L’invocateur doit être animé de la foi en l’unicité absolue d’Allah Très Haut dans Sa souveraineté, dans Sa divinité, dans Ses noms et dans Ses attributs ; son cœur doit en être rempli. Pour qu’Allah exauce l’invocation, il faut que le fidèle qui L’invoque Lui obéisse et évite de Lui désobéir. A ce propos le Très Haut dit : 

«Et quand Mes serviteurs t' interrogent sur Moi.. alors Je suis tout proche: Je réponds à l' appel de celui qui Me prie quand il Me prie. Qu' ils répondent à Mon appel, et qu' ils croient en Moi, afin qu' ils soient bien guidés. » (Coran, 2 : 186).

Invoquer Allah avec sincérité conformément à la parole du Très Haut :

«Il ne leur a été commandé, cependant, que d' adorer Allah, Lui vouant un culte exclusif, d' accomplir la Salâ et d' acquitter la Zakâ. Et voilà la religion de droiture. » (Coran, 98 : 5).

L’invocation c’est l’adoration d’après le Prophète -aleyhi salat wa salam- et la sincérité en constitue la condition d’exaucement.

 

Invoquer Allah à l’aide de Ses plus beaux noms conformément à la parole du Très Haut :

«C' est à Allah qu' appartiennent les noms les plus beaux. Invoquez- Le par ces noms et laissez ceux qui profanent Ses noms: ils seront rétribués pour ce qu' ils ont fait. » (Coran, 7 : 180).

 Louer Allah comme Il le mérite avant de commencer l’invocation en vertu de ce qui a été rapporté par at-Tirmidhi (3476) d’après Fadhalala ibn Ubayd qui a dit : « Une fois le Messager d’Allah était assis quand un homme entra, effectua une prière puis dit :

« Mon Seigneur, pardonne-moi et accorde moi Ta miséricorde ». Le Messager d’Allah -aleyhi salat wa salam- lui dit : « Tu es trop pressé, ô prieur ! ». Quand ut termines ta prière, tu t’assoies puis tu loues Allah comme Il le mérite puis tu pries pour moi avant d’invoquer ».

Selon une autre version (du même auteur) (n° 3477) :

« Quand l’un de vous a fini de prier, qu’il commence par louer Allah puis qu’il prie pour le Prophète -aleyhi salat wa salam- avant de demander (à Allah) ce qu’il veut ». Plus tard, un autre homme pria, loua Allah et pria pour le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui). Celui-ci lui dit : « ô prieur, demande (à Allah) ce que tu veux, tu l’auras » (déclaré authentique par al-Albani dans Sahihi at-Tirmidhi, 2765-2767).
 

Prier pour le Prophète -aleyhi salat wa salam-. En effet, le Prophète -aleyhi salat wa salam- a dit :

« Toute prière sera bloquée jusqu’à ce que son auteur prie pour le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) » (rapporté par at-Tabarani dans al-Awsat, 1/220 et déclaré authentique par al-Albani dans Sahih al-Djami, 4399.

S’orienter vers la qibla (direction de La Mecque) Mouslim (1763) a rapporté d’après Omar ibn al-Khattab :

« Le jour de (la bataille de) Badr, Le Messager d’Allah -aleyhi salat wa salam- a jeté un regard sur les polythéistes qui étaient 1 000 personnes alors que ses compagnons n’étaient que 319 hommes… Il s’est tourné vers la qibla et a tendu ses mains et s’est mis à crier en invoquant son Maître: Mon Seigneur, réalise la promesse que Tu m'as faite. Mon Seigneur, si Tu laisses périr ce groupe de musulmans, Tu ne seras jamais adoré (correctement) sur terre ». (Il ne cessa de crier, orienté vers la qibla, les mains rendues jusqu’à ce que son habit tombât…» etc. Dans son commentaire sur Mouslim, an-Nawawi (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) dit : « Le hadith signifie qu’il est recommandé à l’invocateur de s’orienter vers la qibla et d’élever ses mains ».

Elever les mains, d’après Abou Dawoud (1488) Salman a dit : «

 Le Messager d’Allah -aleyhi salat wa salam- a dit :

« Votre Maître Béni et Très Haut est généreux et pudique ; Il a honte de laisser celui qui Lui tend les mains retourner les mains vides » (déclaré authentique par Cheikh al-Albani dans Sahihi Abou Dawoud (1320).

Il faut faire en sorte que les paumes soient tournées vers le ciel à la manière du solliciteur humble qui attend qu’on lui donne. Abou Dawoud (1486) a rapporté d’après Malick ibn Yassar que Le Messager d’Allah -aleyhi salat wa salam- a dit :

Quand vous sollicitez Allah tendez-Lui vos paumes et non le dos de vos mains ». (déclaré authentique par Cheikh Al-Albani dans Sahih Abou Dawoud (1318).

Abou Hourayra (qu’Allah l'agrée) rapporte que Toufaïl Ibn Amr Ad Dawsi (qu’Allah l'agrée) vint auprès du Prophète -aleyhi salat wa salam- et lui dit : "Ô Messager d’Allah! Les "Daws" (sa tribu) ont désobéi et ont refusé (d'accepter l'Islam). Implore donc Allah contre eux".

Le Prophète -aleyhi salat wa salam- se mit alors face au Qibla et leva ses mains. Les gens pensaient qu'il allait les maudire (c'est à dire les "Daws"). Il dit : "Ô Allah ! Guide les "Daws" et amène les (moi)". (Al-Boukhâri et Mouslim)

Ibn Hajar (qu’Allah lui fasse miséricorde) écrit dans le commentaire du sahih Al-Boukhari : "Il y a dans le premier Hadith une réfutation de ceux qui affirment que le fait de lever les mains de cette façon ne se fait que durant la prière de la pluie. (En fait,) il y a dans ce Hadith et dans celui qui le suit une réfutation de ceux qui affirment qu'on ne lève pas du tout les mains durant les invocations autres que celle de la prière de la pluie". (Fath-l Bâri 11/141)

Abou Hourayra (qu’Allah l'agrée) rapporte que le Prophète -aleyhi salat wa salam- a dit :

"Puis il mentionna (la situation) d'un homme qui fait un long voyage, a les cheveux ébouriffés, est couvert de poussière, et tend les deux mains vers le ciel (en disant) : "Ô Seigneur ! Ô Seigneur !" (Mais) sa nourriture est illicite, ainsi que sa boisson et ses vêtements, et il a été nourri également de l'interditâ" Comment son (invocation) pourrait être acceptée ?". (Mouslim)
Le Prophète -aleyhi salat wa salam- est allé visiter le "Djannatou l-Baqi'" (cimetière de Médine), où il est resté longtemps debout, puis a levé ses mains en trois fois. (Mouslim - 2/670)

An-Nawawi a dit : "Il y a dans ce Hadith la recommandation d'allonger les invocations, de les répéter et de lever les mains durant celles-ci".

An-Nawawi dit : "Et le but (en citant tous ces ahadith) est que l'on sache que celui qui prétend que (le fait de lever les mains pour les invocations) se limite uniquement aux contextes précis de ces Hadiths, alors il commet une erreur grossière"

Doit-on maintenir les deux mains collées l’une à l’autre ou les séparer légèrement ? Dans ach-Charh al-Mumti’ (4/25), Cheikh Ibn Outhaymine (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) a précisé que les mains doivent rester collées l’une à l’autre. Il précise : le fait de les écarter l’une de l’autre n’a, à ma connaissance, aucun fondement ni dans la Sunna ni dans les propos des ulémas ».

Nourrir la certitude quant à la réponse d’Allah Très Haut et avoir « le cœur présent » conformément à la parole du Prophète -aleyhi salat wa salam- :

« Invoquez Allah tout en étant sûrs d’obtenir l’exaucement et sachez qu’Allah n’exauce pas l’invocation d’un cœur distrait ». (rapporté par at-Tirmidhi, 3479 et déclaré bon par al-Albani dans Sahihi at-Tirmidhi, 2766.

Ibn Al-Qayyîm al-Djawzîyya (رحمه الله) a dit : "Les invocations et les demandes de protection sont comparables à une arme [silâh]. L'effet d'une arme dépend de celui qui l'utilise et non pas de son efficacité. Quand l'arme est parfaite et le bras qui la tient est fort, l'arme portera une atteinte efficace face à l'ennemi. Si il manque un de ces facteurs, il n'y a pas d'effet. L'invocation n'aura ni utilité, ni effet [positif], car si celui qui invoque ne réunit pas son cœur [qalb] et sa langue [lisân] dans l'invocation, celle-ci sera un échec". (Kitâb al-Dâ'a wa l-Dawâ' p.35)

Répéter fréquemment la demande en y incluant tout ce que le fidèle vaut en fait des biens d’ici-bas et de ceux de l’au-delà. Il faut encore insister sans être trop pressé de recevoir l’exaucement compte tenu de la parole du Prophète -aleyhi salat wa salam-.

« On exauce l’invocation du fidèle sauf si elle implique un péché ou la rupture des liens de parenté et si l’invocateur ne s’empresse pas ». - « Comment s’empresser, ô Messager d’Allah ? » - « C’est dire : « J’ai invoqué (Allah) tant de fois sans obtenir l’exaucement » . Et puis, on se décourage et abandonne l’invocation » (rapporté par al-Boukhari 6340) et par Mouslim, 2735.

S’exprimer résolument compte tenu de la parole du Prophète -aleyhi salat wa salam- :

« Ne dites pas : Mon Seigneur, pardonne-moi si Tu veux ! » ou « Mon Seigneur, ait pitié de moi si Tu veux (Il faut s’exprimer résolument car rien ne peut contraindre Allah à agir » (rapporté par Al-Boukhari, 6339 et par Mouslim, 2679).

Rester humble, révérencieux et animé du désir et de la crainte. Car Allah Très Haut a dit :

«Invoquez votre Seigneur en toute humilité et recueillement et avec discrétion. Certes, Il n' aime pas les transgresseurs. » (Coran, 7 : 55)
« Ils concouraient au bien et Nous invoquaient par amour et par crainte. Et ils étaient humbles devant Nous.» (Coran, 21 : 90)
«Et invoque ton Seigneur en toi-même, en humilité et crainte, à mi-voix, le matin et le soir, et ne sois pas du nombre des insouciants. » (Coran, 7 :205).

Manifester l'état de sa faiblesse et de nécessité envers Allah

Comme ce fut le cas d'Ayyoub (sur lui la paix) lorsqu'il dit :

{Le mal m'a touché. Mais Toi, Tu es le plus miséricordieux des miséricordieux} (21/83)

Répéter l’invocation trois fois, Al-Boukhari (240) et Mouslim (1794) ont rapporté d’après Abd Allah ibn Massoud :

« Un jour, Le Messager d’Allah -aleyhi salat wa salam- priait près de la Maison (Kaaba) en présence d’Abou Djahl et d’un groupe de ses compagnons … Des chameaux avaient été égorgés (sur place) la veille et Abou Djahl dit : « qui d’entre vous va chercher les déchets du chameau du clan X pour les déverser sur Muhammad quand il se sera prosterné. Le plus malheureux d’entre eux partit chercher les déchets et revint les jeter sur les épaules de Muhammad prosterné. Les autres (compagnons d’Abou Djahl) en rirent de manière à se pencher les uns vers les autres. Je regardais la scène tout en souhaitant pouvoir étendre sur le dos du Messager d’Allah -aleyhi salat wa salam- quelque chose pour le protéger. Le Messager d’Allah -aleyhi salat wa salam- restait prosterné et quelqu’un s’en alla informer Fatima qui n’était alors qu’une gamine. Elle dégagea les saletés jetées sur son père et se tourna vers les compagnons d’Abou Djahl et les insulta.

Quand le Prophète -aleyhi salat wa salam- termina sa prière, il invoqua Allah contre eux à haute voix. Il avait l’habitude de répéter ses invocations trois fois ; quand il demandait, il le faisait trois fois. Et puis, il dit : trois fois :

« Mon Seigneur, occupe-Toi de Quraych ».

Quand les Compagnons d’Abou Djahl entendirent sa voix, ils cessèrent de rire et eurent peur de son invocation. Le Prophète -aleyhi salat wa salam- ajouta :

« Mon Seigneur, occupe Toi d’Abou Djahl ibn Hisham, d’Utaba ibn Rabi’a, de Shayba ibn Rabia, de Walid ibn Uqba, d’Umayya ibn Khalaf, d’Uqba ibn Abi Mu’it et d'un septième dont je n’ai pas retenu le nom. Au nom de Celui qui a envoyé Muhammad ! J’ai vu tous ceux qu’il a cités abattus lors de la journée de Badre. Et puis ils furent traînés et jetés dans un puits ».

Utiliser une nourriture et des vêtements licites, Mouslim (1015) a rapporté d’après Abou Hourayra que Le Messager d’Allah -aleyhi salat wa salam- a dit :

« ô hommes ! Allah est bon et Il n’accepte que ce qui est bon. Et Il a donné aux croyants le même ordre qu’Il a donné aux messagers en ces termes : «Ô Messagers! Mangez de ce qui est permis et agréable et faites du bien. Car Je sais parfaitement ce que vous faites. » (Coran, 23 :51 ) et «Ô les croyants! Mangez des (nourritures) licites que Nous vous avons attribuées. Et remerciez Allah, si c' est Lui que vous adorez. » (Coran, 2:272). Ensuite, il a évoqué le cas de celui qui effectue un long voyage et devient poussiéreux, les chevaux en bataille et les mains tendues vers le ciel pour dire : ô Maître ! ô Maître ! Pourtant il mange une nourriture illicite et boit des boissons illicites et porte des vêtements illicites. Etant ainsi nourri de choses illicites, comment peut-on exaucer (ses prières)?

Ibn Radjab (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) a dit : « Manger une nourriture licite, boire des boissons licites et porter des vêtements licites ; tout cela fait exaucer les prières ».

Invoquer discrètement et ne pas crier (trop fort). A ce propos le Très Haut dit :

«Invoquez votre Seigneur en toute humilité et recueillement et avec discrétion. Certes, Il n' aime pas les transgresseurs.  » (Coran, 7 : 55).

Allah a rendu hommage à son serviteur Zacharie en ces termes :

« Lorsqu' il invoqua son Seigneur d' une invocation secrète» (Coran, 19 :3).

Avouer ses pêchés et ses fautes

Comme ce fût le cas de Moûsa (sur lui la paix) lorsqu'il dit :

{Il dit :"Seigneur, je me suis fait du tort à moi-même; pardonne moi} (28/16)

Ainsi que Yoûnous (sur lui la paix) lorsqu'il dit :

{Puis il fit dans les ténèbres l'appel que voici : "Pas de divinité à part Toi! Pureté à Toi! J'ai vraiment été du nombre des injustes"} (21/87)


Divergences sur l'essuyage du visage après les invocations

Il existe 7 ahâdith qui stipule que le Prophète -aleyhi salat wa salam- essuyait son visage après les avoir levé pour les invocations; mais tous contiennent une faiblesse dans la transmission.

Ibn Hajar (رحمه الله) dit qu'en raison de ces différentes versions concordantes, on peut considérer ce Hadith comme bon [Hasan]. (Boloûgh-l Marâm p.446)

An Nawawi (رحمه الله) a intitulé ainsi un court chapitre de son ouvrage "Al Adhkâr" : "Lever les mains durant les invocations, puis les passer sur le visage".

Les oulémas divergent sur la légitimité de cet acte en fonction du jugement qu’ils portent sur l'authenticité de ces hadiths et sur la pertinence de ces preuves. Certains oulémas interdirent cette pratique parce que l'on ne peut pas s'appuyer sur les chaînes de transmission de ces hadiths en raison de la grande faiblesse de ces dernières. Parmi ces oulémas figure Cheikh al-Islam Ibn Taymiyya qui a dit : « De nombreux hadiths authentiques rapportent que le Prophète )aleyhi salat wa salam- levait ses mains lors de ses invocations.

Certains oulémas jugèrent que les nombreuses chaînes de transmission de ce hadith le renforcent. Tel est l'avis d'al-Suyûtî, d'al-Munâwî, d'al-Chawkânî et d'al-Hâfizh ibn Hadjar qui a dit dans son livre intitulé Bulûgh al-Marâm après avoir rapporté le hadith de 'Umar : « Il a d’autres chaînes de transmission qui le consolident dont le hadith d'Ibn 'Abbâs rapporté par Abû Dâwûd. L'ensemble de ces chaînes de transmission en font un hadith Hasan. » 

Par contre, seul un ou deux hadiths ne pouvant être utilisés comme argument (en raison de leur faiblesse) rapportent la pratique consistant à s’essuyer le visage avec les mains. » 

Selon nous, le premier avis est le plus correct, mais il ne convient toutefois pas de condamner celui qui s’essuie le visage avec les mains. Tel est l'avis du cheikh Ibn 'Uthaymîn qui a mentionné la divergence à ce sujet et a préféré le premier avis puis a dit : « Je pense qu'il ne faut pas condamner celui qui s’essuie le visage avec les mains et qu'il ne faut pas ordonner à celui qui ne le fait pas de le faire. » 

Il dit à un autre endroit : « Lorsque l'on voit quelqu'un s’essuyer le visage avec les mains, il ne faut pas le lui interdire en raison de la possibilité que les hadiths faibles rapportés à ce sujet s'élèvent au degré d'authenticité Hasan. »