La création d’Ādam : un acte divin de sagesse

Allah annonça aux anges Son dessein de créer un être nouveau, porteur du dépôt et de la raison :

« Et lorsque ton Seigneur dit aux anges : “Je vais établir sur la terre un vicaire (khalîfa).” »(Sourate al-Baqara, 2:30)

Selon al-Ṭabarī, Allah envoya l’Ange de la Mort prélever une poignée de terre de toutes sortes : douce et dure, noire, rouge, blanche et jaune. De ce mélange naquirent les différences des fils d’Ādam.

« Allah façonna Ādam de Sa main, puis insuffla en lui de Son esprit, et il devint un être vivant, doué de raison et de parole. » — (Tārīkh al-Ṭabarī, vol. 1)

Ibn Kathîr ajoute :

« La main d’Allah évoquée ici signifie l’honneur direct de Sa création. C’est une distinction que nul autre n’a reçue. » — (al-Bidāya wa-n-Nihāya, vol. 1)

Le Prophète ﷺ dit :

« Allah a créé Ādam à Son image, haut de soixante coudées. » — (Sahîh al-Bukhârî, n° 6227 ; Muslim, n° 2841)

Cette création est le signe de la noblesse humaine : l’esprit insufflé par Allah symbolise la conscience, la connaissance et la liberté morale.

L’ordre aux anges et la rébellion d’Iblîs

Lorsque la forme d’Ādam fut achevée, Allah ordonna aux anges de se prosterner devant lui. Tous obéirent, sauf Iblîs, le djinn rebelle, qui refusa par orgueil.

« Il refusa, s’enfla d’orgueil et devint un des mécréants. »(Sourate al-Baqara, 2:34)

Ibn Taymiyya explique :

« Cette prosternation n’était pas un culte à Ādam, mais un signe d’obéissance à Allah et de reconnaissance de la supériorité du savoir sur la simple adoration. » — (Majmūʿ al-Fatāwā, 4/321)

Ainsi, la première désobéissance du monde spirituel fut celle de l’orgueil — et la première obéissance du monde angélique fut celle de l’humilité.

Le Paradis et l’épreuve de l’arbre

Allah installa Ādam et son épouse Ḥawwâ (Ève) au Paradis.

« Ô Ādam, habite le Paradis, toi et ton épouse ; mangez-en librement, mais ne vous approchez pas de cet arbre, sinon vous serez parmi les injustes. »(Sourate al-Baqara, 2:35)

Al-Ṭabarī rapporte plusieurs avis sur la nature de cet arbre — vigne, figuier ou blé — mais souligne que le Coran n’a pas voulu en préciser le nom, car le message est spirituel : l’obéissance avant le désir.

Iblîs trompa Ādam en lui promettant la royauté éternelle et la vie immortelle :

« Votre Seigneur ne vous a interdit cet arbre que pour vous empêcher de devenir des anges ou des êtres immortels. »(Sourate al-Aʿrāf, 7:20)

Ādam et Ḥawwâ goûtèrent au fruit, virent leur nudité, se couvrirent et reconnurent leur erreur.

« Seigneur, nous nous sommes fait du tort à nous-mêmes. Si Tu ne nous pardonnes pas et ne nous fais pas miséricorde, nous serons parmi les perdants. »(Sourate al-Aʿrāf, 7:23)

La désobéissance et le repentir

Ibn Kathîr et al-Ṭabarī précisent que la faute d’Ādam ne fut pas motivée par orgueil, mais par faiblesse.

« Ādam désobéit à son Seigneur, mais Allah le choisit, agréa son repentir et le guida. »(Sourate Ṭāhā, 20:121–122)

Ibn Taymiyya commente :

« La chute d’Ādam était un décret de sagesse, non une malédiction. Allah voulut qu’il goûte à la faute pour qu’il connaisse la douceur du retour. » — (Majmūʿ al-Fatāwā, 17/310)

Et Ibn al-Qayyim ajoute :

« Par sa faute, Ādam connut la porte du pardon ; par sa descente, il apprit à remonter. » — (Zād al-Maʿād, vol. 1)

L’islam rejette toute notion de péché originel. Le Coran affirme :

« Nulle âme ne portera le fardeau d’une autre. »(Sourate al-Anʿām, 6:164)

La mission prophétique et la descendance

Ādam fut le premier prophète de l’histoire humaine.

« Ādam fut un prophète à qui Allah parla sans intermédiaire. » — (Ibn Ḥibbân, sahîh)

Il enseigna à ses enfants la foi et la prière, leur transmit la langue, les invocations et la justice.

Selon Ibn Saʿd, il fut le premier à bâtir un autel et à offrir un sacrifice pour Allah.

Son fils Qābîl (Caïn) tua Hābîl (Abel), inaugurant le premier meurtre de l’histoire.

Ādam pleura longtemps et demanda à Allah d’ensevelir son fils ; un corbeau lui montra alors comment enterrer un mort.

Ainsi fut révélée à l’humanité la dignité du corps et la miséricorde après la faute.

Le lien spirituel entre Ādam et Dāwūd

Dans un hadith authentique rapporté par Aḥmad, al-Tirmidhî et commenté par Ibn Kathîr,

le Prophète ﷺ dit :

*« Lorsque Allah créa Ādam, Il lui montra ses descendants. Adam vit un homme dont le visage brillait de lumière. Il demanda : “Seigneur, qui est celui-là ?” Allah dit : “C’est ton fils Dāwūd.” Adam demanda : “Combien d’années lui as-Tu accordées ?” Allah répondit : “Soixante ans.” Adam dit : “Ô Seigneur, ajoute-lui quarante ans de ma vie.” Allah le fit. Mais lorsque l’heure de sa mort arriva, Adam dit : “Il me reste encore quarante ans !” Allah lui rappela : “Ne t’en souviens-tu pas ? Tu les as donnés à Dāwūd.” Adam oublia, et ainsi fut décrété que ses enfants oublient et contestent.” » — (Tafsîr Ibn Kathîr, S. Ṣād, 38:26)

Al-Qurṭubî commente :

« Allah montra à Adam la lumière de Dāwūd pour lui enseigner la beauté de la justice et la brièveté de la vie. Entre eux s’établit un lien d’amour spirituel : la miséricorde du père envers la droiture du fils. » — (Tafsîr al-Qurṭubî, vol. 1, p. 265)

Ṭabarī mentionne que cette vision était un aperçu du décret divin :

« Adam contempla la lignée des prophètes ; il aima Dāwūd pour sa lumière et son cœur. » — (Tārīkh al-Ṭabarī, vol. 1)

Ibn Taymiyya y voit une leçon sur la transmission du nūr (lumière prophétique) :

« Ce récit montre que les âmes des prophètes sont liées avant leur venue sur terre, et que la miséricorde circule entre eux comme une lumière continue. » — (Majmūʿ al-Fatāwā, 17/310)

Ibn al-Qayyim ajoute :

« En donnant de sa vie à Dāwūd, Ādam transmit à sa descendance le dépôt de la miséricorde et de la royauté spirituelle. » — (Zād al-Maʿād, vol. 1)

Ce lien exprime la continuité du souffle prophétique : de Ādam, l’origine de la création, à Dāwūd, le symbole de la justice et du règne selon la loi divine.

La mort d’Ādam

Ādam vécut environ mille ans, selon les récits rapportés par Ibn Kathîr et adh-Dhahabî.

À l’approche de sa mort, il recommanda à ses enfants de rester sur la voie de l’unicité.

Les anges descendirent, l’enveloppèrent dans un linceul, prièrent sur lui et l’ensevelirent, enseignant ainsi la première prière funéraire.

Adh-Dhahabî rapporte :

« Ādam mourut un vendredi, et les anges prièrent sur lui cent takbīr. » — (Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ, vol. 1)

Sa tombe, selon certaines traditions, se trouverait dans les environs de La Mecque ou de Jérusalem — Allah en sait le mieux.

Son fils Shîth (‘alayhi as-salām) lui succéda comme prophète et gardien de la foi.

La dignité et la leçon d’Ādam

Allah dit :

« Nous avons honoré les fils d’Ādam. »(Sourate al-Isrā’, 17:70)

Ibn Taymiyya explique :

« La descente d’Ādam sur terre n’était pas une punition, mais un mandat : celui de cultiver la terre et de transmettre la guidance. »

Et Ibn al-Qayyim complète :

« Allah voulut que la faute d’Ādam soit la porte de la miséricorde et non de la damnation. Celui qui chute et se relève est plus proche d’Allah que celui qui n’a jamais failli. »

Ainsi, Ādam enseigne à l’homme la plus belle des sciences : le retour vers Allah après l’erreur, et la plus grande des dignités : le repentir sincère.

Ādam au Jour du Jugement

Le Prophète ﷺ dit :

« Les gens viendront vers Ādam au Jour du Jugement et diront : “Ô Ādam, tu es le père de l’humanité, intercède pour nous auprès de ton Seigneur.” » — (Sahîh al-Bukhârî, n° 4476)

Il refusera par humilité, rappelant sa faute, et dira :

« Aujourd’hui, je ne puis intercéder. Allez vers Nûḥ. »

Ainsi, son humilité sera la première lumière de l’intercession prophétique.

Un regard pour notre époque

Ādam (‘alayhi as-salām) est le miroir de l’humanité : création noble, faiblesse, chute, puis relèvement.

Il enseigne que la grandeur ne réside pas dans l’absence de faute, mais dans la reconnaissance et le retour à Allah.

Son lien avec Dāwūd nous rappelle que la lumière spirituelle se transmet par la miséricorde et la justice.

Celui qui se repent est héritier d’Ādam ; celui qui agit avec équité est héritier de Dāwūd.

L’équipe d’Islamopedie


Sources

  • Tārīkh al-Ṭabarī – al-Ṭabarī
  • Tafsīr Ibn Kathîr
  • Tafsīr al-Qurṭubî
  • al-Bidāya wa-n-Nihāya – Ibn Kathîr
  • Majmūʿ al-Fatāwā – Ibn Taymiyya
  • Zād al-Maʿād – Ibn al-Qayyim
  • Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ – Adh-Dhahabî
  • al-Tabaqāt al-Kubrā – Ibn Saʿd
  • Fatḥ al-Bârî – Ibn Hajar
  • Musnad Aḥmad, Sunan al-Tirmidhî