Origines et famille
Asma bint Abi Bakr naquit à La Mecque, vingt-sept ans avant l’Hégire.
Son père était Abu Bakr as-Siddiq, le plus proche compagnon du Prophète ﷺ et premier calife de l’islam.
Sa mère, Qutayla bint Abd al-Uzza, était issue de Quraysh.
Elle appartenait au clan des Banu Taym, connu pour sa droiture et sa noblesse.
Elle était la sœur aînée d’Aisha (رضي الله عنها), épouse du Prophète ﷺ, et la demi-sœur de Muhammad ibn Abi Bakr.
Elle épousa Az-Zubayr ibn al-Awwam, cousin du Prophète ﷺ, l’un des dix promis au Paradis.
De cette union naquirent Abdullah ibn az-Zubayr, héros et martyr de La Mecque, ainsi que Urwa ibn az-Zubayr, grand savant de Médine.
Ibn Saad écrit :
« Asma bint Abi Bakr épousa Az-Zubayr et lui donna Abdullah, Urwa et Asim. Elle fut pieuse, courageuse et généreuse. » — (al-Tabaqat al-Kubra, vol. 8)
Sa conversion et sa foi précoce
Asma embrassa l’islam très tôt, alors qu’elle n’était encore qu’une jeune fille à La Mecque.
Elle fit partie des premiers croyants qui acceptèrent le message de Muhammad ﷺ, malgré la persécution de Quraysh.
Ibn Abd al-Barr rapporte :
« Elle fut parmi les premières croyantes, ferme dans la foi, loyale envers Allah et Son Messager. » — (al-Istiab fi Ma’rifat al-Ashab)
Son rôle dans la Hijra du Prophète ﷺ
Lors de l’émigration, le Prophète ﷺ et Abu Bakr se réfugièrent dans la grotte de Thawr pendant trois jours.
Asma, alors enceinte, risqua sa vie chaque nuit pour leur apporter nourriture et eau.
Ne trouvant rien pour attacher les provisions, elle déchira sa ceinture en deux.
Le Prophète ﷺ lui dit alors :
« Allah t’a donné deux ceintures à la place d’une, dans ce monde et dans l’au-delà. »
C’est ainsi qu’elle reçut le surnom de Dhat an-Nitaqayn — la femme aux deux ceintures.
Adh-Dhahabi écrit :
« Elle servit le Prophète ﷺ et son père dans la grotte. Par ce geste, elle gagna le titre de Dhat an-Nitaqayn, honoré à jamais. » — (Siyar A‘lam an-Nubala, vol. 2)
Sa vie à Médine et son mariage
Après l’Hégire, elle rejoignit Médine et épousa Az-Zubayr ibn al-Awwam.
Leur vie fut empreinte de simplicité et de travail.
Az-Zubayr était un homme pieux et rigoureux ; Asma participait à l’entretien du foyer, s’occupant des champs, du bétail et du ménage.
Elle racontait :
« Je portais des dattes sur ma tête depuis les champs de Zubayr jusqu’à Médine, à trois lieues de là. » — (Sahih al-Bukhari, n° 5224)
Un jour, le Prophète ﷺ la vit ainsi et lui proposa de monter derrière lui sur sa monture.
Par pudeur et par respect pour son mari, elle refusa.
« Je craignis de peiner Zubayr, car il était jaloux par nature. » — (al-Tabaqat al-Kubra, vol. 8)
Le Prophète ﷺ loua sa pudeur et invoqua pour elle.
Ses vertus et son ascétisme
Asma vivait dans le détachement total du monde.
Elle ne gardait rien pour le lendemain et partageait tout ce qu’elle possédait.
Urwa ibn az-Zubayr dit :
« Je ne vis jamais ma mère conserver quoi que ce soit pour le lendemain. Elle donnait tout pour Allah. » — (Siyar A‘lam an-Nubala, vol. 2)
Quand on lui apportait de l’or ou des vêtements luxueux, elle disait :
« Apportez cela à ceux qui ont faim. Ma parure est dans mes bonnes actions. »
Elle était aussi réputée pour sa sagesse conjugale.
Un jour, fatiguée par les exigences d’Az-Zubayr, elle alla se plaindre à son père, Abu Bakr.
Celui-ci lui dit :
« Ma fille, patiente. Si un homme a un bon caractère, sa dureté s’efface. Et s’il a le cœur droit, sa main ne sera jamais injuste. » — (Siyar A‘lam an-Nubala, vol. 2)
Sa piété et sa science
Asma rapporta plusieurs hadiths, notamment sur la pudeur, la prière et la foi.
Elle enseigna à ses enfants et à de nombreux tabi‘in.
Ibn Hajar dit :
« Elle était savante, sage et d’une grande lucidité, dotée d’un cœur pur et d’une parole véridique. » — (al-Isaba fi Tamyiz as-Sahaba, vol. 8)
Son courage face à l’épreuve
Après la mort de son mari Az-Zubayr, elle éleva seule ses enfants.
Quand son fils Abdullah ibn az-Zubayr s’opposa aux injustices des Omeyyades, elle resta son soutien spirituel.
Lors du siège de La Mecque, al-Hajjaj ibn Yusuf fit encercler le sanctuaire.
Abdullah vint consulter sa mère.
Ibn Saad rapporte :
« Ô ma mère, les gens m’ont abandonné, et al-Hajjaj me promet la vie si je me rends. »
Asma répondit : “Mon fils, si tu sais que tu es sur la vérité, va de l’avant. Mourir dans la dignité vaut mieux que vivre dans l’humiliation.” — (al-Tabaqat al-Kubra, vol. 8)
Peu après, Abdullah fut tué près de la Kaaba.
Al-Hajjaj fit suspendre son corps sur le mur du sanctuaire.
Asma, âgée de cent ans, s’y rendit appuyée sur sa canne.
Adh-Dhahabi rapporte :
« Al-Hajjaj lui dit : As-tu vu ce que j’ai fait à ton fils ? Elle répondit : Oui. Tu as corrompu sa vie, mais il a corrompu ton au-delà. » — (Siyar A‘lam an-Nubala, vol. 2)
Elle pria ensuite en disant :
« Seigneur, accepte le sacrifice d’Abdullah comme Tu as accepté celui d’Ismaël. »
Son décès
Asma mourut à La Mecque, quelques jours après son fils, à l’âge de cent ans.
Elle perdit la vue à la fin de sa vie, mais conserva sa lucidité et sa mémoire.
Ibn Kathir écrit :
« Elle mourut centenaire, ayant vu trois générations de croyants. Sa foi resta intacte jusqu’à son dernier souffle. » — (al-Bidaya wa an-Nihaya, vol. 8)
Avant de mourir, elle récita :
« Ô âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée. » — (Sourate al-Fajr, 89:27–28)
Puis elle dit :
« Je quitte ce monde sans regret et j’attends la miséricorde d’Allah. » — (Hilyat al-Awliya, vol. 2)
Son héritage
Asma incarne la femme musulmane complète : croyante, courageuse, pudique, mère aimante et intellectuelle.
Elle fut à la fois le soutien du Prophète ﷺ, la mère d’un martyr et la gardienne du courage.
Son nom brille dans l’histoire comme un symbole de foi ferme et de dignité féminine.
Adh-Dhahabi conclut :
« Elle réunit la foi d’Abu Bakr, la sagesse d’Aisha et la patience de Maryam. Elle fut une montagne parmi les femmes. » — (Siyar A‘lam an-Nubala, vol. 2)
L’équipe d’Islamopedie
Sources
- al-Tabaqat al-Kubra — Ibn Saad
- Siyar A‘lam an-Nubala — Adh-Dhahabi
- al-Isaba fi Tamyiz as-Sahaba — Ibn Hajar al-Asqalani
- al-Istiab fi Ma’rifat al-Ashab — Ibn Abd al-Barr
- al-Bidaya wa an-Nihaya — Ibn Kathir
- Hilyat al-Awliya — Abu Nuaym al-Isfahani
- Akhbar al-Madina — Ibn Shabba