Origines et famille

Al-Nuʿmān ibn Bashīr ibn Saʿd al-Anṣārī appartenait à la tribu des Khazraj de Médine, parmi les Ansar.

Son père, Bashīr ibn Saʿd (رضي الله عنه), fut un compagnon valeureux, parmi les premiers à prêter serment au Prophète ﷺ lors de la seconde allégeance d’al-ʿAqaba.

Sa mère, ʿAmra bint Rawāḥa, était la sœur du poète et martyr ʿAbd Allāh ibn Rawāḥa (رضي الله عنه).

Il grandit donc dans une maison d’islam, de courage et de science.

« Al-Nuʿmān fut élevé entre les genoux du Prophète ﷺ et la poésie de son oncle ʿAbd Allāh ibn Rawāḥa. » — (Ibn Saʿd, Ṭabaqāt al-Kubrā, vol. 3)

Il fut le premier enfant des Ansar à naître après l’Hégire, ce que les Médinois virent comme un signe de bénédiction.

Son enfance auprès du Prophète ﷺ

Al-Nuʿmān reçut l’éducation du Prophète ﷺ dès son jeune âge.

Il fut connu pour son intelligence et sa sensibilité morale.

C’est à travers lui que nous est transmis l’un des hadiths fondamentaux sur la justice entre les enfants :

Le Prophète ﷺ a dit :
« Craignez Allah et soyez justes envers vos enfants. » — (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, n°2587 ; Ṣaḥīḥ Muslim, n°1623)

Ce hadith fut révélé lors d’un épisode célèbre :

Son père, Bashīr, voulut offrir un don particulier à al-Nuʿmān, sa mère l’enjoignit d’en faire témoin le Prophète ﷺ.

Le Prophète ﷺ demanda alors :

« As-tu offert la même chose à chacun de tes enfants ? »
Il répondit : « Non. »
« Alors, je ne témoigne pas d’une injustice. Craignez Allah et soyez équitables. » — (Ṣaḥīḥ Muslim, n°1623)

Ce récit fit d’al-Nuʿmān un symbole de l’équité familiale, et le hadith est aujourd’hui un principe juridique majeur dans le fiqh de la justice parentale.

Sa jeunesse et son apprentissage

Adolescent, al-Nuʿmān se distingua par son intelligence et sa mémoire.

Il rapporta des dizaines de hadiths directement du Prophète ﷺ, notamment ceux qui touchent à la foi, la sincérité et le cœur.

Le Prophète ﷺ a dit :
« Il y a dans le corps un morceau de chair : s’il est sain, tout le corps est sain, et s’il est corrompu, tout le corps est corrompu. C’est le cœur. » — (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, n°52 ; Ṣaḥīḥ Muslim, n°1599)

Ce hadith, qu’al-Nuʿmān entendit dans sa jeunesse, marqua profondément sa vision de la foi.

Il répétait souvent, devenu adulte :

« Le cœur est la maison d’Allah en toi ; purifie-le pour qu’Il y demeure. » — (Abū Nuʿaym, Ḥilyat al-Awliyāʾ, vol. 4)

Son rôle sous les premiers califes

Al-Nuʿmān atteignit l’âge adulte sous le califat de ʿUthmān (رضي الله عنه).

Sous ʿAlī (رضي الله عنه), il fut nommé juge à Koufa, où il se distingua par son impartialité et sa piété.

Il évita soigneusement les divisions et les guerres civiles qui marquèrent la fitna, préférant l’enseignement et la conciliation.

Sous Muʿāwiya (رضي الله عنه), il fut nommé gouverneur de Koufa, puis de Ḥimṣ en Syrie.

Adh-Dhahabī rapporte :

« Il gouverna sans arrogance, jugea sans injustice, et enseigna sans ostentation. » — (Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ, vol. 3)

Son attitude durant les troubles

Al-Nuʿmān garda une position prudente et équilibrée durant les conflits entre les Compagnons.

Il refusait la polémique, répétant :

« Je ne brandis mon épée que pour celui qui prie vers la même qibla que moi. » — (Ibn ʿAbd al-Barr, al-Istiʿāb, vol. 3)

Lors des tensions au Levant, il fut tué injustement, selon la plupart des récits, lors d’une embuscade en an 65 H.

Sa mort suscita le chagrin des pieux et des savants, car il symbolisait la piété des premiers Ansar et la sagesse des Compagnons tardifs.

Ses mérites et ses hadiths célèbres

Al-Nuʿmān rapporta plus de 100 hadiths, dont plusieurs sont des fondements de la morale islamique.

Parmi eux :

Le Prophète ﷺ a dit :
« L’exemple des croyants dans leur affection, leur miséricorde et leur compassion mutuelle est celui d’un corps : si un membre souffre, tout le corps partage la douleur par la fièvre et l’insomnie. » — (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, n°6011 ; Ṣaḥīḥ Muslim, n°2586)

Et encore :

Le Prophète ﷺ a dit :
« Ce qui est licite est clair, et ce qui est illicite est clair. Entre les deux se trouvent des choses ambiguës que peu connaissent. Celui qui évite le doute a préservé sa religion et son honneur. » — (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, n°52 ; Ṣaḥīḥ Muslim, n°1599)

Ces paroles d’une portée immense furent transmises par al-Nuʿmān avec exactitude et sincérité, raison pour laquelle les imams du ḥadīth le citent parmi les transmetteurs les plus fiables des Ansar.

Sa piété et son enseignement

Abū Nuʿaym rapporte qu’al-Nuʿmān vivait simplement, récitant le Coran chaque nuit.

Lorsqu’on lui demandait pourquoi il veillait ainsi, il répondait :

« Je crains que mon cœur ne s’éteigne s’il ne goûte plus à la lumière du Coran. » — (Ḥilyat al-Awliyāʾ, vol. 4)

Il enseignait à ses élèves :

« Le cœur pur comprend avant d’entendre, et se soumet avant de discuter. »

Son décès

Il mourut à Ḥimṣ (Syrie actuelle), en l’an 65 H (684 ap. J.-C.), sous le règne de Muʿāwiya ibn Yazīd.

Certains récits rapportent qu’il fut tué par des hommes du parti de Zubayr, d’autres qu’il succomba à ses blessures lors d’une bataille.

Adh-Dhahabī conclut avec ces mots :

« Il mourut pieux, véridique, et pur de tout sang musulman. » — (Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ, vol. 3)

Un regard pour notre époque

La vie d’al-Nuʿmān ibn Bashīr enseigne que la foi commence par la droiture du cœur et se manifeste par la justice.

Ses hadiths unissent la foi intérieure et la cohérence morale :

la sincérité, la prudence, l’équité et la compassion.

Il nous rappelle que l’éducation islamique commence dès l’enfance et se poursuit dans le cœur jusqu’à la mort.

« Allah ne regarde pas vos corps ni vos apparences, mais Il regarde vos cœurs et vos actes. » — (Ṣaḥīḥ Muslim, n°2564)

L’équipe d’Islamopedie


Sources

  • Ibn Saʿd — Ṭabaqāt al-Kubrā, vol. 3
  • Ibn ʿAbd al-Barr — al-Istiʿāb fi Maʿrifat al-Aṣḥāb, vol. 3
  • Ibn al-Athīr — Usd al-Ghāba fi Maʿrifat al-Aṣḥāb
  • Adh-Dhahabī — Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ, vol. 3
  • Ibn Kathīr — al-Bidāya wa an-Nihāya, vol. 8
  • Abū Nuʿaym — Ḥilyat al-Awliyāʾ, vol. 4
  • Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ Muslim