Origines et naissance
Il appartenait à la plus noble des lignées Qurayshites.
Son père, Az-Zubayr ibn al-Awwam, était un des dix promis au Paradis, cousin du Prophète ﷺ (fils de Safiyya, tante du Prophète).
Sa mère, Asma bint Abi Bakr, était la fille du premier calife, et sœur d’Aisha (épouse du Prophète ﷺ).
Il naquit la deuxième année de l’Hégire, peu après l’installation des musulmans à Médine.
Sa naissance fut un signe de joie : c’était le premier enfant né après l’émigration, dissipant les rumeurs des hypocrites selon lesquelles les musulmans étaient devenus stériles à Médine.
Ibn Saad écrit :
« Abdullah ibn az-Zubayr fut le premier enfant né à Médine après l’Hégire. Les musulmans louèrent Allah à sa naissance et l’apportèrent au Prophète ﷺ, qui mâcha une datte et la plaça dans sa bouche bénie. » — (al-Tabaqat al-Kubra, vol. 3)
Le Prophète ﷺ fit alors une invocation spéciale pour lui et le nomma Abdullah.
Enfance et éducation
Il grandit à Médine dans une maison baignée de foi, d’intelligence et de courage.
Il fut élevé par sa mère Asma, surnommée Dhat an-Nitaqayn — la femme aux deux ceintures, pour avoir servi le Prophète ﷺ et Abu Bakr lors de la Hijra.
Son oncle maternel, Abd Allah ibn Abi Bakr, et sa tante Aisha, veillaient à sa formation.
Dès son jeune âge, il montra une vive intelligence et une mémoire solide. Il apprit le Coran et suivit les Compagnons dans les cercles de savoir.
Adh-Dhahabi écrit :
« Abdullah ibn az-Zubayr fut élevé dans la foi et la noblesse. Il grandit entre les Compagnons et les savants, et devint un homme de piété, de courage et de raison. » — (Siyar A‘lam an-Nubala, vol. 3)
Sa jeunesse et ses premières batailles
À quinze ans, il demanda à participer à la bataille de Uhud, mais le Prophète ﷺ le jugea trop jeune.
Il participa ensuite à la bataille du Fossé (al-Khandaq) et à la conquête de La Mecque.
Son courage se manifesta dès cette époque : il faisait partie des plus braves cavaliers de Quraysh.
Sous le califat d’Abu Bakr puis d’Umar, il participa aux grandes conquêtes en Syrie et en Irak. Il combattit à Yarmouk et à al-Qadisiyya, sous le commandement de son père Az-Zubayr et de Saad ibn Abi Waqqas.
Sa piété, son savoir et son caractère
Abdullah ibn az-Zubayr alliait rigueur religieuse et courage physique.
Il jeûnait souvent, priait longuement la nuit, et était d’une humilité exemplaire malgré son rang.
Abu Nuaym rapporte :
« Ibn az-Zubayr priait la nuit entière et ne dormait que peu. Il disait : la douceur du monde s’éteint, mais la douceur de la prière demeure. » — (Hilyat al-Awliya, vol. 2)
Il était réputé pour sa voix dans la prière, belle et émotive.
Il récitait le Coran dans la Kaaba avec une telle présence que les gens s’arrêtaient pour l’écouter.
Son opposition politique et sa révolte
Après la mort du calife Muawiya ibn Abi Sufyan (60 H / 680 EC), son fils Yazid accéda au pouvoir.
Abdullah ibn az-Zubayr refusa de lui prêter allégeance, estimant que la succession héréditaire contredisait la nature du califat.
Il se réfugia à La Mecque, où de nombreux musulmans vinrent lui prêter serment d’allégeance comme calife légitime.
Pendant ce temps, Husayn ibn Ali fut tué à Karbala, et Ibn az-Zubayr devint le symbole de la résistance morale et politique face aux excès du pouvoir.
Son autorité s’étendit sur le Hijaz, l’Irak, l’Égypte et une partie du Yémen.
Ibn Kathir rapporte :
« Abdullah ibn az-Zubayr devint calife à La Mecque et fut reconnu dans les terres de l’islam. Il appela à la justice, à la prière et à la droiture. » — (al-Bidaya wa an-Nihaya, vol. 9)
Le siège de La Mecque et sa mort
En 64 H, une armée omeyyade dirigée par al-Hajjaj ibn Yusuf ath-Thaqafi assiégea La Mecque sur ordre du calife Abd al-Malik ibn Marwan.
Les catapultes frappèrent même la Kaaba.
Malgré la destruction, Ibn az-Zubayr refusa de se rendre. Sa mère, Asma bint Abi Bakr, alors âgée de plus de 90 ans, vint le voir avant le combat final.
Ibn Saad rapporte ce célèbre échange :
Asma lui dit : Ô mon fils, si tu sais que tu es dans la vérité, alors va de l’avant et meurs avec dignité. Mais si tu cherchais le monde, quel mauvais serviteur tu serais !
Il répondit : Ô ma mère, je ne cherche que la vérité et la satisfaction d’Allah. — (al-Tabaqat al-Kubra, vol. 3)
Il sortit alors pour combattre, seul contre les troupes d’al-Hajjaj, dans l’enceinte sacrée de la Kaaba.
Il tomba en martyr, le 17 de Joumada al-Oula, l’an 73 de l’Hégire (692 EC).
Après sa mort, al-Hajjaj fit crucifier son corps près de la Kaaba. Sa mère Asma vint le voir et dit :
« Tu as été fidèle à ton serment, mon fils. Quant à celui qui t’a tué, il a perdu ce monde et l’autre. »
Sa place dans l’histoire
Abdullah ibn az-Zubayr incarne le courage du juste face au pouvoir, et la fidélité à la vérité même dans la défaite.
Il fut un des derniers Compagnons du Prophète ﷺ à unir dans sa personne la science, la piété et la chevalerie.
Sa mort marqua la fin d’une époque : celle des Compagnons libres et des califes choisis par mérite.
Adh-Dhahabi écrit :
« Ibn az-Zubayr fut un lion de Quraysh. Il n’accepta pas l’injustice ni la déviation. Il mourut debout, les mains levées vers le ciel, au pied de la Kaaba. » — (Siyar A‘lam an-Nubala, vol. 3)
Héritage spirituel
Son héritage dépasse la politique.
Il incarne le modèle du croyant qui ne sépare jamais le combat du cœur de la droiture de la foi.
Son sang versé à la Mecque rappelle que la vérité se défend jusqu’à son dernier souffle.
Abu Nuaym écrit :
« Il fut le fils de deux Compagnons, le petit-fils du premier calife, et le défenseur du sanctuaire. Il mourut en état de prière, debout pour Allah. » — (Hilyat al-Awliya, vol. 2)
L’équipe d’Islamopedie
Sources
- al-Tabaqat al-Kubra — Ibn Saad
- Siyar A‘lam an-Nubala — Adh-Dhahabi
- al-Isaba fi Tamyiz as-Sahaba — Ibn Hajar al-Asqalani
- al-Bidaya wa an-Nihaya — Ibn Kathir
- al-Kamil fi at-Tarikh — Ibn al-Athir
- Hilyat al-Awliya — Abu Nuaym al-Isfahani
- al-Istiab fi Ma’rifat al-Ashab — Ibn Abd al-Barr