Origines et personnalité
Mousaylima, de son vrai nom Mousaylima ibn Habib ibn Abd al-Uzza, appartenait à la tribu des Banu Hanifa, dans la région du Yamama (centre de l’Arabie).
Homme intelligent, persuasif et ambitieux, il exerçait une influence considérable sur sa tribu. Mais sa ruse et son orgueil l’emportèrent sur sa raison.
Ibn Saad écrit :
« Mousaylima était des Banu Hanifa du Yamama. Il se dit prophète à la fin de la vie du Messager d’Allah ﷺ, et nombre des siens lui prêtèrent allégeance. » — (al-Tabaqat al-Kubra, vol. 3)
Il avait rencontré le Prophète ﷺ à Médine avec une délégation de sa tribu. Il déclara sa foi extérieurement, mais son cœur resta plein d’envie.
Adh-Dhahabi précise qu’il retourna au Yamama en dissimulant sa jalousie :
« Il vit la lumière du Prophète ﷺ, mais son cœur refusa de se soumettre à la vérité. » — (Siyar A’lam an-Nubala, vol. 2)
La prétention à la prophétie
Vers la fin de la dixième année de l’Hégire, Mousaylima annonça publiquement qu’il était co-prophète avec Muhammad ﷺ.
Il écrivit au Prophète une lettre célèbre :
« De Mousaylima, le Prophète d’Allah, à Muhammad, le Prophète d’Allah : la terre est à nous deux, moitié à toi et moitié à moi. »
Le Prophète ﷺ répondit :
« De Muhammad, Messager d’Allah, à Mousaylima le menteur. La terre appartient à Allah ; Il en fait hériter qui Il veut parmi Ses serviteurs, et la bonne fin revient aux pieux. » — (Ibn Kathir, al-Bidaya wa an-Nihaya, vol. 6)
Dès lors, le Prophète ﷺ ordonna de l’appeler al-Kadhdhab, le Menteur, titre qui resta attaché à son nom pour l’éternité.
La séduction des Banu Hanifa
Après la mort du Prophète ﷺ, Mousaylima rassembla une grande partie des Banu Hanifa derrière lui. Il promit à ses partisans richesse, autonomie et dispenses religieuses.
Il leur récita de prétendues « révélations » imitant maladroitement le Coran :
« Ô grenouille, fille de deux grenouilles ! Ton cri dans l’eau et sur la terre ! »
Les gens riaient, mais il disait : « Ceci est un verset de ma révélation. »
Ibn al-Athir écrit :
« Les Banu Hanifa riaient de ses vers, mais le suivaient par orgueil tribal, disant : Un prophète parmi nous vaut mieux qu’un prophète de Quraysh. » — (al-Kamil fi at-Tarikh, vol. 2)
Il épousa ensuite Sajah bint al-Harith, une femme des Banu Tamim qui prétendait elle aussi être prophétesse. Leur alliance fut purement politique.
Ses faux miracles et sa disgrâce
1. L’aveugle qu’il rendit encore plus aveugle
Un homme aveugle vint un jour à Mousaylima pour lui demander de prier Allah afin qu’il recouvre la vue.
Mousaylima passa sa main sur ses yeux en disant :
« Que ton Dieu te rende la vue ! »
L’homme perdit aussitôt la faible lumière qu’il avait et devint totalement aveugle.
Ibn Kathir rapporte :
« Il voulut imiter le Messager d’Allah ﷺ, mais Allah le ridiculisa. L’aveugle devint totalement privé de lumière. » — (al-Bidaya wa an-Nihaya, vol. 6)
Adh-Dhahabi commente :
« Allah humilia Mousaylima par ses propres mains : il voulut donner la vue et il apporta l’aveuglement. » — (Siyar A’lam an-Nubala, vol. 2)
2. Le puits qu’il fit tarir
Voulant rivaliser avec le Prophète ﷺ, qui fit jaillir l’eau de ses doigts, Mousaylima se rendit près d’un puits presque vide à Yamama. Il cracha dans l’eau et y plongea ses mains en disant :
« Que l’eau jaillisse, par la bénédiction de Mousaylima ! »
L’eau se troubla aussitôt et le puits s’assécha complètement.
Ibn Saad rapporte :
« Il voulut bénir le puits du Yamama, et l’eau s’éteignit. Les gens dirent : celui qui bénit le mensonge fait mourir l’eau. » — (al-Tabaqat al-Kubra, vol. 3)
3. L’enfant qu’il voulut bénir et qui mourut
Des parents lui amenèrent un nouveau-né pour qu’il le bénisse. Il posa la main sur sa tête, puis sur son visage. L’enfant mourut peu après.
Ibn al-Athir écrit :
« Il posa sa main sur l’enfant, et celui-ci mourut. Les gens dirent : la main du menteur ne donne pas la vie, elle la retire. » — (al-Kamil fi at-Tarikh, vol. 2)
Le verdict des savants
Adh-Dhahabi résume ces épisodes en disant :
« Chaque fois qu’il voulut imiter le Messager d’Allah ﷺ, Allah fit apparaître le contraire, afin que vérité et mensonge soient clairement séparés. » — (Siyar A’lam an-Nubala, vol. 2)
La confrontation avec Médine
Informé de son imposture, le calife Abu Bakr as-Siddiq jura de ne laisser aucune fausse prophétie se maintenir.
Il envoya successivement Ikrima ibn Abi Jahl, Shurahbil ibn Hasana, puis la grande armée commandée par Khalid ibn Walid.
Les musulmans rencontrèrent les armées de Mousaylima au Yamama, en l’an 12 de l’Hégire. Le combat fut d’une intensité terrible.
Des dizaines de compagnons y trouvèrent le martyre, parmi eux Salim Mawla Abi Hudhayfa, Thabit ibn Qays, Zayd ibn Khattab, et Abu Hudhayfa.
Ibn Saad rapporte :
« Plus de soixante-dix porteurs du Coran furent tués à Yamama. Leur sang fut la lumière de la préservation du Livre. » — (al-Tabaqat al-Kubra, vol. 3)
La mort de Mousaylima
La bataille culmina dans le Jardin de la Mort, où Musaylima et ses hommes s’étaient retranchés.
Il fut tué par Wahshi, l’ancien esclave abyssin, celui-là même qui avait tué Hamza à Uhud et qui s’était repenti.
Ibn Hajar rapporte les mots de Wahshi :
« J’ai tué le meilleur des hommes à Uhud, et le pire des hommes à Yamama. » — (al-Isaba fi Tamyiz as-Sahaba, vol. 6)
Sa mort mit fin à la plus grande des impostures religieuses en Arabie.
Leçon spirituelle et héritage
Mousaylima symbolise la corruption du cœur quand l’orgueil s’oppose à la vérité.
Ses faux miracles, qui tournèrent en échec, furent des signes inversés destinés à prouver la véracité du Prophète ﷺ.
Là où Muhammad ﷺ apportait bénédiction, vie et guérison, Mousaylima semait perte, mort et assèchement.
Adh-Dhahabi conclut :
« Mousaylima prétendit à la prophétie par envie, non par conviction. Allah l’humilia dans ce monde et le fit mourir sans lumière. » — (Siyar A’lam an-Nubala, vol. 2)
Ainsi s’accomplit la parole du Coran :
« Quant à la mousse, elle s’en va au rebut, tandis que ce qui est utile aux hommes demeure sur la terre. » — (Coran, 13:17)
L’équipe d’Islamopedie
Sources
- al-Tabaqat al-Kubra — Ibn Saad
- al-Kamil fi at-Tarikh — Ibn al-Athir
- al-Bidaya wa an-Nihaya — Ibn Kathir
- Siyar A’lam an-Nubala — Adh-Dhahabi
- al-Isaba fi Tamyiz as-Sahaba — Ibn Hajar
- Hilyat al-Awliya — Abu Nuaym
- Akhbar al-Madina — Ibn Shabba