Les rites de la ʿUmra – Guide spirituel et pratique

Introduction

La ʿUmra est bien plus qu’un simple voyage à La Mecque : c’est un retour vers Allah, un dépouillement du superflu, une école de patience et de sincérité. Elle se distingue du ḥajj par sa simplicité, mais n’en est pas moins profonde. Elle commence avec l’iḥrām, se poursuit par le ṭawāf autour de la Kaʿba, puis par le saʿī entre Ṣafā et Marwa, et s’achève par le taḥallul, la sortie de la sacralisation.

Dans ce guide, nous parcourrons les étapes de la ʿUmra en mêlant :

  • les récits de la Sunna et des compagnons (rapports d’Ibn Saʿd, al-Dhahabī, Ibn al-Qayyim…),
  • les règles de fiqh détaillées par les imams (al-Mudawwana, al-Umm, al-Ishrāf, Manāsik al-Albānī),
  • et la dimension spirituelle pour donner sens à chaque geste.
Pour le détail des rites du ḥajj, consultez notre article dédié : « Les rites du ḥajj ».

Préparer son cœur et son intention

Le Prophète ﷺ a dit : « Les actes ne valent que par leurs intentions » (al-Bukhārī, Muslim).

Ainsi, la première étape de la ʿUmra est intérieure : voyager uniquement pour Allah.

Invocation recommandée (rapportée par des fuqahāʾ, non attribuée au Prophète ﷺ) :

Arabe : « اَللَّهُمَّ اجْعَلْهَا عُمْرَةً مَبْرُورَةً، وَسَعْيًا مَشْكُورًا، وَذَنْبًا مَغْفُورًا »

Phonétique : « Allāhumma-jʿalhā ʿumratan mabrūratan, wa-saʿyan mashkūran, wa-dhanban maghfūran. »

Traduction : « Ô Allah, fais que cette ʿUmra soit agréée, que son effort soit récompensé et que son péché soit pardonné. »

Dans les Ṭabaqāt d’Ibn Saʿd, il est rapporté que les compagnons insistaient pour régler leurs dettes et demander pardon avant de partir. Ibn ʿUmar disait : « Le ḥajj efface les péchés envers Allah, mais pas les droits des hommes. » Ce principe vaut aussi pour la ʿUmra.

Préparer son corps et son voyage

Pureté et parfum

Ibn al-Qayyim rapporte dans Zād al-Maʿād que le Prophète ﷺ faisait le ghusl, se parfumait (hommes seulement), et coupait ses ongles et poils avant l’iḥrām. Après l’entrée en sacralisation, ces gestes deviennent interdits (al-Mudawwana, Manāsik al-Albānī).

Provisions licites

Le verset : « Prenez des provisions ; mais la meilleure des provisions est la piété » (2:197) fut révélé au sujet du ḥajj, mais s’applique aussi à la ʿUmra. Les fuqahāʾ insistent sur le fait de voyager avec des biens licites.

Invocation rapportée d’Ibn Masʿūd (utilisée par les salaf)

Arabe :

« اللَّهُمَّ اكْفِنِي بِحَلَالِكَ عَنْ حَرَامِكَ، وَأَغْنِنِي بِفَضْلِكَ عَمَّنْ سِوَاكَ »

Phonétique :

« Allāhumma-kfinī bi-ḥalālika ʿan ḥarāmik, wa-agh-ninī bi-faḍlika ʿamman siwāk. »

Français :

« Ô Allah, suffi-moi par ce qui est licite contre ce qui est illicite, et enrichis-moi par Ton immense grâce pour que je n’aie besoin de personne d’autre que Toi. »

Choisir sa compagnie

ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb conseillait : « Accompagne celui qui te rappelle Allah lorsqu’il parle, et dont la conduite t’invite à l’au-delà. » (Ṭabaqāt Ibn Saʿd)

Les mawāqīt et l’entrée en iḥrām

Les cinq mawāqīt

Selon Ibn ʿAbbās (al-Bukhārī, Muslim), le Prophète ﷺ a fixé :

  • Dhū l-Ḥulayfa (Abār ʿAlī) pour Médine,
  • al-Juḥfa pour le Shām et l’Égypte,
  • Qarn al-Manāzil pour le Najd,
  • Yalamlam pour le Yémen,
  • Dhātu ʿIrq pour l’Irak.

Règle : quiconque passe par un de ces lieux avec l’intention de la ʿUmra doit y entrer en iḥrām. Qui dépasse le miqāt sans iḥrām doit revenir, ou à défaut, offrir une fidya (Ibn al-Mundhir, al-Mudawwana).

L’intention et la clause (ishtirāṭ)

Le pèlerin formule son intention : « Labbayka ʿumratan » (rapporté dans les manāsik).

En cas de crainte (maladie, empêchement), il ajoute la condition enseignée par le Prophète ﷺ à Ḍubāʿa bint az-Zubayr :

Arabe : « اللَّهُمَّ مَحِلِّي حَيْثُ حَبَسْتَنِي »

Traduction : « Ô Allah, rends ma sortie de l’iḥrām là où Tu m’auras retenu. » (al-Bukhārī, Muslim)

La prière au miqāt

Le Prophète ﷺ pria à Dhū l-Ḥulayfa avant son iḥrām, mais les juristes (Mālik, Shāfiʿī, Abū Ḥanīfa, Aḥmad) expliquent qu’il n’y a pas de prière spécifique instituée. Si l’heure d’une prière obligatoire coïncide, on l’accomplit puis on entre en iḥrām.

La talbiya : répondre à l’appel

La talbiya est le chant des pèlerins :

Formule prophétique (authentique – al-Bukhārī, Muslim) :

« لَبَّيْكَ اللَّهُمَّ لَبَّيْكَ، لَبَّيْكَ لاَ شَرِيكَ لَكَ لَبَّيْكَ، إِنَّ الْحَمْدَ وَالنِّعْمَةَ لَكَ وَالْمُلْكَ، لاَ شَرِيكَ لَكَ »

Formules de compagnons :

  • Ibn ʿUmar : « Labbayka wa-saʿdayk, wa-l-khayru biyadayk… » (Ibn Abī Shayba).
  • Anas ibn Mālik : « Labbayka ḥaqqan ḥaqqan… » (al-Bayhaqī, Sunan al-Kubrā).
  • Ibn ʿAbbās : « Labbayka ilāha al-ḥaqq » (Muslim).

Toutes ces formules sont authentiques et peuvent être récitées, seules ou en alternance.

L’invocation lors de la première vision de la Kaʿba

Quand le pèlerin voit la Kaʿba pour la première fois, il n’existe pas de duʿāʾ authentiquement rapportée du Prophète ﷺ spécifiquement pour ce moment. Les ḥadīths mentionnés à ce sujet sont faibles.

Cependant, il est rapporté de ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb رضي الله عنه qu’à la vue de la Kaʿba, il disait :

Arabe :

« اللَّهُمَّ أَنْتَ السَّلَامُ وَمِنْكَ السَّلَامُ، فَحَيِّنَا رَبَّنَا بِالسَّلَامِ »

Phonétique :

« Allāhumma anta s-salām, wa minka s-salām, fa-ḥayyina Rabbanā bi-s-salām. »

Français :

« Ô Allah, Tu es la Paix, de Toi vient la paix, fais-nous vivre, Seigneur, dans la paix. »

(Source : Athar rapporté de ʿUmar, dans Akhbār Makka).

Même si le Prophète ﷺ n’a pas institué de formule particulière à ce moment, il est permis et beau de suivre l’exemple de ʿUmar رضي الله عنه et de faire des duʿāʾ personnelles, en demandant pardon, miséricorde et acceptation.

Le ṭawāf autour de la Kaʿba

Début et invocations

Le pèlerin commence au niveau de la Pierre Noire. Le Prophète ﷺ disait :

  • « Allāhu akbar » (al-Bukhārī, Muslim),
  • ou « Bismillāh, Allāhu akbar » (rapporté d’Ibn ʿUmar dans al-Adab al-Mufrad).

Entre le coin yéménite et la Pierre Noire, il récitait :

« Rabbanā ātinā fī d-dunyā ḥasanatan wa fī l-ākhirati ḥasanatan wa qinā ʿadhāba n-nār » (Muslim).

Le reste du temps, il n’y a pas de duʿāʾ fixé par tour : le pèlerin invoque librement (Subḥān Allāh, Allāhu akbar, demandes personnelles…). Les livrets modernes avec douʿāʾ par tour n’ont aucun fondement.

Wuḍūʾ

Majorité : obligatoire pour la validité du ṭawāf (Mālik, Shāfiʿī, Aḥmad).

Ḥanafites : recommandé mais pas condition (Ibn al-Mundhir, al-Umm).

Idṭibāʿ et raml (hommes)

Au premier ṭawāf, les hommes découvrent leur épaule droite (idṭibāʿ) et marchent vite sur les 3 premiers tours (raml), si cela ne nuit pas aux autres (Zād al-Maʿād).

Nuance d’école :

  • Les Mālikites n’encouragent pas le iḍṭibāʿ ni le raml. Mālik les considérait comme liés à un contexte historique (montrer la force des musulmans aux Quraysh). Leur reproduction systématique lui semblait makrūh (déconseillée), sauf si on les pratique par conformité à la communauté présente.
  • Les Shāfiʿites et Ḥanbalites considèrent le iḍṭibāʿ et le raml comme sunnas du premier ṭawāf.
  • Les Ḥanafites les autorisent sans les encourager.
  • Au premier ṭawāf, les hommes découvrent leur épaule droite (idṭibāʿ) et marchent vite sur les 3 premiers tours (raml), si cela ne nuit pas aux autres (Zād al-Maʿād).

La Sunna concernant les coins de la Kaʿba

Le Prophète ﷺ ne touchait que deux coins : la Pierre Noire et le coin yéménite (al-Bukhārī, Muslim).

  • Pierre Noire : il est recommandé de la toucher et l’embrasser si possible, ou de faire signe de la main en disant « Allāhu akbar » si la foule est trop dense. Ce geste est une sunna et non une obligation. À notre époque où les foules sont immenses, il ne faut pas commettre de péché en blessant ou bousculant les autres pour accomplir cette sunna. Préserver autrui est prioritaire.
  • Coin yéménite : il est recommandé de le toucher de la main uniquement, sans embrasser ni faire signe de loin.
  • Les deux autres coins : on ne les touche pas, car ils ne sont pas sur les fondations d’Ibrāhīm عليه السلام.

Les savants (Ibn al-Qayyim, al-Mudawwana, al-Umm) rappellent que le toucher du coin yéménite est une sunna conditionnée par l’absence de nuisance : si la foule est trop dense, on passe sans rien faire.

Le Prophète ﷺ ne touchait que deux coins : la Pierre Noire et le coin yéménite (al-Bukhārī, Muslim).

  • Pierre Noire : il est recommandé de la toucher et l’embrasser si possible, ou de faire signe de la main en disant « Allāhu akbar » si la foule est trop dense.
  • Coin yéménite : il est recommandé de le toucher de la main uniquement, sans embrasser ni faire signe de loin.
  • Les deux autres coins : on ne les touche pas, car ils ne sont pas sur les fondations d’Ibrāhīm عليه السلام.

Les savants (Ibn al-Qayyim, al-Mudawwana, al-Umm) rappellent que le toucher du coin yéménite est une sunna conditionnée par l’absence de nuisance : si la foule est trop dense, on passe sans rien faire.

Peut-on se retourner pendant le ṭawāf ?

Le ṭawāf consiste à tourner autour de la Kaʿba en la gardant à sa gauche. Il n’est pas nécessaire d’avoir le visage constamment dirigé vers elle.

  • Il est permis de tourner la tête, de regarder la Kaʿba, ou même de se retourner un instant pour invoquer, saluer la Pierre Noire ou contempler la Maison sacrée.
  • Le Prophète ﷺ se tournait vers la Pierre Noire à chaque passage (al-Bukhārī, Muslim).
  • Les juristes (Mālik, Abū Ḥanīfa, Shāfiʿī, Aḥmad) s’accordent que cela n’affecte pas la validité du ṭawāf.
  • En revanche, il est interdit de marcher dans le sens inverse ou de couper la trajectoire, car cela invaliderait le ṭawāf.

L’essentiel est de conserver la Kaʿba à sa gauche et de poursuivre les tours dans l’ordre.

Les femmes en menstrues

Le Prophète ﷺ dit à ʿĀʾisha : « Fais tout ce que fait le pèlerin, sauf le ṭawāf tant que tu n’es pas purifiée » (al-Bukhārī, Muslim).

Le ḥijr Ismāʿīl (al-Ḥaṭīm)

Le ḥijr Ismāʿīl, appelé aussi al-Ḥaṭīm, est l’espace semi-circulaire accolé à la Kaʿba, entouré d’un muret. Il faisait partie à l’origine de la Kaʿba construite par Ibrāhīm عليه السلام. Lorsque Quraysh reconstruisirent la Kaʿba avant l’islam, ils n’eurent pas assez de moyens pour l’inclure entièrement, et laissèrent cette partie à l’extérieur.

Conséquence : l’espace du ḥijr fait pleinement partie de la Kaʿba. C’est pourquoi entrer et prier à l’intérieur du ḥijr équivaut à prier dans la Kaʿba.

Le Prophète ﷺ a dit à ʿĀʾisha رضي الله عنها : « Lorsque ton peuple reconstruisit la Kaʿba, ils ont réduit sa taille et sorti le ḥijr de la Maison. » (al-Bukhārī, Muslim).

  • Il est donc recommandé, quand cela est possible sans nuire aux autres, d’entrer dans le ḥijr et d’y prier.
  • Toutefois, il ne faut pas se bousculer ni forcer l’accès. L’acte est méritoire mais reste surérogatoire.
  • Pendant le ṭawāf, on doit tourner à l’extérieur du muret : passer à l’intérieur invaliderait le ṭawāf, car cela reviendrait à ne pas entourer toute la Kaʿba.

Deux rakaʿāt derrière Maqām Ibrāhīm

Lorsque le pèlerin a terminé ses sept tours de ṭawāf, il se dirige vers Maqām Ibrāhīm (l’endroit où se trouve la pierre portant l’empreinte d’Ibrāhīm عليه السلام).

Il récite le verset :

Arabe :

وَاتَّخِذُوا مِن مَّقَامِ إِبْرَاهِيمَ مُصَلًّى

(al-Baqara, 2:125)

Phonétique :

« Wa-ttakhidhū min maqāmi Ibrāhīma muṣallā. »

Traduction :

« Adoptez donc pour lieu de prière ce lieu où Abraham se tint debout. »

Puis il prie deux rakaʿāt derrière Maqām Ibrāhīm.

  • Dans la première rakaʿa, le Prophète ﷺ récitait Sourate al-Kāfirūn.
  • Dans la deuxième, il récitait Sourate al-Ikhlāṣ.
  • (rapporté par al-Bayhaqī et authentifié par al-Albānī)

L’eau bénie de Zamzam

Ensuite, le pèlerin se rend à Zamzam pour boire de son eau. Le Prophète ﷺ a dit :

« L’eau de Zamzam est [efficace] pour ce pour quoi on la boit. »

(ḥadīth ḥasan)

Invocation rapportée d’Ibn al-Qayyim :

Arabe :

اللَّهُمَّ إِنِّي أَسْأَلُكَ عِلْمًا نَافِعًا، وَرِزْقًا وَاسِعًا، وَشِفَاءً مِنْ كُلِّ دَاءٍ

Phonétique :

« Allāhumma innī asʾaluka ʿilman nāfiʿan, wa rizqan wāsiʿan, wa shifāʾan min kulli dāʾ. »

Traduction :

« Ô Allah, je T’implore une science utile, une subsistance abondante et une guérison contre toute maladie. »

Retour éventuel vers la Pierre Noire

Après avoir bu, il est recommandé (sunna) de retourner vers la Pierre Noire pour la toucher de nouveau, comme le fit le Prophète ﷺ (rapporté par al-Bayhaqī et authentifié par al-Albānī).

  • Toutefois, si la foule est trop dense, le pèlerin peut se diriger directement vers Ṣafā pour commencer le saʿī sans rien perdre de la validité du rite.

Le Multazam

Le Multazam est l’espace entre la porte de la Kaʿba et la Pierre Noire. Certains compagnons s’y collaient pour invoquer, lorsqu’il y avait de la place et que cela ne nuisait pas aux autres. Cela reste une pratique permise mais non obligatoire.

Le saʿī entre Ṣafā et Marwa

En arrivant à Ṣafā, le Prophète ﷺ récitait le verset :

« Inna ṣ-ṣafā wa-l-marwata min shaʿāʾiri Llāh » (Muslim).

Puis il disait :

Arabe :

« نَبْدَأُ بِمَا بَدَأُ اللهُ بِهِ »

Phonétique :

« Nabdaʾu bimā badaʾa Allāhu bih. »

Traduction :

« Nous commençons par ce qu’Allah a commencé. »

Ensuite, il levait les mains vers la Kaʿba et répétait trois fois :

Arabe :

« ٱللّٰهُ أَكْبَرُ، ٱللّٰهُ أَكْبَرُ، ٱللّٰهُ أَكْبَرُ، لَا إِلَٰهَ إِلَّا ٱللّٰهُ وَحْدَهُ لَا شَرِيكَ لَهُ، لَهُ ٱلْمُلْكُ وَلَهُ ٱلْحَمْدُ، وَهُوَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ، لَا إِلَٰهَ إِلَّا ٱللّٰهُ وَحْدَهُ، أَنْجَزَ وَعْدَهُ، وَنَصَرَ عَبْدَهُ، وَهَزَمَ ٱلْأَحْزَابَ وَحْدَهُ »

Phonétique :

« Allāhu akbar, Allāhu akbar, Allāhu akbar. Lā ilāha illā Allāhu waḥdahu lā sharīka lah, lahu l-mulku wa lahu l-ḥamdu, wa huwa ʿalā kulli shayʾin qadīr. Lā ilāha illā Allāhu waḥdahu, anjaza waʿdahu, wa naṣara ʿabdahu, wa hazama l-aḥzāba waḥdah. »

Traduction :

« Allah est le Plus Grand, Allah est le Plus Grand, Allah est le Plus Grand. Nulle divinité en dehors d’Allah, seul, sans associé. À Lui la royauté et la louange, et Il est capable de toute chose. Nulle divinité en dehors d’Allah, seul. Il a accompli Sa promesse, secouru Son serviteur et vaincu les coalisés à Lui seul. »

Le Prophète ﷺ récitait cette invocation en levant les mains vers la Kaʿba, puis il faisait ses propres duʿāʾ personnelles. Ensuite, il revenait à la même invocation, la répétait et refaisait ses duʿāʾ, puis encore une troisième fois.

Ainsi, il s’agit d’une seule invocation fixe, répétée trois fois avec des supplications libres intercalées entre chaque répétition. Les savants (Ibn al-Qayyim, an-Nawawī) rappellent qu’aucune autre formule spécifique n’a été instituée par le Prophète ﷺ à cet endroit.

À propos du dernier arrêt à Marwa (7ᵉ trajet)

La majorité des savants (Shāfiʿites, Ḥanbalites, beaucoup de Mālikites) enseignent qu’on répète la même invocation trois fois à Marwa, y compris au terme du 7ᵉ trajet, en se basant sur le ḥadīth de Jābir : « Il faisait sur Marwa ce qu’il faisait sur Ṣafā » (Muslim).

Cependant, une opinion minoritaire (certains Mālikites et quelques Ḥanafites) estime qu’à la fin du 7ᵉ trajet, il suffit de faire une invocation simple sans répéter trois fois la formule, puisque le saʿī est alors clos.

Dans la pratique contemporaine, la plupart des guides recommandent de suivre l’avis majoritaire (répéter trois fois), tout en reconnaissant la validité de l’autre avis.

Question fréquente : peut-on faire le saʿī aux étages supérieurs ?

À notre époque, le saʿī entre Ṣafā et Marwa peut se faire au rez-de-chaussée, aux étages supérieurs ou même dans des espaces climatisés.

Avis des savants contemporains

  • Le Comité permanent de l’Iftāʾ (al-Lajna ad-Dāʾima) a statué que le saʿī est valide à tous les niveaux, tant que le parcours reste dans les limites de Ṣafā et Marwa.
  • Shaykh Ibn Bāz رحمه الله : « Le saʿī est valide à tous les niveaux construits dans le couloir de Ṣafā et Marwa, car ils sont à l’intérieur de ses limites. »
  • Shaykh Ibn ʿUthaymīn رحمه الله : « Que le saʿī soit fait en hauteur ou en sous-sol, il est valide tant que la zone est comprise entre Ṣafā et Marwa. »

Conseils pratiques

  • Le rez-de-chaussée est souvent plus chargé, mais il permet de mieux ressentir l’ambiance des lieux.
  • Les étages supérieurs offrent plus de fluidité et de confort, particulièrement pour les personnes âgées, malades ou en fauteuil roulant.

Le saʿī est valide quel que soit le niveau choisi. Le pèlerin peut donc opter pour l’endroit qui lui permet de vivre ce rite avec plus de sérénité et de concentration.

Le taḥallul : sortie de l’iḥrām

Après avoir achevé le septième trajet en arrivant à Marwa, le pèlerin accomplit la dernière étape de la ʿUmra : le taḥallul, c’est-à-dire la sortie de l’état de sacralisation.

Pour les hommes

  • Raser complètement la tête (ḥalq) : c’est le plus méritoire. Le Prophète ﷺ a dit : « Qu’Allah fasse miséricorde à ceux qui se rasent. » Les compagnons demandèrent : « Et ceux qui se coupent les cheveux ? » Il répéta encore : « Qu’Allah fasse miséricorde à ceux qui se rasent. » Après plusieurs fois, il ajouta enfin : « Et à ceux qui se coupent les cheveux. » (Muslim).
  • Couper les cheveux (taqṣīr) : couper de chaque côté de la tête. Cela suffit à lever l’iḥrām.
  • Cas particulier du ḥajj tamattuʿ : il est préférable de couper seulement, afin de garder la possibilité de raser au moment du ḥajj.

Pour les femmes

  • Elles ne rasent pas leur tête.
  • Elles coupent une petite mèche de leurs cheveux (environ la longueur d’une phalange).

Conclusion spirituelle

La ʿUmra est plus qu’une suite de gestes rituels : c’est une rencontre avec Allah et une école de fraternité. Dans ce voyage, le croyant se dépouille de ses habitudes, se fond dans la foule immense et découvre qu’il n’est qu’un serviteur parmi des millions, tous tournés vers la même Maison, invoquant le même Seigneur.

Les divergences entre savants sur certains détails — qu’il s’agisse de l’iḍṭibāʿ, du raml ou des invocations à Marwa — ne sont pas un obstacle, mais une richesse. Elles rappellent que l’islam n’est pas uniformité rigide, mais pluralité d’avis enracinés dans la recherche de la vérité. L’essentiel est de marcher le cœur pur, avec l’intention sincère de plaire à Allah.

Lorsque tu accomplis ton ṭawāf, lorsque tu cours entre Ṣafā et Marwa, rappelle-toi que ton frère à côté de toi peut suivre un avis différent, mais que son objectif est le même que le tien : la proximité d’Allah et Son pardon.

Le Prophète ﷺ a dit : « Les croyants, dans leur amour, leur miséricorde et leur compassion, sont comme un seul corps » (al-Bukhārī, Muslim). À La Mecque, ce corps prend vie : des langues multiples, des couleurs diverses, des coutumes variées, mais une seule direction.

Ne laisse donc pas les divergences t’éloigner de ton objectif. Respecte ton frère, honore ta sœur, et sache que la grandeur de la ʿUmra ne réside pas seulement dans la justesse des rites, mais surtout dans la sincérité du cœur et la douceur du comportement.

Ainsi, la ʿUmra devient un miroir : elle reflète ta foi, ton humilité et ton amour de l’unité. Et si tu rentres de ce voyage plus patient, plus miséricordieux et plus attaché à Allah, alors ta ʿUmra a porté son fruit.

L'équipe d'islamopedie

Sources

Ṭabaqāt Ibn Saʿd (tabaqât ibn saʿd) – tomes 1 et 2.

Al-Raḥīq al-Makhtūm (ar-raḥîq al-makhtûm) – Ṣafī al-Raḥmān al-Mubārakfūrī.

Al-Sīra al-Nabawiyya li-Ibn Hishām (as-sîra an-nabawiyya li-ibn hishâm).

Zād al-Maʿād fī Hadyi Khayr al-ʿIbād (zâd al-maʿâd fî hadyi khayr al-ʿibâd) – Ibn al-Qayyim.

Sharḥ Manāsik al-Ḥajj wa-l-ʿUmra (sharḥ manâsik al-ḥajj wa-l-ʿumra) – al-Albānī.

Al-Ishrāf ʿalā Madhāhib al-ʿUlamāʾ (al-ishrâf ʿalâ madhâhib al-ʿulamâʾ) – Ibn al-Mundhir.

Al-Umm (al-umm) – al-Shāfiʿī, ainsi que d’autres compilations de fiqh (madhhab ḥanbalī, etc.).

Tafsīr Ibn Kathīr (tafsîr ibn kathîr).

Tafsīr al-Qurṭubī (tafsîr al-qurṭubî).

Al-Shifā bi-Taʿrīf Ḥuqūq al-Muṣṭafā (ash-shifâ bi-taʿrîf ḥuqûq al-muṣṭafâ) – al-Qāḍī ʿIyāḍ.

Akhbār al-Madīna (akhbâr al-madîna) – Ibn Shabba.