Contexte historique

À la mort du Prophète ﷺ, plusieurs tribus arabes se révoltèrent contre Médine. Certaines refusèrent de payer la zakat, d’autres proclamèrent de faux prophètes. Le plus dangereux d’entre eux fut Musaylima ibn Habib, chef de la tribu de Banu Hanifa, dans la région du Yamama (actuelle province du Najd, en Arabie centrale).

Il prétendit avoir reçu une révélation et envoya au Prophète ﷺ une lettre arrogante :

« De Musaylima, le Prophète d’Allah, à Muhammad, le Prophète d’Allah : la terre est à nous deux, moitié à toi et moitié à moi. »

Le Prophète ﷺ répondit :

« De Muhammad, Messager d’Allah, à Musaylima le menteur. La terre appartient à Allah, Il en fait hériter qui Il veut parmi Ses serviteurs, et la bonne fin revient aux pieux. » — (Ibn Kathir, al-Bidaya wa an-Nihaya)

Après la mort du Prophète ﷺ, Musaylima rassembla une armée d’environ 40 000 hommes, parmi lesquels des tribus entières séduites par son mensonge. Le calife Abu Bakr as-Siddiq décida d’envoyer contre lui les forces musulmanes dirigées par Khalid ibn Walid, afin d’éteindre cette rébellion dangereuse.

Les armées en présence

L’armée des croyants comptait environ 13 000 hommes, issus des Muhajirun, des Ansar et des tribus fidèles à Médine. Parmi eux se trouvaient de grands Compagnons : Thabit ibn Qays ibn Shammas, Zayd ibn Khattab, Salim Mawla Abi Hudhayfa, Abu Hudhayfa ibn Utba, Abu Dujana, Abd Allah ibn Zayd, et de nombreux huffaz du Coran.

Musaylima, lui, avait rassemblé les Banu Hanifa et des tribus alliées. Son armée était retranchée dans le jardin d’al-Yamama, appelé plus tard Hadiqat al-Mawtle Jardin de la Mort.

Le déroulement de la bataille

La bataille débuta par un choc violent. Les apostats étaient nombreux et bien retranchés. Le combat dura plusieurs heures sans qu’un camp ne prenne l’avantage.

Adh-Dhahabi rapporte :

« Lorsque les musulmans reculèrent, Thabit ibn Qays cria : Ô gens du Coran ! Ornez le Coran par vos actes ! Puis il se jeta au combat et tomba en martyr. » — (Siyar A’lam an-Nubala)

Les compagnons redoublèrent alors de courage. Salim Mawla Abi Hudhayfa, tenant l’étendard des Muhajirun, récitait les versets en combattant.

Ibn Saad rapporte :

« Salim portait la bannière et disait : Si je tombe, prenez le Coran de ceux qui l’ont appris ! Puis il fut atteint de blessures mortelles, tenant toujours le drapeau. » — (al-Tabaqat al-Kubra, vol. 3)

Zayd ibn Khattab, frère du calife Umar, combattait aux côtés de Salim. Il lança à ses troupes :

« Avancez, ô croyants ! La mort est meilleure que la vie dans le doute ! » — (Ibn al-Athir, al-Kamil fi at-Tarikh)

Finalement, Khalid ibn Walid réorganisa les rangs en groupes tribaux. Les musulmans, ranimés par leur foi, parvinrent à briser les lignes ennemies. Ils envahirent le jardin fortifié et abattirent Musaylima, tué par Wahshi, l’ancien esclave qui avait jadis tué Hamza à Uhud et qui, repenti, offrit sa lance cette fois pour défendre l’islam.

Le martyre des huffaz

La bataille fut remportée, mais au prix d’un lourd tribut. Des dizaines de mémorisateurs du Coran y tombèrent, parmi eux Salim, Zayd ibn Khattab, Thabit ibn Qays, Abu Hudhayfa, Abu Dujana, et de nombreux compagnons de Badr.

Adh-Dhahabi écrit :

« Plus de soixante-dix porteurs du Coran furent tués à Yamama. Leur sang fut la lumière de la préservation du Livre. » — (Siyar A’lam an-Nubala, vol. 2)

Ce sacrifice bouleversa les Compagnons. Umar ibn Khattab, voyant tant de huffaz disparus, craignit que le Coran ne soit perdu si d’autres venaient à mourir. Il se rendit auprès du calife Abu Bakr et lui dit :

« Rassemble le Coran avant que ne meurent ceux qui le portent dans leur cœur. » — (Sahih al-Bukhari, Kitab Fada’il al-Quran)

La décision de compiler le Coran

Au début, Abu Bakr hésita :

« Comment ferais-je ce que le Prophète ﷺ n’a pas fait ? »

Mais Umar insista :

« C’est par Allah, un bien ! »

Abu Bakr consulta ensuite Zayd ibn Thabit, qui avait été scribe du Prophète ﷺ, et lui confia la mission de rassembler le Coran à partir des cœurs et des écrits. C’est ainsi que la bataille de Yamama devint l’élément déclencheur de la première compilation officielle du Coran.

Ibn Kathir conclut :

« Allah voulut que la mort des porteurs du Coran à Yamama soit la cause de sa sauvegarde éternelle. » — (al-Bidaya wa an-Nihaya, vol. 6)

Les leçons spirituelles de Yamama

La bataille de Yamama n’était pas une guerre ordinaire. Elle fut une épreuve de foi, une ligne de séparation entre la fidélité et la trahison, entre la vérité et le mensonge.

Les Compagnons y montrèrent que la défense du Coran n’était pas seulement une question de mots, mais de vie donnée pour la Parole divine.

Abu Nuaym al-Isfahani dit :

« Les compagnons du Coran sont morts debout, récitant ce qu’ils défendaient. Ils ont fait de leur poitrine des coffres vivants pour la Parole d’Allah, puis en ont scellé le souvenir par leur sang. » — (Hilyat al-Awliya, vol. 1)

Leur sacrifice fit naître une certitude :

le Livre d’Allah ne serait jamais perdu, car il était gardé à la fois par les cœurs, par les plumes, et par la promesse du Seigneur.

L’équipe d’Islamopedie

Sources

  • al-Tabaqat al-Kubra — Ibn Saad
  • al-Kamil fi at-Tarikh — Ibn al-Athir
  • Siyar A’lam an-Nubala — Adh-Dhahabi
  • al-Bidaya wa an-Nihaya — Ibn Kathir
  • Hilyat al-Awliya — Abu Nuaym al-Isfahani
  • Sahih al-Bukhari, Kitab Fada’il al-Quran
  • Tarikh al-Madina — Ibn Shabba