Origines et conversion
Sālim était un affranchi (mawlā) de la famille Abî Ḥudhayfa ibn ʿUtba ibn Rabīʿa, de la tribu des Banû ʿAbd Shams (clan des Quraysh).
Il était d’origine persane selon plusieurs sources, et fut affranchi à La Mecque avant l’Hégire. Devenu proche d’Abû Ḥudhayfa, il prit sa kunya et fut appelé « Sālim Mawlā Abī Ḥudhayfa ».
Ibn Saad rapporte :
« Sālim était un affranchi d’une femme des Ansar, pris en adoption par Abû Ḥudhayfa avant que l’adoption ne soit abrogée. Il fit partie des premiers croyants et récita le Coran alors que la Révélation était encore descendue à La Mecque. » — (al-Ṭabaqāt al-Kubrā, vol. 3)
Son adoption fut annulée lorsque la révélation du verset vint abolir la tabannī (adoption légale) :
« Appelez-les par leurs pères : cela est plus équitable auprès d’Allah. » — (Coran, 33:5)
Malgré ce changement juridique, le lien spirituel et affectif entre Abû Ḥudhayfa et Sālim demeura intact.
Proximité avec le Prophète ﷺ
Sālim fut de ceux qui connurent intimement le Prophète ﷺ, à La Mecque comme à Médine. Il participa à la construction de la mosquée, aux prières du Prophète ﷺ et aux grandes batailles.
Mais il se distingua surtout par sa maîtrise du Coran.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Apprenez le Coran de quatre : d’ʿAbd Allah ibn Masʿūd, de Sālim Mawlā Abī Ḥudhayfa, de Muʿādh ibn Jabal et d’Ubayy ibn Kaʿb. » — (Ṣaḥīḥ al-Bukhari ; Ṣaḥīḥ Muslim)
Cette parole, unanimement rapportée, place Sālim parmi les quatre maîtres du Coran que le Prophète ﷺ lui-même recommanda à sa communauté.
Adh-Dhahabi écrit :
« Sālim fut un imam dans la récitation et la piété. Il enseignait le Coran à Médine, et sa voix apaisait les cœurs. » — (Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ, vol. 2)
Son rôle à Médine
À Médine, Sālim fut désigné comme imam des Muhājirûn dans la mosquée de Qubāʾ avant l’arrivée du Prophète ﷺ. Les émigrés priaient derrière lui, bien qu’il fût un affranchi — preuve éclatante que dans l’islam, la piété prévaut sur le statut social.
Ibn Hajar al-ʿAsqalānī rapporte :
« Les compagnons émigrés priaient derrière Sālim, avant l’arrivée du Prophète ﷺ. Cela prouve sa science et sa maîtrise du Livre d’Allah. » — (al-Iṣāba fī Tamyīz al-Ṣaḥāba, vol. 3)
Il enseignait le Coran dans la maison d’Abû Ḥudhayfa et forma de nombreux disciples parmi les jeunes Ansar et Muhājirûn.
Ibn Abd al-Barr note :
« Il fut l’un des premiers à enseigner la lecture correcte du Coran à Médine. Les gens apprenaient de lui la récitation et les règles de psalmodie. » — (al-Istiʿāb fī Maʿrifat al-Aṣḥāb)
Sa foi, sa pudeur et son ascétisme
Les sources anciennes décrivent Sālim comme un homme d’une pudeur exceptionnelle et d’une grande douceur de caractère. Il craignait d’élever la voix en récitant le Coran, de peur de manquer de révérence.
Abu Nuʿaym al-Isfahani rapporte :
« Sālim pleurait souvent en récitant la Parole d’Allah. Il disait : “Je crains de lire sans comprendre, et de comprendre sans agir.” » — (Ḥilyat al-Awliyāʾ, vol. 1)
Il était connu pour son humilité : malgré son statut d’imam, il se considérait toujours comme un serviteur. Les Compagnons l’aimaient pour sa sincérité et son absence d’orgueil.
Sa participation aux batailles
Sālim participa à toutes les grandes batailles du Prophète ﷺ, y compris Badr, Uhud et al-Khandaq. Il combattit avec courage, sans jamais se séparer du Coran qu’il portait dans sa poitrine.
Après la mort du Prophète ﷺ, il rejoignit les armées des califes dans les campagnes de la péninsule arabique.
Il trouva le martyre lors de la bataille d’al-Yamāma (12 H), sous le commandement de Khālid ibn al-Walīd, contre les armées de Musaylima le Menteur.
Ibn Saad rapporte :
« Sālim portait le Coran dans son cœur et combattit à Yamāma jusqu’à la mort. Lorsqu’on le trouva blessé, il disait : ‘Qu’advient-il de mes frères du Coran ?’ » — (al-Ṭabaqāt al-Kubrā, vol. 3)
ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb pleura sa mort et disait souvent :
« Si Sālim était encore vivant, je l’aurais désigné pour la succession du califat. » — (Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ, Adh-Dhahabi)
Son rôle dans la préservation du Coran
Sālim fut l’un des quatre maîtres du Coran à l’époque du Prophète ﷺ. Il transmit sa récitation à de nombreux élèves, notamment ceux qui participèrent ensuite à la compilation du Coran sous Abû Bakr.
Adh-Dhahabi explique :
« Sālim Mawlā Abī Ḥudhayfa fut une source essentielle de la transmission du Coran médinois. Il récita et enseigna jusqu’à son martyre, et son nom figure parmi les fondations de la mémoire coranique. » — (Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ, vol. 2)
Son engagement à Yamāma — bataille où tombèrent de nombreux ḥuffāẓ — fut l’un des événements qui poussèrent Abû Bakr à ordonner la compilation écrite du Coran. Ainsi, Sālim participa à la préservation du Livre non seulement par sa mémoire, mais aussi par son sacrifice.
Mort et héritage
Sālim tomba en martyr à al-Yamāma, tenant fermement son étendard et récitant les versets d’Allah. Il mourut dans les rangs des croyants, aux côtés de son maître et ami Abû Ḥudhayfa, lui aussi martyr ce jour-là.
Ibn Hajar écrit :
« Tous deux furent tués le même jour à Yamāma, et on les enterra côte à côte. Leur mort fut une lumière pour l’islam, car ils avaient porté le Coran dans leur cœur et dans leurs actes. » — (al-Iṣāba, vol. 3)
La piété, la science et la sincérité de Sālim en firent une référence indépassable pour les générations suivantes. Il incarne la promesse divine :
« En vérité, c’est Nous qui avons révélé le Rappel, et c’est Nous qui en sommes gardiens. » — (Coran, 15:9)
L’équipe d’Islamopedie
Sources
- Ṣaḥīḥ al-Bukhari, Kitāb Faḍāʾil al-Qurʾān
- Ṣaḥīḥ Muslim
- al-Ṭabaqāt al-Kubrā — Ibn Saad
- al-Istiʿāb fī Maʿrifat al-Aṣḥāb — Ibn Abd al-Barr
- al-Iṣāba fī Tamyīz al-Ṣaḥāba — Ibn Hajar al-ʿAsqalānī
- Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ — Adh-Dhahabi
- Ḥilyat al-Awliyāʾ — Abu Nuʿaym al-Isfahani
- Asad al-Ghāba fī Maʿrifat al-Ṣaḥāba — Ibn al-Athir