Le hadith et sa formulation

Le Prophète ﷺ aurait dit à son oncle al Abbas ibn Abd al Muttalib :

« Ô Abbas ! veux tu que je te donne, que je t’accorde, que je t’enseigne dix bienfaits ? Si tu fais cela, Allah te pardonnera tes péchés anciens et récents, volontaires et involontaires, petits et grands, cachés et apparents. Tu prieras quatre rakaa, et dans chacune tu diras quinze fois : Subhana Allah, wal hamdu li Allah, wa la ilaha illa Allah, wa Allahu Akbar, puis tu les répéteras dix fois dans chaque position. »
— (Abu Dawud, Ibn Majah, Ibn Khuzayma, al Bayhaqi, at Tabarani)

La prière comporte quatre rakaa, avec soixante quinze tasbih par unité, soit trois cents glorifications. Elle peut être accomplie en une fois ou en deux prières de deux rakaa.

Authenticité du hadith

Le hadith a été transmis par plusieurs chaînes, notamment d’Ibn Abbas et de ses élèves.

Al Bayhaqi et ad Daraqutni le jugent faible, mais soutenu par la multiplicité des voies.

Ibn al Mubarak, qui le rapporta, le considérait comme fiable et le pratiquait régulièrement.

Ibn al Jawzi le rejeta comme fabriqué, mais cette opinion fut écartée par la majorité des savants, dont an Nawawi, Ibn Hajar et as Suyuti, qui le classèrent parmi les hadiths acceptables pour les œuvres méritoires.

L’école hanafite

Les savants hanafites estiment que le hadith, bien que faible, peut être mis en pratique dans le domaine des vertus.

Al Kasani écrit :

« Si une personne accomplit la prière du tasbih selon ce qui est rapporté, elle agit bien, car les prières surérogatoires sont des moyens de rapprochement. »
Ibn Abidin précise :
« Le hadith est faible, mais il ne contredit aucun fondement de la Loi. »

Certains usûlistes hanafites, tels al Zayla‘i, se sont montrés plus réservés, estimant qu’un hadith faible ne peut établir une forme codifiée de prière.

Ainsi, la pratique est permise et méritoire à titre individuel, sans en faire un rite public ni régulier.

L’école malikite

L’école malikite demeure la plus prudente à ce sujet.

L’imam Malik ne l’a ni rapportée ni pratiquée, et ses disciples ont affirmé que ce qui n’était pas pratiqué à Médine ne saurait être considéré comme sunna.

Al Qurtubi écrit :

« Rien d’authentique n’est établi à son sujet. Celui qui la pratique le fait sur la base d’un hadith faible, et il ne doit pas en faire une coutume. »
Ibn al Arabi déclare :
« Ce hadith n’a pas de force probante. S’il la fait ponctuellement comme prière libre, il n’y a pas de blâme. S’il en fait un rite, c’est innovation. »

Al Fâkihâni, dans al Madkhal, l’interdit formellement, la considérant étrangère à la tradition médinoise.

Ibn al Hajj, dans le même esprit, la juge innovation si promue comme sunna régulière.

L’école malikite rejette donc son institutionnalisation, tout en admettant sa pratique occasionnelle sans intention d’imitation prophétique.

L’école shafi‘ite

Les shafi‘ites sont les plus favorables à la pratique de la Salat at Tasbih.

An Nawawi écrit dans al Adhkar :

« Le hadith est faible, mais il ne fait pas partie des hadiths rejetés. Nos compagnons ont dit : elle est recommandée. »
Dans al Majmu‘, il ajoute :
« Ibn al Mubarak la pratiquait, et cela suffit à la rendre recommandée. »
Ibn Hajar al Haytami la considère comme soutenue par plusieurs chaînes et la classe parmi les sunan hassana.
As Suyuti l’intègre dans ses ouvrages de mérites et de spécificités prophétiques.

Quelques savants shafi‘ites, tels Izz ad Din ibn Abd as Salam et As Subki, ont exprimé des doutes sur la solidité de son hadith, sans la déclarer interdite.

Les shafi‘ites la recommandent donc comme prière spirituelle ponctuelle, non rituelle, motivée par le pardon et la glorification.

L’école hanbalite

Les hanbalites admettent la prière à titre personnel, mais refusent de la considérer comme sunna établie.

Ibn Qudama écrit :

« Rien n’empêche de la pratiquer, car multiplier le dhikr dans la prière est louable. »
Ibn Taymiyya tranche :
« Aucun imam n’a jugé ce hadith authentique. La Salat at Tasbih ne doit pas être pratiquée régulièrement. Les compagnons ne la connaissaient pas, et si elle avait eu vertu réelle, ils ne l’auraient pas délaissée. »

Il distingue la prière libre, permise, de la prière attribuée sans preuve au Prophète, considérée comme innovation.

Ibn al Qayyim confirme que, bien que non attestée comme pratique constante, son contenu de louange et de glorification reste conforme à la foi.

Les positions de rejet clair

Certains savants ont explicitement rejeté la Salat at Tasbih.

Ibn al Jawzi la jugea fabriquée dans al Mawdu‘at.

Ibn Taymiyya la qualifia de bid‘a lorsqu’elle est présentée comme sunna régulière.

Ibn al Hajj al Abdari et al Fâkihâni, tous deux malikites, la déclarèrent innovation sans fondement solide.

Ces critiques ne condamnent pas la prière libre elle même, mais son rattachement non prouvé à une sunna prophétique.

Les défenseurs éminents

Plusieurs imams reconnus ont au contraire défendu et pratiqué cette prière.

Ibn al Mubarak la fit régulièrement.

Al Bayhaqi et as Sakhawi la jugèrent louable.

An Nawawi, Ibn Hajar et as Suyuti la considérèrent comme légitime dans le cadre des fada’il al a‘mal.

Ces savants y virent un moyen de purification et d’humilité du cœur.

Synthèse des approches

Les hanafites et les shafi‘ites la recommandent à titre méritoire ;

les hanbalites et certains malikites la tolèrent sans l’instituer ;

d’autres savants, comme Ibn Taymiyya et al Fâkihâni, la rejettent comme non fondée.

Tous reconnaissent qu’elle ne saurait être imposée ni déclarée obligatoire.

Conclusion

La Salat at Tasbih n’est pas une obligation ni une sunna confirmée.

Elle est permise selon la majorité, et recommandée par certains, à condition d’être pratiquée avec modestie et sans en faire une coutume publique.

Son essence — la glorification d’Allah — reste conforme à l’esprit de la foi, tant qu’on la rattache à la piété, non à l’innovation.

Celui qui la pratique cherche la proximité d’Allah dans le silence et la reconnaissance.

Celui qui s’en abstient ne délaisse rien d’obligatoire.

Ainsi la voie médiane de la Sunna demeure celle de l’équilibre : ni excès d’interdiction, ni confusion entre dévotion et prescription.

L’équipe d’Islamopedie

Sources

  • Sunan Abî Dawud
  • Sunan Ibn Majah
  • Sunan ad Daraqutni
  • as Sunan al Kubra, al Bayhaqi
  • Badâ’i as Sana’i, al Kasani
  • Radd al Muhtar, Ibn Abidin
  • ‘Aridat al Ahwadhi, Ibn al Arabi al Maliki
  • Tafsîr al Qurtubi
  • al Furûq, al Qarafi
  • al Adhkar, an Nawawi
  • al Majmû‘, an Nawawi
  • al Fatawa al Kubra, Ibn Hajar al Haytami
  • al Khasais al Kubra, as Suyuti
  • al Mughnî, Ibn Qudama
  • Majmû‘ al Fatawa, Ibn Taymiyya
  • Zaad al Maad, Ibn al Qayyim
  • al Madkhal, Ibn al Hajj, al Fâkihâni
  • Irwa al Ghalil, al Albani