Introduction
En Islam, chaque acte de bien est récompensé, et parmi eux l’aumône volontaire (ṣadaqa) occupe une place particulière. Elle purifie le cœur du croyant, soulage les nécessiteux et attire la miséricorde d’Allah. Mais certains actes vont encore plus loin : ils continuent de rapporter des mérites même après la mort. Ce sont les ṣadaqa jâriya (aumônes durables). Elles laissent un héritage de bien qui profite aux autres de façon continue, que ce soit en offrant de l’eau, en bâtissant une mosquée, en transmettant un savoir, en plantant un arbre ou en laissant une œuvre pieuse.
Le Prophète ﷺ a mis en lumière ces actions afin que chaque croyant pense à préparer sa demeure éternelle dès ce monde.
Les œuvres qui ne cessent pas après la mort
Le Prophète ﷺ a dit :
« Quand le fils d’Adam meurt, ses œuvres cessent sauf trois : une aumône continue, une science bénéfique et un enfant pieux qui invoque pour lui. » — Ṣaḥīḥ Muslim
Ce ḥadīth est la base de la notion de ṣadaqa jâriya. Il indique que même après sa disparition, le croyant peut continuer à récolter des récompenses si ses œuvres profitent durablement aux autres.
La meilleure aumône : offrir de l’eau
Le Prophète ﷺ a dit :
« La meilleure aumône est de donner de l’eau à boire. » — Sunan Abī Dāwūd, authentifié par al-Albānī
L’eau étant essentielle à la vie, donner à boire ou financer un puits est une des formes les plus méritoires de ṣadaqa jâriya. Chaque personne qui se désaltère, chaque animal ou plante qui profite de cette eau devient une source de récompense pour le donateur.
Le puits de Rūma et l’exemple de ʿUthmān ibn ʿAffān
Le Prophète ﷺ a dit :
« Celui qui achète le puits de Rūma et y donne à boire aux musulmans aura le Paradis. » — al-Tirmidhī et Ibn Mājah, mentionné dans Hilyat al-Awliyāʾ d’Abū Nuʿaym
ʿUthmān ibn ʿAffān (raḍiya Allāhu ʿanhu) fit don du puits de Rūma à la communauté musulmane de Médine. Cet acte de générosité est resté un exemple parfait de ṣadaqa jâriya dont les bienfaits se sont prolongés bien au-delà de sa vie.
Chaque gorgée d’eau est une aumône
Le Prophète ﷺ a dit :
« Dans chaque gorgée d’eau donnée à boire, il y a une aumône. » — Ibn Ḥibbān
Même un simple verre d’eau offert à quelqu’un assoiffé est une aumône. Ce geste, accessible à tous, illustre que la ṣadaqa jâriya ne nécessite pas toujours de grandes richesses mais une intention sincère et un cœur généreux.
La plantation d’arbres
Le Prophète ﷺ a dit :
« Tout musulman qui plante un arbre ou sème une graine dont mangent un homme, un animal ou un oiseau, cela devient pour lui une aumône. » — Ṣaḥīḥ al-Bukhārī & Muslim
Planter un arbre est une ṣadaqa jâriya car tant que ses fruits, son ombre ou son bois profitent à la création, le croyant continue à recevoir des récompenses. C’est une invitation à bâtir une relation de générosité avec la nature.
La construction de mosquées
Le Prophète ﷺ a dit :
« Celui qui construit une mosquée pour Allah, Allah lui construira une maison au Paradis. » — Ṣaḥīḥ al-Bukhārī & Muslim
La mosquée est le cœur de la vie spirituelle musulmane. Chaque prière, chaque récitation du Coran et chaque enseignement qui s’y déroule est compté dans les récompenses de celui qui a contribué à sa construction.
Le don du Coran
Le Prophète ﷺ a dit :
« Parmi les œuvres qui perdurent pour le croyant : une science qu’il a enseignée, un Coran qu’il a laissé en héritage, un enfant pieux qui invoque pour lui… » — rapporté par Ibn Mājah
Offrir un exemplaire du Coran est une ṣadaqa jâriya : chaque lecture, chaque lettre récitée par autrui génère une récompense continue pour celui qui a offert ce Livre.
La transmission du savoir
Le Prophète ﷺ a dit :
« La science dont on tire profit est une des œuvres qui perdurent après la mort. » — Ṣaḥīḥ Muslim
Enseigner le Coran, partager une science bénéfique ou soutenir des projets éducatifs fait partie des ṣadaqa jâriya. Les savants expliquent que construire une école ou une madrasa entre dans ce cadre, car la connaissance qui y est transmise profite à des générations entières.
L’enfant pieux qui invoque
Le Prophète ﷺ a dit :
« Quand le fils d’Adam meurt, ses œuvres cessent sauf trois : une aumône continue, une science bénéfique et un enfant pieux qui invoque pour lui. » — Ṣaḥīḥ Muslim
Éduquer son enfant dans la piété est une ṣadaqa jâriya, car ses bonnes actions et ses invocations en faveur de ses parents se transforment en récompenses continues pour eux.
Le waqf : fondation pieuse
Bien que non cité dans un ḥadīth précis, le waqf (fondation pieuse) a été largement encouragé par le Prophète ﷺ et ses Compagnons. ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, par exemple, dédia une terre en waqf, dont les bénéfices servaient aux pauvres et aux voyageurs. Ce système islamique est une forme structurée de ṣadaqa jâriya, car il permet d’assurer des revenus permanents pour le bien de la communauté.
La sadaqa jâriya pour un défunt et pour une personne sans lien de parenté
La question se pose souvent : est-il permis de faire une sadaqa jâriya au nom d’un défunt ?
Les textes authentiques montrent clairement que cela est autorisé et que la récompense parvient au défunt.
Dans Ṣaḥīḥ Muslim, un homme demanda au Prophète ﷺ :
« Ma mère est morte de façon soudaine et je pense que si elle avait pu parler, elle aurait fait l’aumône. Est-ce que, si je donne une aumône en son nom, elle en recevra la récompense ? » Le Prophète ﷺ répondit : « Oui. » (Muslim, 1004).
De même, Ibn ʿAbbâs rapporte qu’un homme vint voir le Prophète ﷺ en disant :
« Ma mère est morte, puis-je donner une aumône en son nom ? » Il répondit : « Oui. » (Sahîh al-Bukhârî, 1388). Ces hadiths établissent donc que faire une aumône au nom d’un défunt est permis et profitable.
La question suivante est : peut-on faire une sadaqa jâriya au profit d’une personne sans lien de parenté ?
Les juristes ont répondu par l’affirmative. En effet, la règle générale en fiqh est que le croyant peut dédier la récompense de ses œuvres à qui il veut, parent ou non. Ibn Qudâma dit dans al-Mughnî : « Tout acte de bien dont la récompense est offerte à un mort ou à un vivant, cela lui parvient, qu’il soit proche parent ou non, et cela n’est contesté par personne. » (al-Mughnî, 2/225).
Dans la compilation de fiqh hanbalite (al-Inṣâf), on retrouve la même position : « Il est permis d’offrir la récompense des prières, jeûnes, aumônes et toutes sortes de bonnes actions à autrui, et cela lui parvient. ».
Ainsi, il est non seulement permis de faire une sadaqa jâriya pour ses parents et proches, mais également pour un ami, un voisin ou tout musulman. Cette ouverture reflète la dimension universelle de la fraternité islamique : le bien ne se limite pas aux liens de sang, mais peut être offert à tout croyant.
Conclusion
La ṣadaqa jâriya est une opportunité unique offerte au croyant de prolonger ses bonnes actions au-delà de sa vie.
« Lorsque le fils d’Adam meurt, ses œuvres s’interrompent sauf trois : une ṣadaqa jāriya, un savoir utile, ou un enfant pieux qui invoque pour lui. » (Rapporté par Muslim, n°1631)
« Celui qui montre la voie vers une bonne action aura la même récompense que celui qui la met en pratique. » (Muslim, 2674)
Ces deux paroles prophétiques nous rappellent que la vie s’achève, mais que certaines actions continuent de porter leurs fruits éternellement. La ṣadaqa jāriya est une graine que l’on sème ici-bas et dont les fruits nous parviennent dans l’au-delà.
Peut-être n’avons-nous pas la possibilité de creuser nous-mêmes un puits ou de planter un arbre. Mais nous avons aujourd’hui la chance de soutenir ceux qui le font en notre nom. Des organisations fiables, comme Humanipedie, réalisent ces projets concrets et transforment chaque contribution en source de récompenses durables.
Alors, n’attendons pas demain. Saisissons chaque occasion, même minime, car Allah multiplie la récompense pour qui Il veut. Laissons derrière nous des traces lumineuses qui témoigneront en notre faveur le Jour du Jugement.
Qu’Allah fasse de nous des bienfaiteurs dont les œuvres ne s’éteignent jamais, et qu’Il nous accorde l’honneur d’être rappelés comme des semeurs de bien.
L’équipe d’Islamopédie
Sources
- Ṣaḥīḥ Muslim – Kitāb al-Waṣiyya
- Ṣaḥīḥ al-Bukhārī – Kitāb al-Masājid et Kitāb al-Muzāraʿa
- Sunan Abī Dāwūd – ḥadīth sur la meilleure ṣadaqa
- Sunan al-Tirmidhī & Ibn Mājah – ḥadīth sur le puits de Rūma et le Coran
- Ibn Ḥibbān – ḥadīth sur chaque gorgée d’eau
- Hilyat al-Awliyāʾ – Abū Nuʿaym
- Zād al-Maʿād – Ibn Qayyim