Le texte du hadith

Le Prophète ﷺ a dit :

« Celui qui a un besoin auprès d’Allah ou auprès de l’une de Ses créatures, qu’il fasse ses ablutions parfaitement, puis qu’il accomplisse deux rakaa, et qu’il dise ensuite :
La ilaha illa Allah al Halim al Karim, Subhana Allah Rabb al Arch al Azim, al hamdu li Allah Rabb al alamin.
Allahumma inni as aluka mujibati rahmatika wa aza ima maghfiratika, wal ghanimata min kulli birr, was salamata min kulli ithm.
Allahumma la tada li dhanban illa ghafartahu, wa la hamman illa farrajtahu, wa la hajatan hiya laka ridan illa qadaytaha ya Arham ar Rahimin. »
Puis qu’il demande ce qu’il veut dans les affaires de ce monde ou de l’autre, car il lui sera accordé.

— Rapporté par Ibn Majah, ad Daraqutni, al Bayhaqi et at Tabarani.

Authenticité et chaînes de transmission

Ce hadith est rapporté d’après Abdallah ibn Abi Awfa, compagnon du Prophète ﷺ.

Sa chaîne de narration comprend un rapporteur contesté, Faid ibn Abd ar Rahman Abou al Warqa, jugé faible par les imams du hadith tels que al Bukhari, Ibn Main et ad Daraqutni.

C’est pour cette raison que la plupart des savants du hadith l’ont classé parmi les hadiths faibles (daif).

Cependant, plusieurs savants ont reconnu que son sens demeure conforme à l’esprit de la Sunna, et que la pratique qu’il recommande est fondée sur des principes solides du Coran et des hadiths authentiques.

Les positions des savants

Ad Daraqutni

Dans ses Sunan, il rapporte le hadith et note :

« Dans sa chaîne se trouve Faid ibn Abd ar Rahman, et il est faible. »

Il signale donc une faiblesse dans la transmission, mais ne condamne pas le sens du texte.

Al Bayhaqi

Dans as Sunan al Kubra, il déclare :

« Ce hadith est rapporté uniquement par Faid ibn Abd ar Rahman, et il est faible. »

An Nawawi

Dans al Adhkar, il reconnaît la faiblesse de la chaîne, mais ajoute :

« Les savants ont recommandé d’agir selon ce hadith dans les vertus des actes. »

Autrement dit, il est recevable pour la dévotion individuelle même s’il ne fonde pas une règle juridique.

Ibn Hajar al Asqalani

Dans al Amali al Mutlaqah, il écrit :

« Sa chaîne est faible, mais son sens est juste. »

Il précise que son contenu est conforme au verset :

Cherchez secours dans la patience et la prière (al Baqara, 45).

Ibn Taymiyya

Dans Majmou al Fatawa, il confirme la faiblesse de la chaîne, mais ajoute :

« La prière de deux rakaa avant de demander quelque chose à Allah est une recommandation soutenue par d’autres hadiths authentiques. »

Ibn al Qayyim

Dans Zad al Maad, il explique :

« Bien que la chaîne soit faible, l’esprit du hadith est conforme à la voie du Prophète.
La prière avant la demande est une manière noble de s’approcher d’Allah. »

Les avis favorables des savants spirituels

Certains savants de la spiritualité et du fiqh ont accepté la Salat al Hajah comme pratique valable dans le cadre des fada il al amal (les vertus des actes).

Al Ghazali

Dans Ihya ulum ad din, il cite le hadith sans le critiquer et le présente comme une pratique de piété :

« Celui qui a un besoin auprès d’Allah ou d’un homme, qu’il fasse deux rakaa et invoque ainsi. »

Pour lui, cette prière enseigne l’ordre intérieur de la demande : purification, prière, invocation.

Al Mundhiri

Dans at Targhib wa at Tarhib, il mentionne la faiblesse de la chaîne mais précise que le hadith peut être appliqué pour encourager la piété et la dévotion.

As Sakhawi

Dans al Qawl al Badi, il estime que plusieurs versions du hadith se soutiennent mutuellement et que son sens est acceptable.

As Suyuti

Dans al Jami as Saghir, il rapporte le hadith sans critique, et dans Tadrib ar Rawi, il explique que les hadiths faibles sont recevables dans les exhortations et les vertus, tant qu’ils ne contredisent pas un texte solide.

Al Izz ibn Abd as Salam

Dans Qawaid al Ahkam, il déclare :

« Les hadiths faibles sont recevables dans les actes de dévotion, s’ils ne contredisent pas un texte plus fort. »

Al Haythami

Dans Majma az Zawaid, il écrit :

« Dans sa chaîne, Faid est faible, mais les autres narrateurs sont fiables. »
Il admet donc une faiblesse légère.

Synthèse des avis des 4 écoles

L’école hanafite

Position générale

Les hanafites reconnaissent la légitimité de prier deux rak‘a pour un besoin, sans en faire une sunna instituée, en raison de la faiblesse du hadith.

Sources

  • Ibn ‘Âbidîn, Radd al-Muhtâr ‘ala ad-Durr al-Mukhtâr :
« La prière du besoin n’a pas de texte solide, mais elle entre dans le cadre de la prière surérogatoire (nafila) par laquelle on cherche l’exaucement. »
(Radd al-Muhtâr, 2/27)
  • Al-Kâsânî, Badâ’i‘ as-Sanâ’i‘ :
« Il est recommandé à celui qui a un besoin de prier deux rak‘a et de demander à Allah, car la prière est le moyen d’être exaucé. »
(Badâ’i‘, 1/157)

Résumé de l’avis hanafite

  • Le hadith est faible, mais son sens est accepté.
  • On ne l’appelle pas “Salât al-Hâjah” de façon formelle, mais on encourage la prière et la supplication pour un besoin.
  • La pratique est permise (mubâh), voire recommandée (mustahabb) dans le cadre des fada’il.

L’école malikite

Position générale

Les malikites ne reconnaissent pas la Salât al-Hâjah comme sunna spécifique car le hadith n’est pas authentique, et aucun texte clair du Prophète ﷺ ou des Compagnons n’en atteste la pratique sous ce nom.

Sources

  • Ibn al-‘Arabî al-Mâlikî, ‘Âridat al-Ahwadhî :
« Ce hadith n’est pas authentique, et rien n’est rapporté de Malik sur cette prière. Mais il n’y a pas de mal à prier à tout moment pour un besoin. »
(‘Âridat al-Ahwadhî, 3/370)
  • Al-Qarâfî, al-Furûq :
« Les prières pour un besoin sont licites si elles ne sont pas prises comme un rite constant, car cela relèverait de l’innovation. »
(al-Furûq, 4/240)
  • Ibn Rushd, al-Bidâya wa an-Nihâya :
« Si une personne prie deux rak‘a avant de demander, c’est bon, car c’est un adab (manière de se présenter devant Allah). »
(al-Bidâya, 1/150)

Résumé de l’avis malikite

  • Le hadith est faible et non suivi comme sunna.
  • Mais la prière individuelle pour un besoin est permise, tant qu’elle n’est pas ritualisée.
  • On parle ici d’adab (bonne manière), non d’une prière codifiée.

L’école shafi‘ite

Position générale

Les shafi‘ites sont les plus favorables à la pratique de la Salât al-Hâjah, malgré la faiblesse du hadith, dans le cadre des fada’il al-a‘mâl (vertus des œuvres).

Sources

  • An-Nawawî, al-Adhkâr :
« Les savants ont dit : il est recommandé d’agir selon ce hadith dans les vertus des actes. »
(al-Adhkâr, chapitre sur les invocations du besoin)
  • Ibn Hajar al-Haytamî, al-Fatâwâ al-Kubrâ :
« Le hadith est faible, mais la prière du besoin est recommandée, car le sens est conforme au Coran : “Cherchez secours dans la patience et la prière.” »
(al-Fatâwâ al-Kubrâ, 1/125)
  • As-Suyûtî, al-Jâmi‘ as-Saghîr :
Il rapporte le hadith sans critique, le rangeant parmi les actions méritoires.
(al-Jâmi‘ as-Saghîr, no. 4599)

Résumé de l’avis shafi‘ite

  • La Salât al-Hâjah est recommandée (mustahabbah), même si le hadith est faible.
  • Elle fait partie des prières de demande (salât ad-du‘â’).
  • Elle ne doit pas être considérée obligatoire ni institutionnelle, mais spirituellement bénéfique.

L’école hanbalite

Position générale

Les hanbalites, comme les hanafites, acceptent la pratique sans en faire une sunna spécifique, en raison de la faiblesse du hadith, mais en vertu du principe général de la prière avant la demande.

Sources

  • Ibn Qudâma, al-Mughnî :
« Il n’y a pas de texte authentique sur la prière du besoin, mais il est bon de prier deux rak‘a avant de demander à Allah, selon le verset : “Cherchez secours dans la prière.” »
(al-Mughnî, 2/557)
  • Ibn Taymiyya, Majmû‘ al-Fatâwâ :
« Le hadith est faible, mais le sens est juste : prier avant de demander est un acte de servitude louable. »
(Majmû‘ al-Fatâwâ, 22/277)
  • Ibn al-Qayyim, Zâd al-Ma‘âd :
« Bien que la chaîne soit faible, l’esprit du hadith est conforme à la voie du Prophète. La prière avant la demande est la plus noble des manières de solliciter Allah. »
(Zaad al-Ma‘ad, 1/334)

Résumé de l’avis hanbalite

  • Le hadith est faible, mais la pratique est permise et recommandée dans le cadre général du du‘â après salât.
  • Il s’agit d’un moyen de se rapprocher d’Allah, non d’une sunna instituée.

Avis des savants postérieurs

  • An-Nawawî, Ibn Hajar, As-Suyûtî, As-Sakhâwî, Al-Ghazâlî, Ibn al-Qayyim :
  • Tous ont jugé que, bien que le hadith soit faible, son sens est conforme au Coran et à la Sunna générale, et donc acceptable pour encourager à la prière et à la supplication.
  • Al-Albânî, dans Irwâ’ al-Ghalîl (vol. 2, p. 225), a confirmé la faiblesse du hadith mais a reconnu que le contenu ne contredit aucun principe.

La synthèse du juste milieu

La Salat al Hajah n’est pas un texte authentique selon les critères techniques du hadith, mais sa signification est correcte, et sa pratique est permise dans la mesure où elle reste une prière libre, non ritualisée ni obligatoire.

Elle relève des actions surérogatoires permises, dont le but est de rapprocher le cœur d’Allah.

Elle enseigne que le besoin n’est pas une faiblesse, mais une voie vers la dépendance sincère à Dieu.

L’équipe d’Islamopedie


Sources

Ibn Majah, Sunan

Ad Daraqutni, Sunan

Al Bayhaqi, as Sunan al Kubra

Ibn Hajar, al Amali al Mutlaqah

An Nawawi, al Adhkar

Ibn Taymiyya, Majmou al Fatawa

Ibn al Qayyim, Zad al Maad

Al Ghazali, Ihya ulum ad din

As Suyuti, al Jami as Saghir

Al Mundhiri, at Targhib wa at Tarhib

Al Haythami, Majma az Zawaid

As Sakhawi, al Qawl al Badi

Al Izz ibn Abd as Salam, Qawaid al Ahkam