Sa naissance : un don après l’épreuve

Après la mort tragique d’Hābîl, Ādam fut accablé de chagrin. Il demeura de longues années en larmes et en prière.

Ibn Kathîr rapporte :

« Lorsque Hābîl fut tué, Ādam pleura cent ans. Puis Allah lui accorda un fils vertueux, qu’il nomma Shîth, ce qui signifie “don” en langue syriaque. » — (al-Bidāya wa-n-Nihāya, vol. 1)

Adh-Dhahabî écrit :

« Shîth naquit cent trente ans après la création d’Ādam. Il était noble, sage et pieux. » — (Siyar Aʿlām an-Nubalâʾ, vol. 1)

Ainsi, Shîth fut considéré comme une compensation divine (ʿiwaḍ), un signe de la miséricorde d’Allah envers Ādam après la perte de son fils.

Sa mission prophétique : la guidance après la chute

Lorsque la fin d’Ādam approcha, il confia à Shîth la prophétie et la garde du savoir révélé.

Al-Ṭabarī rapporte :

« Ādam confia à Shîth les armes, les prières et les feuillets qu’Allah lui avait révélés, et lui ordonna de juger avec justice et de ne pas mélanger sa descendance à celle de Qābîl. » — (Tārīkh al-Ṭabarī, vol. 1)

Ibn Kathîr précise :

« Shîth fut le meilleur des fils d’Ādam. Allah lui révéla cinquante feuillets contenant la loi et la sagesse. » — (al-Bidāya wa-n-Nihāya, vol. 1)

Le Prophète ﷺ dit :

« Cent feuillets furent révélés : cinquante à Shîth, trente à Idrîs, dix à Ibrâhîm, et dix à Mûsâ avant la Tawrât. » — (Ibn Ḥibbân ; al-Bayhaqî ; sahîh selon al-Albânî)

Ibn Taymiyya confirme :

« Il est établi que Shîth est prophète, détenteur de feuillets révélés. C’est par lui que la première législation fut transmise. » — (Majmūʿ al-Fatāwā, 17/315)

Les révélations et les enseignements de Shîth (‘alayhi as-salām)

Selon al-Ṭabarī, Allah fit descendre à Shîth des feuillets contenant cinquante commandements, parmi lesquels :

  • l’interdiction de l’injustice,
  • la préservation du sang,
  • la protection des familles,
  • la prière à l’aube et au coucher du soleil,
  • la pudeur, la gratitude et le respect de la connaissance.

Al-Ṭabarī ajoute :

« Allah lui enseigna les cycles du temps, le calcul des mois et des années, afin de fixer les moments d’adoration. » — (Tārīkh al-Ṭabarī, vol. 1)

C’est ainsi que Shîth établit les premières bases de la mesure du temps religieux, fixant les heures du jour et de la nuit, les périodes de prière et les jours de rassemblement.

Il fut également, selon Ibn Isḥāq cité par Ibn Kathîr, le premier à introduire l’écriture et le calcul, en traçant des signes sur des planches pour préserver la parole d’Allah.

« Il enseigna à ses enfants l’écriture, la lecture et la connaissance des astres pour connaître le temps des prières. » — (al-Bidāya wa-n-Nihāya, vol. 1)

Le premier culte structuré et la préservation de la foi

Shîth (‘alayhi as-salām) organisa la première communauté de croyants. Il construisit un miḥrâb (lieu d’adoration) où les hommes priaient ensemble.

Al-Ṭabarī note :

« Shîth éleva un sanctuaire pour prier à l’aube et au crépuscule. Il y appelait son peuple à se souvenir d’Allah, tandis que les enfants de Qābîl se perdirent dans les passions et la musique. » — (Tārīkh al-Ṭabarī, vol. 1)

Cette distinction entre la communauté de Shîth et celle de Qābîl marque la première séparation entre les croyants et les égarés sur terre.

Ibn Kathîr souligne :

« Les fils de Shîth furent les porteurs de la foi, les fils de Qābîl furent les artisans de la corruption. » — (al-Bidāya wa-n-Nihāya, vol. 1)

La sagesse de Shîth (‘alayhi as-salām)

Shîth fut un modèle de piété, de constance et de science.

Abû Nuʿaym rapporte :

« Il adorait Allah avec persévérance, méditait Sa création et exhortait son peuple à la patience et à la reconnaissance. » — (Ḥilyat al-Awliyāʾ)

Il est dit qu’il invoquait ainsi :

« Louange à Allah qui nous a créés, nous a guidés et nous ramènera à Lui après la mort. »

Adh-Dhahabî le décrit comme :

« Le plus ressemblant à Ādam dans la piété, le visage et la sagesse. » — (Siyar Aʿlām an-Nubalâʾ, vol. 1)

Ibn al-Qayyim commente :

« Shîth fut la mémoire vivante du message d’Ādam. Par lui, Allah renoua le lien de la révélation et de la connaissance. » — (Zād al-Maʿād, vol. 1)

Son lien avec Idrîs (‘alayhi as-salām)

Al-Qurṭubî, dans son Tafsīr (Sourate Maryam, v. 56–57), rapporte que Shîth enseigna à Idrîs la science de l’écriture, des cycles du temps et des étoiles.

« Idrîs apprit de Shîth la science et la foi, et c’est par lui que la guidance se poursuivit après Ādam. » — (Tafsīr al-Qurṭubî, vol. 11, p. 78)

Ainsi, Shîth fut le premier maillon de la transmission prophétique consciente, transmettant à Idrîs la lumière et la sagesse qui mèneront jusqu’à Nûḥ (‘alayhi as-salām).

Sa mort et son héritage

Selon Ibn Saʿd, Shîth vécut neuf cent douze ans.

Avant sa mort, il remit à son fils Anûsh (Enos) les feuillets et les commandements d’Allah.

Al-Ṭabarī précise :

« Shîth recommanda à Anûsh la foi, la prière et la préservation des feuillets. Il mourut à l’âge de neuf cent douze ans. » — (Tārīkh al-Ṭabarī, vol. 1)

Certaines traditions situent sa tombe à proximité du mont Lubnân, d’autres près de Jérusalem. Aucune n’est attestée de manière sûre.

La portée spirituelle de Shîth (‘alayhi as-salām)

Ibn Taymiyya écrit :

« Par Shîth, Allah fit descendre la première législation, non pour châtier, mais pour ordonner le bien et prévenir le mal. » — (Majmūʿ al-Fatāwā, 17/315)

Ibn al-Qayyim ajoute :

« Si Ādam fut le père de la repentance, Shîth fut le père de la science. Il fut le premier à recevoir par écrit la parole divine, symbole de la continuité du message. » — (Zād al-Maʿād, vol. 1)

Shîth représente donc le passage de la révélation orale à la révélation écrite, de la mémoire à la préservation.

Il est le gardien de la lignée pure, celle dont descendent tous les prophètes jusqu’à Muḥammad ﷺ.

Shîth (‘alayhi as-salām) et les traditions bibliques

Dans la tradition biblique, Shîth (‘alayhi as-salām) correspond à Seth, troisième fils d’Adam et d’Ève, mentionné dans le Livre de la Genèse (4:25–26 et 5:3–8). La Bible le présente comme le fils donné par Dieu à Adam après la mort d’Abel :

« Dieu m’a donné un autre fils à la place d’Abel, que Caïn a tué. »(Genèse 4:25)

Elle précise aussi qu’avec la naissance d’Enosh, fils de Seth, « on commença à invoquer le nom de l’Éternel » (Genèse 4:26), ce que les exégètes juifs et chrétiens interprètent comme la naissance d’un culte organisé du Dieu unique.

Ces récits rejoignent partiellement la vision islamique, selon laquelle Shîth (‘alayhi as-salām) reçut une révélation divine, enseigna la prière et la justice, et propagea le monothéisme parmi les descendants d’Ādam.

Cependant, selon la règle des isrāʾīliyyāt, exposée par Ibn Taymiyya, Ibn Kathîr et adh-Dhahabî, les traditions juives et chrétiennes peuvent être mentionnées pour éclairer un contexte historique, mais ne doivent ni être confirmées ni rejetées sauf en cas de concordance ou de contradiction explicite avec le Coran et la Sunna.

Ainsi, la Bible corrobore l’idée d’un fils vertueux succédant à Ādam, gardien du culte et du monothéisme, sans toutefois reconnaître sa prophétie.

L’islam, au contraire, établit clairement que Shîth (‘alayhi as-salām) fut un prophète, dépositaire de feuillets révélés (ṣuḥuf) et maillon spirituel entre Ādam et Idrîs (‘alayhim as-salām).

Un regard pour notre époque

Shîth (‘alayhi as-salām) incarne la sagesse du savant et la constance du prophète.

Il nous enseigne que la guidance divine n’est jamais interrompue, mais transmise, préservée et renouvelée.

Dans un monde qui oublie la chaîne du savoir, il rappelle la valeur de la transmission, du temps sacré et de la conscience du devoir spirituel.

L’équipe d’Islamopedie

Sources

  • Tārīkh al-Ṭabarī – al-Ṭabarī
  • al-Bidāya wa-n-Nihāya – Ibn Kathîr
  • Tafsīr al-Qurṭubî
  • Siyar Aʿlām an-Nubalâʾ – Adh-Dhahabî
  • Ḥilyat al-Awliyāʾ – Abû Nuʿaym al-Iṣfahânî
  • al-Tabaqāt al-Kubrā – Ibn Saʿd
  • Majmūʿ al-Fatāwā – Ibn Taymiyya
  • Zād al-Maʿād – Ibn al-Qayyim