sous le califat de ʿUmar رضي الله عنه, ʿAlî occupa une place de conseiller majeur.
ʿUmar consultait souvent son avis, notamment dans les affaires juridiques et les jugements complexes.
Il disait :
« أعوذ بالله من معضلة ليس لها أبو الحسن. »
(« Je cherche refuge auprès d’Allah contre un problème juridique sans Abū al-Ḥasan [ʿAlî] pour le résoudre. »)
(Asad al-Ghāba, Ibn al-Athīr).
Lorsque les territoires conquis de Perse furent ouverts et que les filles de Yazdegerd, roi de Perse, furent amenées à Médine, ʿUmar consulta sur leur sort. ʿAlî conseilla de les marier à des musulmans libres afin qu’elles entrent dans la société par l’honneur du mariage. Il en épousa l’une, qui donna naissance à son fils Muḥammad ibn al-Ḥanafiyya (Sheikh Dedew – Ali).
Avec ʿUthmān ibn ʿAffān رضي الله عنه
Sous le califat de ʿUthmān رضي الله عنه, ʿAlî continua à conseiller dans les affaires judiciaires et à appliquer les peines légales.
ʿUthmān lui confiait parfois le rôle de juge, et il établissait les peines sur les buveurs de vin ou les transgresseurs.
Lorsque la fitna éclata et que ʿUthmān fut assiégé dans sa maison, ʿAlî tenta d’intervenir. Il envoya ses fils al-Ḥasan et al-Ḥusayn pour défendre la maison du calife. Mais l’assaut des rebelles aboutit à l’assassinat tragique de ʿUthmān رضي الله عنه.
Le califat de ʿAlî رضي الله عنه
Après la mort de ʿUthmān رضي الله عنه, les habitants de Médine se tournèrent vers ʿAlî رضي الله عنه et lui demandèrent de prendre la charge du califat. Il refusa d’abord, conscient de la gravité de la situation et de la division de la communauté. Mais face à l’insistance des Compagnons et des habitants, il finit par accepter.
La bayʿa fut donnée à ʿAlî رضي الله عنه en l’an 35 de l’Hégire. Les grands compagnons présents, tels que Ṭalḥa, al-Zubayr et Saʿd ibn Abī Waqqāṣ, lui prêtèrent allégeance.
Parmi ses premières décisions, il procéda à des réformes administratives. Il révoqua plusieurs gouverneurs de ʿUthmān, accusés d’abus, et nomma à leur place des hommes de confiance. Cela suscita des tensions, notamment en Syrie où Muʿāwiya ibn Abī Sufyān, gouverneur depuis ʿUmar, refusa de reconnaître son autorité tant que les meurtriers de ʿUthmān n’avaient pas été punis.
ʿAlî رضي الله عنه installa sa capitale à Kūfa, en Irak, afin d’être plus proche des régions stratégiques et de disposer d’une armée plus importante.
Les troubles commencèrent rapidement. Certains compagnons, parmi lesquels Ṭalḥa, al-Zubayr et ʿĀʾisha رضي الله عنهم, demandèrent que justice soit faite contre les assassins de ʿUthmān. ʿAlî leur expliqua que la priorité était de stabiliser la situation avant de juger, mais l’opposition demeura vive.
Cela mena à la confrontation connue sous le nom de la bataille du Chameau (al-Jamal), où ʿAlî affronta les partisans de Ṭalḥa, al-Zubayr et ʿĀʾisha رضي الله عنهم à Baṣra. Après des combats violents, la bataille prit fin avec la mort de Ṭalḥa et de al-Zubayr, et le retour de ʿĀʾisha à Médine escortée avec respect par ʿAlî lui-même.
Ensuite, ʿAlî dut faire face à la rébellion de Muʿāwiya en Syrie. Ce conflit culmina dans la grande bataille de Ṣiffīn, qui opposa les troupes de ʿAlî et celles de Muʿāwiya. La bataille dura de longs mois, et lorsque les troupes de Muʿāwiya brandirent des feuillets du Coran pour appeler à l’arbitrage, une partie de l’armée de ʿAlî insista pour accepter.
Le processus d’arbitrage (al-Taḥkīm) fut engagé, mais il se retourna contre ʿAlî, car une partie de ses propres soldats rejeta cette décision et forma le groupe des Khawārij, qui allaient ensuite devenir ses ennemis internes.
Les grandes épreuves du califat de ʿAlî رضي الله عنه
La bataille du Chameau (al-Jamal)
Après l’assassinat de ʿUthmān رضي الله عنه, plusieurs Compagnons demandèrent à ʿAlî رضي الله عنه de punir immédiatement les meurtriers. ʿAlî leur répondit que la situation était trop instable pour agir aussitôt et qu’il fallait d’abord rétablir l’ordre.
Ṭalḥa ibn ʿUbayd Allāh, al-Zubayr ibn al-ʿAwwām et ʿĀʾisha رضي الله عنهم se dirigèrent vers Baṣra pour mobiliser les partisans de la justice. ʿAlî marcha avec son armée pour les rencontrer.
Les deux camps tentèrent d’abord la réconciliation. Al-Zubayr rencontra ʿAlî, et celui-ci lui rappela un hadith du Prophète ﷺ :
« إنك ستقاتلني وأنت ظالم لي »
(« Tu me combattras un jour alors que tu seras dans l’erreur. »)
Rapporté par al-Bukhārī (3120).
Al-Zubayr se retira du combat, mais il fut tué plus tard par Ibn Jurmuz. Ṭalḥa fut également tué au cours des affrontements.
ʿĀʾisha رضي الله عنها était installée dans une litière montée sur un chameau, autour duquel ses partisans combattaient. La bataille fut sanglante, et l’animal devint le centre de l’affrontement. Finalement, le chameau fut abattu, ce qui mit fin aux combats.
ʿAlî traita ensuite ʿĀʾisha avec honneur. Il la raccompagna jusqu’à Médine avec une escorte de femmes et de soldats (Ibn Saʿd, al-Ṭabaqāt, vol. 3 ; al-Ṭabarī, Tārīkh, vol. 4).
La bataille de Ṣiffīn
En Syrie, Muʿāwiya ibn Abī Sufyān رضي الله عنه, gouverneur depuis l’époque de ʿUmar, refusa de prêter allégeance à ʿAlî tant que les meurtriers de ʿUthmān n’étaient pas jugés. ʿAlî mobilisa une armée et se dirigea vers le Shām.
La confrontation eut lieu à Ṣiffīn, en l’an 37 H. La bataille dura plusieurs mois avec des combats intenses. Des milliers de musulmans furent tués.
Alors que la victoire semblait proche pour ʿAlî, les troupes de Muʿāwiya brandirent des feuillets du Coran au bout de leurs lances en appelant à l’arbitrage :
« بيننا وبينكم كتاب الله »
(« Entre nous et vous, le Livre d’Allah. »)
(al-Ṭabarī, Tārīkh, vol. 4, p. 25).
Une partie de l’armée de ʿAlî insista pour accepter, malgré ses réticences.
L’arbitrage (al-Taḥkīm)
L’arbitrage fut décidé entre Abū Mūsā al-Ashʿarī, choisi par les partisans de ʿAlî, et ʿAmr ibn al-ʿĀṣ, choisi par Muʿāwiya.
ʿAlî craignait ce processus mais accepta sous la pression de ses soldats. L’accord stipulait que les deux arbitres jugeraient selon le Coran.
Lorsque les deux hommes se rencontrèrent, Abū Mūsā proposa de déposer les deux parties et de laisser la communauté choisir un nouveau calife. Il déclara publiquement :
« قد عزلت عليًا ومعاوية »
(« J’ai destitué ʿAlî et Muʿāwiya. »)
ʿAmr ibn al-ʿĀṣ, qui devait confirmer, déclara au contraire :
« وأنا قد أثبتُّ معاوية »
(« Et moi, je maintiens Muʿāwiya. »)
(al-Ṭabarī, Tārīkh, vol. 4, p. 34).
Ce stratagème discrédita l’arbitrage et affaiblit considérablement la position de ʿAlî.
La fitna des Khawārij
Après l’arbitrage, une partie des soldats de ʿAlî se révolta, l’accusant d’avoir accepté le jugement des hommes plutôt que celui d’Allah. Ils prirent le nom de Khawārij et déclarèrent licite le sang de quiconque n’était pas de leur avis.
ʿAlî tenta de les raisonner. Il leur dit :
« لكم علينا ألا نمنعكم مساجد الله، ولا نمنعكم فيئًا ما دامت أيديكم مع أيدينا، ولا نقاتلكم حتى تقاتلونا. »
(« Nous vous garantissons de ne pas vous empêcher d’entrer dans les mosquées, de ne pas vous priver de votre part du butin tant que vos mains restent avec les nôtres, et de ne pas vous combattre tant que vous ne nous combattez pas. »)
(Narration rapportée par Ibn Saʿd et al-Ṭabarī).
Mais ils persistèrent dans leur rébellion et commirent des exactions contre les musulmans. ʿAlî dut les affronter à la bataille de Nahrawān, où la majorité d’entre eux furent tués.
Parmi eux se trouvait ʿAbd al-Raḥmān ibn Muljam, qui devait plus tard assassiner ʿAlî رضي الله عنه.
Les dernières années et le martyre de ʿAlî رضي الله عنه
Après les grandes épreuves d’al-Jamal, de Ṣiffīn et de Nahrawān, le califat de ʿAlî رضي الله عنه entra dans une phase de fragilité. L’unité de la communauté était profondément atteinte, et les tensions internes continuaient d’affaiblir l’autorité centrale.
Les dernières prédictions prophétiques
Le Prophète ﷺ avait déjà annoncé la fin tragique de ʿAlî رضي الله عنه.
Il lui dit un jour :
« أشقى الآخرين من يخضب هذه – وأشار إلى لحيته – من دم هذه – وأشار إلى هامته. »
(« Le plus misérable des derniers [hommes] est celui qui teinte cette barbe de ce sang, en désignant sa barbe, par ce sang, en désignant sa tête. »)
Rapporté par Aḥmad (650) et al-Ḥākim (3/139), authentifié par al-Albānī.
Cette prophétie resta gravée dans l’esprit de ʿAlî, et il en parlait parfois à ses proches.
La conjuration des Khawārij
Après leur défaite à Nahrawān, un groupe de Khawārij décida d’assassiner simultanément trois dirigeants musulmans pour, selon eux, « purifier la communauté » :
- ʿAlî ibn Abī Ṭālib رضي الله عنه en Irak,
- Muʿāwiya ibn Abī Sufyān رضي الله عنه en Syrie,
- ʿAmr ibn al-ʿĀṣ رضي الله عنه en Égypte.
Trois hommes se portèrent volontaires :
- ʿAbd al-Raḥmān ibn Muljam pour tuer ʿAlî,
- al-Barak ibn ʿAbd Allāh pour Muʿāwiya,
- ʿAmr ibn Bakr pour ʿAmr ibn al-ʿĀṣ (al-Ṭabarī, Tārīkh, vol. 4).
Ils fixèrent la date du 17 Ramaḍān 40 H.
L’assassinat à Kūfa
Le matin du 17 Ramaḍān, ʿAlî رضي الله عنه se rendit comme d’habitude à la mosquée de Kūfa pour diriger la prière du fajr.
Ibn Muljam l’attendait à la porte, armé d’une épée empoisonnée.
Alors que ʿAlî appelait à la prière et commençait à entrer, Ibn Muljam se jeta sur lui et le frappa à la tête.
Le coup fut violent ; le sang coula sur sa barbe, accomplissant la prophétie du Prophète ﷺ.
ʿAlî tomba en disant :
« فزتُ وربّ الكعبة. »
(« Par le Seigneur de la Kaʿba, j’ai réussi. »)
(Rapporté par Ibn Saʿd, al-Ṭabaqāt, vol. 3, p. 35).
Ses dernières recommandations
ʿAlî رضي الله عنه fut transporté chez lui. Il survécut encore deux jours, durant lesquels il prodigua des conseils à ses enfants al-Ḥasan et al-Ḥusayn رضي الله عنهما.
Il leur dit :
« أوصيكما بتقوى الله، وألا تبغيا الدنيا وإن بغتكما، ولا تأسفا على شيء منها زوي عنكما، وقولا الحق، واعملا للأجر، وكونا للظالم خصمًا، وللمظلوم عونًا. »
(« Je vous recommande la crainte d’Allah, de ne pas rechercher ce bas-monde même s’il vous recherche, de ne pas regretter ce qui vous en échappe, de dire la vérité, d’œuvrer pour la récompense, d’être l’adversaire de l’injuste et le soutien de l’opprimé. »)
(Narré dans Nahj al-Balāgha et rapporté aussi par Ibn al-Athīr).
Il recommanda également de bien traiter les orphelins, de maintenir les liens de parenté, de respecter la prière et le Coran, et de préserver l’unité des musulmans.
Sa mort et son inhumation
ʿAlī رضي الله عنه rendit l’âme dans la nuit du 21 Ramaḍān de l’an 40 H., à l’âge de 63 ans.
Ses fils al-Ḥasan et al-Ḥusayn lavèrent son corps et l’ensevelirent.
Selon plusieurs récits, il fut enterré en secret à Kūfa pour éviter toute profanation par ses ennemis. D’autres sources mentionnent son transfert à al-Najaf, où se trouve aujourd’hui son mausolée (al-Masʿūdī, Murūj al-Dhahab, vol. 2, p. 428).
Réactions à sa mort
La nouvelle de son assassinat provoqua une grande émotion. Beaucoup de Compagnons et de tabiʿīn pleurèrent la perte du cousin et gendre du Prophète ﷺ, le porteur du drapeau de l’Islam.
ʿAbd Allāh ibn ʿUmar رضي الله عنه dit :
« ما فقد الناس بعد رسول الله ﷺ مثل فقدهم لعلي بن أبي طالب. »
(« Les gens n’ont jamais ressenti de perte semblable à celle de ʿAlî ibn Abī Ṭālib après le Messager d’Allah ﷺ. »)
(Al-Istiʿāb, Ibn ʿAbd al-Barr).
L’héritage de ʿAlî رضي الله عنه – ses paroles, son enseignement et son impact
Transmission du savoir et jurisprudence
ʿAlî ibn Abī Ṭālib رضي الله عنه était reconnu pour sa science profonde et son intelligence juridique.
Le Prophète ﷺ l’avait envoyé juge au Yémen et invoqua pour lui :
« اللهم اهد قلبه وثبّت لسانه »
(« Ô Allah, guide son cœur et affermis sa langue. »)
Rapporté par Ibn Mājah (1661), authentifié par al-Albānī.
De nombreux Compagnons et tābiʿīn prirent de lui la science, parmi eux son fils al-Ḥasan, al-Ḥusayn, ʿAbd Allāh ibn ʿAbbās, Abū al-Aswad al-Duʾalī, al-Aḥnaf ibn Qays et d’autres.
Il laissa une empreinte durable dans les sciences du fiqh, de la langue et de la spiritualité.
ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb رضي الله عنه reconnaissait son mérite et disait :
« أعوذ بالله من معضلة ليس لها أبو الحسن. »
(« Je cherche refuge auprès d’Allah contre un problème juridique sans Abū al-Ḥasan [ʿAlî] pour le résoudre. »)
(Asad al-Ghāba, Ibn al-Athīr).
Son éloquence et ses sermons
ʿAlî رضي الله عنه était célèbre pour son éloquence. Ses paroles et sermons témoignent d’une grande profondeur spirituelle.
Beaucoup de maximes lui sont attribuées, certaines rapportées dans les sources classiques, d’autres dans le recueil Nahj al-Balāgha.
Parmi ses paroles connues :
« الناس أعداء ما جهلوا. »
(« Les gens sont ennemis de ce qu’ils ignorent. »)
« قيمة كل امرئ ما يحسنه. »
(« La valeur de chaque homme réside dans ce qu’il fait de bien. »)
Ses discours étaient marqués par la force de la langue arabe et par la sincérité d’un homme qui avait voué sa vie à la vérité.
Son modèle d’ascétisme
ʿAlî رضي الله عنه laissa l’exemple d’une vie d’ascète malgré son rang de calife.
Il portait des vêtements simples, souvent rapiécés, et vivait avec très peu de provisions.
On rapporte qu’il refusait les mets raffinés, préférant le pain sec, le sel et l’huile.
Il disait :
« يا دنيا غرّي غيري. »
(« Ô bas-monde, va séduire un autre que moi. »)
(Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ, al-Dhahabī).
Cette piété et ce détachement furent pour les musulmans un modèle de sincérité et de désintéressement.
L’amour d’Ahl al-Bayt
Le Prophète ﷺ avait dit à son sujet :
« لا يحبك إلا مؤمن، ولا يبغضك إلا منافق. »
(« Seul le croyant t’aime, et seul l’hypocrite te déteste. »)
Rapporté par Muslim (78).
Et il avait déclaré à Khaybar :
« لأعطينّ الراية غدًا رجلًا يحب الله ورسوله، ويحبه الله ورسوله. »
(« Je donnerai demain l’étendard à un homme qui aime Allah et Son Messager, et qu’Allah et Son Messager aiment. »)
Rapporté par al-Bukhārī (3009), Muslim (2407).
Ces paroles témoignent de l’honneur et de la proximité spirituelle unique de ʿAlî رضي الله عنه auprès du Prophète ﷺ.
Son impact dans l’histoire islamique
L’héritage de ʿAlî رضي الله عنه se prolonge à travers plusieurs dimensions :
- Sa descendance, à travers al-Ḥasan et al-Ḥusayn رضي الله عنهما, qui perpétuèrent la lignée du Prophète ﷺ.
- Sa jurisprudence, qui fut reprise et développée par de nombreux fuqahāʾ.
- Sa sagesse, qui inspira les générations suivantes et reste présente dans la littérature islamique.
- Son courage et sa piété, qui en firent un modèle intemporel pour les musulmans.
Il fut le dernier des quatre califes bien guidés, et sa vie illustre à la fois la gloire de l’Islam naissant et les épreuves des divisions internes.
Conclusion générale
ʿAlî ibn Abī Ṭālib رضي الله عنه fut l’un des plus illustres compagnons du Prophète ﷺ.
Il grandit dans sa maison, fut le premier enfant à embrasser l’Islam, et passa sa vie entière à défendre la foi par l’épée, la science et la sagesse.
Il fut le gendre du Messager ﷺ, père de sa descendance à travers al-Ḥasan et al-Ḥusayn, et pilier d’Ahl al-Bayt.
Son courage à Badr, Uḥud, Khandaq et Khaybar le plaça au rang des plus grands héros de l’Islam.
Sa science fit de lui une référence pour les califes et les juristes, et son ascétisme incarna l’idéal de détachement du bas-monde.
Son califat fut marqué par des épreuves immenses : la fitna, les divisions, les batailles internes, l’arbitrage et la rébellion des Khawārij. Malgré cela, il resta attaché à la justice et à la vérité, refusant d’user de la ruse ou de la force au détriment des principes de l’Islam.
Son assassinat dans la mosquée de Kūfa scella une vie de sacrifice. En tombant sous le coup d’Ibn Muljam, il dit : « فزتُ ورب الكعبة » (« Par le Seigneur de la Kaʿba, j’ai réussi »), exprimant sa certitude d’avoir accompli sa mission.
Il laissa à la communauté l’exemple d’un compagnon fidèle, d’un savant éloquent, d’un juge équitable et d’un adorateur humble. Son souvenir demeure vivant dans le cœur des musulmans, comme un modèle de courage, de piété et de fidélité à Allah et à Son Messager ﷺ.