Une adoration universelle et intemporelle
Depuis qu’Allah a ordonné à Son ami intime, Ibrāhīm عليه السلام, de proclamer le pèlerinage, l’écho de cet appel résonne dans les cœurs des croyants jusqu’à la fin des temps. Des générations entières ont répondu à cette convocation divine, portant sur leurs lèvres la parole du tawhid :
« Labayka Allāhumma labbayk, labayka lā sharīka laka labbayk. »
« Me voici, ô Allah, me voici. Tu n’as point d’associé, me voici. » — (Musnad Ahmad ; Sahih Muslim)
Dans cet appel, le pèlerin ne répond pas à une simple invitation : il renouvelle l’alliance de l’unicité. Chaque pas vers la Maison sacrée est un témoignage vivant de la parole la plus pure : « Lā ilāha illa Allāh », qu’Allah a faite la clé du Paradis et le cœur de toutes les adorations.
Allah dit dans le Coran :
« Et c’est un devoir envers Allah, pour les gens qui en ont les moyens, d’accomplir le pèlerinage à la Maison. Et quiconque mécroit, Allah Se passe des mondes. » — (Sourate Āl ʿImrān, 3:97)
Ainsi, le Hajj n’est pas seulement un déplacement vers la Kaaba, mais un retour vers le Seigneur de la Kaaba. Il n’est pas une recherche de pierres bénies, mais la quête de Celui qui a sanctifié la pierre. Tout dans ce voyage proclame l’unicité d’Allah : l’intention, la talbiya, la prière, le tawaf, le sacrifice, jusqu’à la simplicité du vêtement d’ihram qui efface toute distinction terrestre pour ne laisser subsister que la servitude.
Le Hajj : une école du Tawhid
Le Prophète ﷺ a dit :
« L’islam est bâti sur cinq piliers : l’attestation qu’il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allah et que Muḥammad est le Messager d’Allah, l’accomplissement de la prière, l’acquittement de la zakāt, le pèlerinage à la Maison et le jeûne du mois de Ramaḍān. » — (Sahih al-Bukhārī ; Muslim)
Le Hajj se tient donc sur le premier pilier : le tawhid, fondement de la foi et finalité de toute adoration. Ibn al-Qayyim écrit :
« Le Hajj est un déploiement du tawhid dans toutes ses formes : par la parole dans la talbiya, par les actes dans le tawaf, par le cœur dans la sincérité et l’abandon. » — (Zād al-Maʿād, Ibn al-Qayyim)
Chaque rite du Hajj éduque le cœur à rejeter toute forme d’association. L’ihram enseigne la soumission totale, le tawaf rappelle la centralité d’Allah dans la vie du croyant, le sa‘y entre Safa et Marwa évoque la confiance absolue en Sa miséricorde, et la station à Arafat manifeste l’humilité du serviteur devant son Seigneur.
Là, sous le soleil d’Arafat, quand les voix s’élèvent dans le dhikr, l’âme se dépouille de tout sauf d’Allah.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Le meilleur des invocations est celle du jour d’Arafat : “Lā ilāha illa Allāh, waḥdahu lā sharīka lah, lahu al-mulk wa lahu al-ḥamd, wa huwa ʿalā kulli shayʾin qadīr.” » — (Sunan al-Tirmidhī ; Hasan sahih)
Ainsi, le pèlerin apprend que le cœur du Hajj est le tawhid, et que son parfum est le dhikr. Sans cela, il ne resterait que des gestes vidés de sens.
Le rappel d’Allah : souffle du Hajj
Le Hajj est traversé par la mémoire d’Allah. Chaque station est une halte de rappel :
- à Mina, on se souvient de la soumission d’Ibrāhīm عليه السلام ;
- à ʿArafat, on se rappelle la rencontre originelle des âmes avec leur Créateur :
« Ne suis-Je pas votre Seigneur ? » Ils dirent : « Oui, nous en témoignons. » — (Sourate al-Aʿrāf, 7:172)
- à Muzdalifah, on passe la nuit en dhikr ;
- et à Mina, on lapide les stèles de la tentation pour renouveler le refus du shirk et du péché.
Allah dit :
« Et invoquez Allah pendant des jours comptés… Et invoquez-Le comme Il vous a guidés. » — (Sourate al-Baqara, 2:198-200)
Ibn Kathir commente :
« Le rappel d’Allah au Hajj est un des plus grands objectifs du pèlerinage, car c’est par le dhikr que le cœur reste vivant et que le tawhid s’enracine. » — (Tafsīr Ibn Kathīr, 2:200)
La grandeur du Hajj
Le Hajj n’est donc pas un simple rituel, mais une migration vers Allah, un voyage où le croyant quitte les attachements du monde pour revenir à son Seigneur, purifié comme au premier jour de sa création.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Celui qui accomplit le ḥajj pour Allah, sans obscénité ni dispute, revient comme le jour où sa mère l’a mis au monde. » — (Sahih al-Bukhārī ; Sahih Muslim)
Ainsi, le Hajj est une proclamation vivante du tawhid, un serment de fidélité renouvelé, et une éducation à la sincérité. Celui qui revient du Hajj en ayant réellement prononcé « labbayk » avec son cœur devient un témoin de l’unicité d’Allah sur terre
Différence entre ḥajj et ʿUmra
La ʿUmra, appelée le « petit pèlerinage », peut être accomplie à tout moment de l’année. Le ḥajj, en revanche, est le « grand pèlerinage » qui n’a lieu qu’aux jours spécifiques du mois de Dhū l-Ḥijja.
Le Prophète ﷺ a dit :
« D’une ʿUmra à une autre, il y a expiation des péchés commis entre elles. Et le ḥajj accompli correctement n’a d’autre récompense que le Paradis. » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ Muslim)
Les conditions d’obligation du ḥajj
Le ḥajj est un pilier fondamental de l’islam. Mais son obligation ne concerne que celui qui réunit certaines conditions, établies par les savants à partir du Coran et de la Sunna.
1. Être musulman
Le ḥajj n’est pas valide de la part d’un non-musulman.
2. Être sain d’esprit
L’obligation du ḥajj ne concerne pas l’aliéné, car il n’est pas responsable devant Allah.
3. Être pubère
Le ḥajj accompli par un enfant est valide, mais il ne décharge pas de l’obligation. Si l’enfant atteint la puberté, il devra accomplir de nouveau le ḥajj obligatoire.
Dans un ḥadith authentique, une femme leva un enfant vers le Prophète ﷺ en disant : « Cet enfant a-t-il droit à un ḥajj ? » Il répondit : « Oui, et tu auras une récompense. »
(Ṣaḥīḥ Muslim)
4. Être libre
À l’époque, l’esclave n’était pas tenu d’accomplir le ḥajj. Aujourd’hui, cette condition n’a plus d’application pratique.
5. Avoir la capacité (al-istiṭāʿa)
C’est la condition essentielle. Allah dit :
« Et c’est un devoir envers Allah, pour les gens qui en ont les moyens, d’accomplir le pèlerinage à la Maison. » (Āl ʿImrān, 3:97)
Les savants expliquent que cette capacité se divise en trois aspects :
- Capacité physique : être en bonne santé et apte à supporter le voyage et les rites.
- Capacité financière : disposer de moyens suffisants pour couvrir les frais du voyage et laisser à sa famille ce dont elle a besoin.
- Sécurité du trajet : qu’il soit possible d’atteindre La Mecque sans danger insurmontable.
6. La condition du maḥram pour la femme
De nombreux hadiths rapportent que le Prophète ﷺ a interdit à une femme de voyager sans maḥram (mari ou proche parent masculin). La majorité des savants (mālikites, ḥanbalites, ḥanafites) considèrent donc que la présence d’un maḥram est une condition pour que le ḥajj soit obligatoire pour une femme.
Les shāfiʿites permettent à une femme sûre et bien accompagnée de voyager sans maḥram, mais l’avis majoritaire reste l’exigence du maḥram.
Les trois types de ḥajj
Le Prophète ﷺ a enseigné à ses compagnons qu’il existe trois manières valides d’accomplir le ḥajj. Chacune repose sur une intention précise au moment d’entrer en iḥrām.
1. Al-Ifrād (l’isolé)
C’est le fait d’entrer en iḥrām uniquement pour le ḥajj. Le pèlerin n’accomplit pas de ʿUmra durant ce voyage. Après les rites du ḥajj, il sort de son iḥrām.
- Avantage : simplicité, pas de sacrifice obligatoire.
- Inconvénient : le pèlerin ne fait pas de ʿUmra dans ce même voyage.
2. Al-Qirān (le combiné)
C’est le fait d’entrer en iḥrām pour le ḥajj et la ʿUmra en même temps, avec un seul iḥrām. Le pèlerin accomplit un seul tawāf et un seul saʿī pour les deux.
- Avantage : accomplir les deux adorations dans un seul iḥrām.
- Inconvénient : le sacrifice (hady) devient obligatoire.
3. At-Tamattuʿ (le jouissance)
C’est le fait d’entrer en iḥrām pour la ʿUmra durant les mois du ḥajj (shawwāl, dhū l-qaʿda, et dhū l-ḥijja), d’accomplir la ʿUmra, puis de sortir de l’iḥrām. Ensuite, au 8 dhū l-ḥijja, le pèlerin reprend l’iḥrām pour accomplir le ḥajj.
- Avantage : le pèlerin accomplit la ʿUmra et le ḥajj séparément, avec un repos entre les deux.
- Inconvénient : le sacrifice (hady) est obligatoire.
Quelle est la meilleure forme ?
Lors du ḥajj d’adieu, le Prophète ﷺ recommanda à ses compagnons qui n’avaient pas amené d’offrande sacrificielle de transformer leur intention en tamattuʿ : accomplir la ʿUmra puis sortir de l’iḥrām, avant de reprendre l’iḥrām pour le ḥajj.
Ibn ʿAbbās رضي الله عنهما rapporte :
« Le Prophète ﷺ ordonna à ses compagnons qui n’avaient pas avec eux de bête pour le sacrifice de transformer leur intention en ʿUmra, puis de sortir de l’iḥrām. » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ Muslim)
Ainsi, la majorité des savants considèrent que le tamattuʿ est la meilleure manière de faire le ḥajj pour ceux qui viennent de loin et qui ne résident pas à La Mecque.
Les préparatifs spirituels et pratiques du ḥajj
Le ḥajj est une adoration immense, une école de patience et de dépouillement. Pour que ce voyage soit accepté et fructueux, les savants et les compagnons insistaient sur l’importance des préparatifs, aussi bien du cœur que du corps.
Purifier l’intention
Le Prophète ﷺ a dit :
« Les actes ne valent que par leurs intentions, et chaque homme n’aura que ce qu’il a eu comme intention. » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ Muslim)
Le pèlerin doit purifier sa niyya : voyager uniquement pour Allah, et non pour la réputation, la curiosité ou le tourisme.
Invocation rapportée dans al-Muwaṭṭaʾ de Mālik et reprise par les savants :
Arabe :
« اَللَّهُمَّ اجْعَلْهُ حَجًّا مَبْرُورًا، وَسَعْيًا مَشْكُورًا، وَذَنْبًا مَغْفُورًا »
Phonétique :
« Allāhumma-jʿalhu ḥajjan mabrūran, wa-saʿyan mashkūran, wa-dhanban maghfūran. »
Traduction :
« Ô Allah, fais que ce soit un ḥajj agréé, un effort récompensé et un péché pardonné. »
Régler les droits et les dettes
Dans al-Istiʿāb d’Ibn ʿAbd al-Barr, il est rapporté que les compagnons insistaient pour solder leurs dettes et demander pardon avant de partir.
ʿAbd Allāh ibn ʿUmar رضي الله عنهما disait :
« Le ḥajj efface les péchés envers Allah, mais non les droits des hommes. »
Choisir des provisions licites
Allah dit : « Et prenez des provisions ; mais la meilleure des provisions est la piété. » (al-Baqara, 2:197)
Selon Ibn Kathīr, ce verset fut révélé pour rappeler aux pèlerins que la reliance à Allah ne dispense pas de se préparer matériellement, et que la provision la plus précieuse reste la taqwā.
Invocation rapportée d’Ibn Masʿūd :
Arabe :
« اَللَّهُمَّ اكْفِنِي بِحَلَالِكَ عَنْ حَرَامِكَ، وَأَغْنِنِي بِفَضْلِكَ عَمَّنْ سِوَاكَ »
Phonétique :
« Allāhumma-kfinī bi-ḥalālika ʿan ḥarāmik, wa-agh-ninī bi-faḍlika ʿamman siwāk. »
Traduction :
« Ô Allah, suffi-moi par ce qui est licite contre ce qui est illicite, et enrichis-moi par Ton immense grâce pour que je n’aie besoin de personne d’autre que Toi. »
Le choix de la compagnie
Dans les Ṭabaqāt d’Ibn Saʿd, il est rapporté que ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb conseillait :
« Accompagne celui qui te rappelle Allah lorsqu’il parle, et dont la conduite t’invite à l’au-delà. »
Le ḥajj est exigeant : voyager avec des compagnons pieux aide à garder la patience et à rester concentré sur l’adoration.
Préparer son corps et son apparence
Dans Zād al-Maʿād, Ibn al-Qayyim rapporte que le Prophète ﷺ se lava, se parfuma, coupa ses ongles et ses poils superflus avant d’entrer en iḥrām.
Les hommes portent les deux pièces blanches d’iḥrām, symbole d’égalité et rappel du linceul. Les femmes gardent leurs habits licites sans couvrir le visage ni les mains.
Invocation rapportée dans les ouvrages de manāsik :
Arabe :
« اَللَّهُمَّ إِنِّي أُرِيدُ الْحَجَّ فَيَسِّرْهُ لِي وَتَقَبَّلْهُ مِنِّي »
Phonétique :
« Allāhumma innī urīdu l-ḥajja fa-yassirhu lī wa-taqabbalhu minnī. »
Traduction :
« Ô Allah, je veux accomplir le ḥajj, facilite-le-moi et accepte-le de moi. »
Préparer son cœur à la patience
Dans Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ d’al-Dhahabī, certains pieux disaient :
« Le ḥajj est une lutte de patience : celui qui supporte les foules, la chaleur et les fatigues goûtera aux fruits de l’agrément d’Allah. »
Le Prophète ﷺ a dit :
« Celui qui accomplit le ḥajj pour Allah, sans obscénité ni dispute, revient comme le jour où sa mère l’a mis au monde. » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ Muslim)
Les mawāqīt pour le ḥajj
Les mawāqīt (lieux fixés pour entrer en état d’iḥrām) sont les mêmes pour le ḥajj et pour la ʿUmra. Le Prophète ﷺ les a déterminés selon la provenance des pèlerins : Dhū l-Ḥulayfa pour les habitants de Médine, al-Juḥfa pour les gens du Shām, Qarn al-Manāzil pour les gens du Najd, Yalamlam pour les gens du Yémen, et Dhātu ʿIrq pour les gens de l’Irak.
Le ḥadith rapporté par Ibn ʿAbbās رضي الله عنهما à ce sujet est authentique et figure dans Ṣaḥīḥ al-Bukhārī et Ṣaḥīḥ Muslim.
Pour une explication complète sur les mawāqīt, leur sagesse, les règles de l’iḥrām (interdits et autorisés) et la pratique contemporaine, nous renvoyons le lecteur à notre article détaillé sur les rites de la ʿUmra
Le déroulement du ḥajj jour par jour
8 Dhū l-Ḥijja : Yawm at-Tarwiya
L’entrée en iḥrām aujourd’hui
Dans la plupart des cas, les pèlerins qui accomplissent le tamattuʿ se mettent en état d’iḥrām depuis leur hôtel à La Mecque. Après s’être lavés, parfumés (pour les hommes, avant l’iḥrām), et avoir revêtu les vêtements du pèlerin, ils rejoignent les bus qui les emmènent à Minā.
C’est souvent dans le bus que le pèlerin formule son intention et commence la talbiya :
Arabe :
« لَبَّيْكَ اللَّهُمَّ حَجًّا »
Phonétique :
« Labbayka Allāhumma ḥajjan. »
Traduction :
« Me voici, ô Allah, pour un ḥajj. »
Les pèlerins en qirān ou en ifrād sont déjà en iḥrām depuis le début de leur voyage et poursuivent simplement leur talbiya.
L’installation à Minā
Une fois arrivés, les pèlerins rejoignent les immenses camps de tentes blanches spécialement aménagés. Ces tentes sont aujourd’hui climatisées, équipées de tapis, de repas réguliers et de sanitaires. Tout est organisé pour accueillir les millions de pèlerins.
Ce confort moderne est un bienfait d’Allah, mais il ne doit pas faire oublier la réalité spirituelle du ḥajj : il s’agit d’une adoration exigeante, où l’on doit s’armer de patience à chaque instant.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Le pèlerinage est un djihād dans lequel il n’y a pas de combat. » (Sunan an-Nasāʾī, ḥasan)
Cela signifie que les efforts, la fatigue, les attentes et les foules font partie intégrante du pèlerinage. Le croyant doit les vivre comme une occasion d’élever son âme.
Les prières à Minā
Les pèlerins passent la nuit du 8 au 9 Dhū l-Ḥijja dans ces tentes. Ils y accomplissent les prières raccourcies (qaṣr) mais non regroupées :
- Ẓuhr : 2 rakaʿāt
- ʿAṣr : 2 rakaʿāt
- Maghrib : 3 rakaʿāt
- ʿIshāʾ : 2 rakaʿāt
- Fajr du lendemain : 2 rakaʿāt
C’est la Sunna du Prophète ﷺ, suivie par ses compagnons même lorsqu’ils se trouvaient installés et en sécurité.
La sagesse du séjour à Minā
Le 8 Dhū l-Ḥijja est appelé Yawm at-Tarwiya, le « jour de l’abreuvement », car autrefois les pèlerins y remplissaient leurs outres d’eau avant de partir pour ʿArafāt. Aujourd’hui, l’eau est abondante, mais la signification spirituelle demeure :
- se préparer,
- se recueillir,
- patienter en vue du grand rendez-vous du lendemain à ʿArafāt.
9 Dhū l-Ḥijja : Yawm ʿArafāt
Le fajr à Minā
Le 9 Dhū l-Ḥijja, les pèlerins accomplissent la prière du fajr à Minā dans leurs tentes. Après cela, ils se préparent à quitter Minā pour se rendre à la plaine de ʿArafāt.
Le départ vers ʿArafāt aujourd’hui
À l’époque du Prophète ﷺ, les pèlerins se rendaient directement à ʿArafāt depuis Minā. Aujourd’hui, les groupes organisés quittent généralement Minā dans la matinée, à bord de bus, dans un immense mouvement de foules.
Chaque pèlerin doit être conscient qu’il va passer toute la journée à ʿArafāt, puis la nuit suivante à Muzdalifa. Il est donc conseillé de prévoir :
- un petit sac avec ses affaires essentielles,
- un tapis de prière ou un drap,
- un sac de couchage ou une couverture légère,
- de l’eau,
- et, à notre époque, un chargeur de téléphone ou une batterie externe, car les foules rendent les déplacements difficiles.
Ces préparatifs pratiques facilitent l’adoration et permettent de garder son énergie pour le moment essentiel : l’invocation à ʿArafāt.
La valeur de ʿArafāt
Une fois installés, les pèlerins se souviennent que ce jour est le cœur du ḥajj. Le Prophète ﷺ a dit :
« Le ḥajj, c’est ʿArafāt. » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ Muslim)
Le wuqūf (station) se fait entre le zawāl (midi) et le coucher du soleil. Celui qui parvient à se tenir à ʿArafāt, ne serait-ce qu’un instant durant ce laps de temps, a accompli l’essence du ḥajj.
Le sermon et la prière
À l’époque du Prophète ﷺ, il prononça son sermon d’adieu à ʿArafāt, où il rappela la dignité du sang, des biens et de l’honneur, et annonça l’achèvement du message divin.
À l’heure du ẓuhr, les pèlerins écoutent le khuṭba (sermon), puis prient ẓuhr et ʿaṣr regroupés et raccourcis (jamʿ taqdīm wa qaṣr) :
- Ẓuhr : 2 rakaʿāt
- ʿAṣr : 2 rakaʿāt
Cela permet de consacrer l’après-midi aux invocations.
L’après-midi de ʿArafāt
Les mains levées vers le ciel, les pèlerins invoquent Allah jusqu’au coucher du soleil. Le Prophète ﷺ a dit :
« La meilleure invocation est celle du jour de ʿArafāt. Et la meilleure chose que Moi et les prophètes avant moi avons dite est :
Arabe :
« لا إله إلا الله وحده لا شريك له، له الملك وله الحمد وهو على كل شيء قدير »
Phonétique :
« Lā ilāha illa Allāh waḥdahu lā sharīka lah, lahu l-mulku wa lahu l-ḥamdu wa huwa ʿalā kulli shayʾin qadīr. »
Traduction :
« Nulle divinité n’a droit à l’adoration en dehors d’Allah, unique, sans associé. À Lui la royauté, à Lui la louange, et Il est capable de toute chose. »
(Muwattaʾ Mālik, Sunan at-Tirmidhī – ḥasan)
C’est un moment de larmes, de repentir et d’espérance. Le croyant y goûte à une proximité unique avec Allah.
La patience à ʿArafāt
La chaleur, la fatigue et l’attente sont souvent difficiles. Le pèlerin doit se rappeler que le ḥajj est une école de ṣabr (patience). Ibn Rajab rapporte que les pieux disaient :
« Celui qui ne goûte pas à la douceur de l’invocation à ʿArafāt, quand la miséricorde descend, ne sait pas ce qu’il a manqué. »
Le départ vers Muzdalifa
Après le coucher du soleil, les pèlerins quittent ʿArafāt calmement, suivant la Sunna. Ils se dirigent vers Muzdalifa, où ils prieront maghrib et ʿishāʾ ensemble et passeront la nuit à invoquer Allah et à se reposer.
La nuit à Muzdalifa (9-10 Dhū l-Ḥijja)
L’arrivée à Muzdalifa
Après avoir quitté ʿArafāt au coucher du soleil, les pèlerins se dirigent vers Muzdalifa, vaste plaine située entre ʿArafāt et Minā. Le Prophète ﷺ recommanda de rester calme et d’éviter toute bousculade. Ibn ʿAbbās رضي الله عنهما rapporte :
« Le Prophète ﷺ fit signe aux gens de marcher avec tranquillité en disant : “
Ô gens ! Avancez dans le calme.” » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ Muslim)
La prière du maghrib et de l’ʿishāʾ
Une fois arrivés à Muzdalifa, les pèlerins prient maghrib et ʿishāʾ regroupés et raccourcis (jamʿ taʾkhīr wa-qaṣr) :
- Maghrib : 3 rakaʿāt
- ʿIshāʾ : 2 rakaʿāt
Cela se fait à l’heure de l’ʿishāʾ, comme le Prophète ﷺ l’a accompli. Après cette prière, les pèlerins se reposent, car le lendemain sera le plus chargé des jours du ḥajj.
La nuit à la belle étoile
À Muzdalifa, les pèlerins dorment généralement à la belle étoile, sur le sol ou sur un tapis. Aujourd’hui, beaucoup apportent un sac de couchage, une couverture légère ou un petit matelas. Certains groupes organisés fournissent même des tapis ou des nattes.
Le Prophète ﷺ passa la nuit entière à Muzdalifa et pria le fajr à son heure, avant de se rendre à al-Mashʿar al-Ḥarām (la mosquée de Muzdalifa) pour invoquer Allah.
Les invocations à Muzdalifa
Allah dit dans le Coran :
« Puis, quand vous déferlez depuis ʿArafāt, invoquez Allah auprès d’al-Mashʿar al-Ḥarām. » (al-Baqara, 2:198)
Ainsi, après le fajr, les pèlerins se rassemblent à Muzdalifa, lèvent les mains et invoquent Allah jusqu’à ce que la lumière du matin devienne claire.
La collecte des cailloux
C’est également à Muzdalifa que les pèlerins ramassent les petits cailloux (de la taille d’un pois chiche) qui serviront pour la lapidation des jamarāt à Minā.
- Certains savants précisent qu’il n’est pas obligatoire de ramasser les pierres uniquement à Muzdalifa : elles peuvent être prises n’importe où dans le ḥaram.
- Mais la Sunna est de les prendre à Muzdalifa, comme l’a fait le Prophète ﷺ.
Chaque pèlerin prépare 70 cailloux environ (7 pour le jour de ʿEid, puis 21 pour chacun des trois jours de tachrīq).
Le départ vers Minā
Après avoir invoqué Allah et ramassé les cailloux, les pèlerins se dirigent à nouveau vers Minā, avant le lever du soleil, pour accomplir les rites du 10 Dhū l-Ḥijja, appelé Yawm an-Naḥr (le jour du sacrifice).
10 Dhū l-Ḥijja : Yawm an-Naḥr (le jour du sacrifice)
Le 10 Dhū l-Ḥijja est appelé Yawm an-Naḥr, le jour du sacrifice. C’est le jour de l’ʿĪd al-Aḍḥā et aussi le jour où le pèlerin accomplit quatre grands rites.
1. Lapidation de la grande jamra (Jamrat al-ʿAqaba)
Le pèlerin commence par jeter 7 petits cailloux sur la grande stèle appelée Jamrat al-ʿAqaba, en disant à chaque jet :
Arabe :
« الله أكبر »
Phonétique :
« Allāhu akbar »
Traduction :
« Allah est le plus grand. »
Où se placer ?
- À l’époque du Prophète ﷺ : Ibn Masʿūd rapporte qu’il lapidait depuis la vallée, La Mecque à sa gauche et Minā à sa droite (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ Muslim).
- Aujourd’hui : avec les aménagements modernes, il est possible de lapider depuis plusieurs côtés. Les savants disent que l’essentiel est que le caillou atteigne le bassin de la stèle, même si l’on ne reproduit pas exactement la position du Prophète ﷺ.
- L’important est d’éviter les foules et de préserver la sécurité, car faire du tort aux autres pèlerins contredit l’esprit du ḥajj.
2. Le sacrifice (an-naḥr)
Après la lapidation de Jamrat al-ʿAqaba, le pèlerin procède au sacrifice de son hady, rite majeur du jour de l’ʿAïd al-Aḍḥā.
Son obligation
- Le sacrifice est obligatoire pour les pèlerins en tamattuʿ et en qirān, car ils combinent deux adorations dans un seul voyage.
- Pour ceux qui accomplissent l’ifrād, il est recommandé mais non obligatoire.
La pratique du Prophète ﷺ
Le Prophète ﷺ offrit un sacrifice grandiose lors de son ḥajj :
- Il sacrifia de sa main 63 chameaux, correspondant au nombre de ses années de vie.
- Puis ʿAlī رضي الله عنه sacrifia le reste pour atteindre 100 bêtes. (Rapporté par Muslim)
Ce geste illustre la générosité et la gratitude du Messager ﷺ envers son Seigneur.
Le sacrifice aujourd’hui
Avec l’immense affluence actuelle, il est presque impossible pour les pèlerins de sacrifier eux-mêmes.
- La Sunna est respectée en déléguant le sacrifice aux autorités saoudiennes ou à des organismes agréés.
- Le pèlerin achète à l’avance un coupon ou un ticket auprès de son agence ou d’un bureau officiel.
- Le jour de l’ʿAïd, le sacrifice est effectué en son nom, et il reçoit généralement une confirmation (par SMS ou via l’agence).
- La viande est ensuite distribuée aux nécessiteux, dans le ḥaram et dans d’autres pays musulmans.
Ainsi, même si le pèlerin ne voit pas l’animal de ses yeux, son rite est parfaitement valide et accepté.
Différence entre hady et udhḥiya
Il est important de distinguer :
- Le hady : sacrifice lié au ḥajj, accompli à La Mecque par le pèlerin.
- L’udhḥiya : sacrifice du jour de l’ʿĪd al-Aḍḥā, recommandé pour tout musulman qui en a les moyens, même s’il n’est pas en pèlerinage.
Cas du pèlerin ayant laissé sa famille :
- Il accomplit son hady à La Mecque.
- Sa famille restée dans son pays peut également offrir une udhḥiya.
- Les deux sont distincts et l’un ne remplace pas l’autre.
Sagesse du sacrifice
Le hady n’est pas un simple rite. Il symbolise :
- le souvenir du sacrifice d’Ibrāhīm عليه السلام, prêt à immoler son fils Ismāʿīl avant qu’Allah ne lui envoie un bélier en substitution,
- le dépouillement du pèlerin, qui offre de ses biens pour Allah,
- le partage avec les pauvres et les nécessiteux, car la viande est distribuée largement.
Allah dit :
« Ni leur chair ni leur sang n’atteindront Allah, mais ce qui L’atteint de votre part, c’est la piété. »
(Sourate al-Ḥajj, 22:37)
3. Le rasage ou la coupe des cheveux (al-ḥalq wa-t-taqṣīr)
Après la lapidation et le sacrifice, le pèlerin procède au troisième rite du 10 Dhū l-Ḥijja : se raser entièrement la tête (ḥalq) ou couper une partie de ses cheveux (taqṣīr).
La pratique du Prophète ﷺ
Dans un ḥadith authentique, le Prophète ﷺ invoqua :
« Ô Allah, fais miséricorde à ceux qui se rasent ! » Les compagnons dirent : « Et à ceux qui raccourcissent, ô Messager d’Allah ? » Il répéta trois fois la même invocation pour les raseurs, puis ajouta une quatrième fois : « Et à ceux qui raccourcissent. » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ Muslim)
Cela montre que le rasage complet est meilleur et plus récompensé que le simple raccourcissement.
Pour les hommes
- Le ḥalq (rasage complet) est recommandé, car il manifeste un abandon total et une humilité devant Allah.
- Le taqṣīr (raccourcissement) est permis : il s’agit de couper un peu de cheveux de toute la tête, et non seulement une mèche.
Pour les femmes
- Il est interdit aux femmes de se raser la tête.
- Elles accomplissent uniquement le taqṣīr, en coupant une petite mèche (environ l’équivalent d’une phalange).
La sortie de l’iḥrām
Après ce rite, le pèlerin obtient la sortie partielle (at-taḥallul al-awwal) de l’iḥrām :
- Il peut enlever ses habits de sacralisation.
- Tout ce qui était interdit dans l’iḥrām redevient permis, sauf les rapports intimes.
La sortie complète (at-taḥallul al-thānī) ne se fait qu’après avoir accompli le ṭawāf al-ifāḍa.
La sagesse du rite
- C’est un acte d’humilité : le croyant se dépouille de son apparence, comme il s’est dépouillé de ses habits et de ses passions.
- C’est aussi un signe de renouveau : en coupant ses cheveux, le pèlerin symbolise un nouveau départ, purifié de ses fautes.
4. Le ṭawāf al-ifāḍa (ou az-ziyāra)
Le pèlerin se rend ensuite à La Mecque pour accomplir le ṭawāf al-ifāḍa, également appelé ṭawāf az-ziyāra.
C’est un pilier essentiel du ḥajj : sans lui, le pèlerinage n’est pas valide. Allah dit :
« Ensuite, qu’ils mettent fin à leurs interdits, qu’ils accomplissent leurs vœux et qu’ils fassent le tawāf autour de la Maison ancienne. » (Sourate al-Ḥajj, 22:29)
Son moment
- La Sunna est de l’accomplir le 10 Dhū l-Ḥijja, après la lapidation, le sacrifice et le rasage.
- Mais il reste valide si accompli durant les jours de tachrīq (11, 12, 13).
- Selon l’avis majoritaire des savants (mālikites, shāfiʿites, ḥanbalites), il peut même être retardé jusqu’à la fin du mois de Dhū l-Ḥijja.
Cet avis est mentionné dans le chapitre Bāb Ṭawāf al-Ifāḍa de Ṣaḥīḥ al-Bukhārī et commenté par Ibn Ḥajar dans Fatḥ al-Bārī, qui explique que le temps du ṭawāf al-ifāḍa est large et s’étend jusqu’à la fin du mois.
Conséquence pratique
- Tant que le pèlerin n’a pas accompli ce ṭawāf, il n’a qu’une sortie partielle (at-taḥallul al-awwal) de l’iḥrām : tout lui est permis sauf les rapports intimes.
- Dès qu’il accomplit le ṭawāf al-ifāḍa (et le saʿī pour ceux qui y sont tenus), il obtient la sortie totale (at-taḥallul ath-thānī).
Pour les détails pratiques du ṭawāf (ablutions, invocations, Pierre noire, coin yéménite, prière de 2 rakaʿāt, eau de Zamzam, etc.), nous renvoyons à la section dédiée dans notre article sur les rites de la ʿUmra.
Les jours de tachrīq (11, 12 et 13 Dhū l-Ḥijja)
Allah dit :
« Et invoquez Allah pendant un nombre de jours déterminés. » (Sourate al-Baqara, 2:203)
Ces « jours déterminés » sont les jours de tachrīq, au nombre de trois : le 11, le 12 et le 13 Dhū l-Ḥijja.
1. La lapidation des trois jamarāt
Chaque jour, après le zawāl (midi), le pèlerin accomplit la lapidation des trois stèles :
- Jamrat aṣ-ṣughrā (la petite)
- Jamrat al-wusṭā (la moyenne)
- Jamrat al-ʿAqaba (la grande)
À chacune, il jette 7 cailloux, en disant à chaque jet :
« Allāhu akbar » (Allah est le plus grand).
La Sunna du Prophète ﷺ
- Après la petite et la moyenne, il se tenait debout, levait les mains et invoquait longuement Allah.
- Après la grande jamra, il ne s’arrêtait pas pour invoquer, mais repartait directement. (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ Muslim)
2. Le temps de la lapidation
- La Sunna est de lapider après le zawāl jusqu’au coucher du soleil.
- En cas de besoin, certains savants permettent de lapider la nuit (personnes âgées, femmes, malades, affluence).
3. Mandater en cas de besoin
- Si un pèlerin est incapable (malade, très âgé, faible), il peut mandater une autre personne pour lapider à sa place.
- Les femmes craignant les foules peuvent aussi mandater, selon des avis contemporains.
- Les enfants peuvent être représentés par leurs tuteurs.
Conditions
- La personne mandatée doit lapider d’abord pour elle-même, puis refaire les jets pour le pèlerin qu’elle représente.
- Elle utilise le même nombre de cailloux (7 par jamra).
Formule à dire
- Il n’existe pas de formule obligatoire rapportée dans la Sunna.
- L’essentiel est l’intention claire dans le cœur.
- Certains fuqahāʾ recommandent de dire intérieurement :
- « Allāhumma hādhā ʿan fulān »
- « Ô Allah, ceci est pour untel. »
Cela permet de distinguer son propre rite de celui qu’on accomplit pour l’autre.
4. La sortie de Minā
- Celui qui veut se hâter peut quitter Minā après la lapidation du 12 Dhū l-Ḥijja, avant le coucher du soleil.
- Celui qui reste jusqu’au 13 Dhū l-Ḥijja est également dans la Sunna.
Allah dit :
« Et hâtez-vous en deux jours, il n’y a pas de faute. Et quiconque tarde, il n’y a pas de faute non plus, pour celui qui est pieux. »
(Sourate al-Baqara, 2:203)
5. Le dhikr et les takbīrāt
Les jours de tachrīq ne sont pas seulement consacrés à la lapidation. Ce sont aussi des jours de dhikr intensif.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Les jours de tachrīq sont des jours de nourriture, de boisson et de rappel d’Allah. » (Sunan Abū Dāwūd, ḥasan)
Ainsi, même si les pèlerins mangent, se reposent et reprennent des forces, ils ne doivent jamais délaisser le rappel d’Allah.
Le takbīr collectif
Les musulmans, qu’ils soient pèlerins ou non, récitent le takbīr après chaque prière obligatoire, depuis la prière du fajr du 9 Dhū l-Ḥijja (jour de ʿArafāt) jusqu’à la prière du ʿAṣr du 13 Dhū l-Ḥijja.
Formule authentique et largement répandue :
Arabe :
« الله أكبر، الله أكبر، لا إله إلا الله، والله أكبر، الله أكبر ولله الحمد »
Phonétique :
« Allāhu akbar, Allāhu akbar, lā ilāha illa Allāh, wa-Allāhu akbar, Allāhu akbar wa-lillāhi l-ḥamd. »
Traduction :
« Allah est le plus grand, Allah est le plus grand. Nulle divinité ne mérite l’adoration en dehors d’Allah. Et Allah est le plus grand, Allah est le plus grand, à Allah la louange. »
Ce takbīr est récité à voix haute par les hommes, et à voix basse par les femmes, après chaque ṣalāt obligatoire.
Autres formes de dhikr
En dehors des prières, le pèlerin est encouragé à multiplier :
- les takbīr (« Allāhu akbar »),
- les tahlīl (« Lā ilāha illa Allāh »),
- les taḥmīd (« Al-ḥamdu lillāh »),
- les tasbīḥ (« Subḥān Allāh »),
- les invocations personnelles.
Le ṭawāf al-wadāʿ (ṭawāf d’adieu)
Une fois que le pèlerin a achevé ses rites à Minā et qu’il s’apprête à quitter La Mecque, il doit accomplir un dernier ṭawāf autour de la Kaʿba : le ṭawāf al-wadāʿ, appelé aussi ṭawāf al-ṣadr.
Son statut
- Ce ṭawāf est obligatoire pour tout pèlerin, selon la majorité des savants.
- Le Prophète ﷺ a dit :
« Que personne ne parte avant que son dernier acte ne soit le tawāf autour de la Maison. » (Ṣaḥīḥ Muslim)
- L’unique exception est faite pour les femmes en période de menstrues ou de lochies : elles en sont dispensées.
Le moment
- Le ṭawāf al-wadāʿ doit être le dernier acte accompli à La Mecque, juste avant de prendre la route.
- Si le pèlerin accomplit le ṭawāf puis reste encore longtemps en ville pour faire des courses ou des visites, certains savants recommandent de le refaire, afin qu’il soit bien le dernier acte.
- Toutefois, de petites nécessités (préparer les bagages, attendre le bus, se reposer un peu) ne l’annulent pas.
Le déroulement
- Ce ṭawāf est semblable aux autres ṭawāf : 7 tours autour de la Kaʿba, débutant et terminant à la Pierre noire.
- Il n’est pas suivi de saʿī, sauf si le pèlerin n’a pas encore accompli celui du ḥajj.
- Après le ṭawāf, il est recommandé de prier 2 rakaʿāt derrière Maqām Ibrāhīm et de boire de l’eau de Zamzam.
La sagesse du rite
- C’est une façon de prendre congé de la Maison sacrée en terminant son pèlerinage par un acte de tawḥīd et de proximité avec Allah.
- C’est aussi un au revoir empreint de larmes, de gratitude et de nostalgie, avec l’espoir de revenir.
Différence avec la ʿUmra
- Contrairement au ḥajj, il n’y a pas de tawāf d’adieu obligatoire pour la ʿUmra.
- Certains savants shāfiʿites le considèrent recommandé (mustahabb) pour la ʿUmra, mais il n’a pas le statut obligatoire.
Le cas de la femme en menstrues et le ṭawāf al-wadāʿ
- Dispense confirmée dans la Sunna
- Le Prophète ﷺ a dispensé les femmes en état de menstrues du ṭawāf al-wadāʿ.
Dans le ḥadith authentique rapporté par Ibn ʿAbbās رضي الله عنهما :
« Les gens furent commandés d’accomplir le tawāf autour de la Maison comme dernier acte, sauf qu’une dispense fut donnée aux femmes en menstrues. » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ Muslim)
- Conséquence pratique
- La femme qui a terminé tous les autres rites du ḥajj (ṭawāf al-ifāḍa inclus) n’est pas tenue de faire le ṭawāf al-wadāʿ si ses menstrues commencent avant son départ.
- Elle peut quitter La Mecque sans refaire de ṭawāf, et son ḥajj est complet et valide.
- Cas où elle n’a pas encore fait le ṭawāf al-ifāḍa
- Le ṭawāf al-ifāḍa est un pilier du ḥajj, et il n’a pas de dispense.
- Si une femme a ses règles avant de l’accomplir, elle doit attendre la fin de ses menstrues pour le faire, même si cela retarde son départ.
- Les savants permettent, dans des cas de contrainte extrême (groupe qui repart, absence de possibilité de rester), de rechercher une fatwa particulière, mais le principe reste l’obligation d’attendre.
Conclusion :
- Pour le ṭawāf al-wadāʿ : la femme en menstrues est dispensée.
- Pour le ṭawāf al-ifāḍa : elle doit attendre la fin de ses règles, car c’est un pilier du ḥajj.
Le ḥajj et le Jour de la Résurrection
Le ḥajj n’est pas seulement une adoration parmi d’autres. C’est aussi une préfiguration du Jour dernier.
- L’iḥrām rappelle le linceul : deux étoffes blanches, sans couture, semblables à celles dans lesquelles on sera enseveli.
- ʿArafāt évoque le grand rassemblement du Jour de la Résurrection, lorsque l’humanité entière sera réunie, debout, implorant la miséricorde d’Allah.
- La lapidation des jamarāt symbolise le combat permanent du croyant contre Shayṭān, jusqu’à sa mort.
- Le tawāf autour de la Kaʿba rappelle que la vie du musulman doit tourner exclusivement autour d’Allah et de Son adoration, comme les anges tournent autour du Trône.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Le ḥajj est un rassemblement. Le jour de ʿArafāt, Allah descend au ciel le plus proche et dit aux anges : “Regardez Mes serviteurs, ils sont venus à Moi décoiffés et couverts de poussière, espérant Ma miséricorde. Soyez témoins que Je leur ai pardonné.” » (Musnad Aḥmad, authentifié par al-Albānī)
Le hajj comme préparation à la Rencontre avec Allah
Quand le pèlerin se tient à ʿArafāt, il se rappelle qu’un jour il se tiendra seul devant Allah, sans famille, sans argent, sans pouvoir.
Quand il prononce la talbiya, il anticipe l’appel du Jour de la Résurrection, lorsque chaque âme répondra à l’invitation d’Allah.
Ainsi, le ḥajj est une répétition grandeur nature du jour ultime.
Le croyant qui revient d’un tel voyage n’a plus d’excuse pour oublier sa finalité : la rencontre avec son Seigneur.
En reliant le ḥajj au Jour de la Résurrection, le pèlerin comprend que ce voyage n’est pas une fin en soi. Il est un rappel vivant que sa vie est courte, que sa mort est proche, et que le véritable but est de se présenter devant Allah le cœur pur et l’âme apaisée.
Conseils pratiques pour les futurs pèlerins
Accomplir le ḥajj aujourd’hui demande une bonne préparation, à la fois administrative et spirituelle.
- Inscription via Nusuk
- L’Arabie Saoudite a centralisé toutes les inscriptions officielles sur la plateforme Nusuk.
- Chaque pèlerin doit s’inscrire et choisir son propre forfait (package). Ce choix est personnel, mais peut être complexe.
- Être accompagné avec bienveillance et fraternité
- Beaucoup de pèlerins, surtout ceux qui partent pour la première fois, peuvent se sentir dépassés par les démarches ou inquiets face à l’ampleur du voyage.
- C’est pourquoi il est fortement conseillé de partir avec une agence de confiance, capable d’apporter un soutien logistique, mais aussi un accompagnement humain, bienveillant et fraternel.
- Tawhid Voyages se distingue justement par son sérieux, sa pédagogie et son sens de la fraternité musulmane : chaque pèlerin est considéré comme un frère ou une sœur à accompagner, à rassurer et à soutenir. L’équipe veille à créer une atmosphère de sérénité, de chaleur humaine et d’entraide, qui aide chacun à vivre son pèlerinage dans le rappel d’Allah et la fraternité de la communauté.
- Préparation spirituelle
Enfin, le pèlerin doit préparer son cœur : purifier son intention, demander pardon à ses proches, régler ses dettes et apprendre les invocations du ḥajj.
Nous demandons à Allah, le Très-Haut, d’accorder à tous ceux qui aspirent au ḥajj et à la ʿUmra la facilité et l’opportunité d’accomplir ces rites immenses. Nous demandons aussi à nos frères et sœurs lecteurs une part de leurs invocations : que ce travail humble soit accepté par Allah, qu’Il nous pardonne nos manquements et qu’Il fasse de ces lignes un moyen de guidée et de rapprochement vers Lui.
L'équipe d'Islamopedie
Sources utilisées
- Ṣaḥīḥ al-Bukhārī et Ṣaḥīḥ Muslim
- al-Muwaṭṭaʾ de Mālik
- Musnad Aḥmad
- Sunan Abū Dāwūd et autres recueils de ḥadīth
- Tafsīr Ibn Kathīr et Tafsīr al-Qurṭubī
- Zād al-Maʿād d’Ibn al-Qayyim
- as-Sīra an-Nabawiyya d’Ibn Hishām
- al-Raḥīq al-Makhtūm de Ṣafī ar-Raḥmān al-Mubārakfūrī
- Ṭabaqāt Ibn Saʿd
- al-Istiʿāb d’Ibn ʿAbd al-Barr
- Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ d’adh-Dhahabī
- Hilyat al-Awliyāʾ d’Abū Nuʿaym al-Iṣfahānī
- Tārīkh al-Madīna d’Ibn Shabba
- ash-Shifāʾ de Qāḍī ʿIyāḍ