Origines et jeunesse

Sawda appartenait au clan des Banū ʿĀmir ibn Luʾayy, tribu des Quraysh. Son père, Zamʿa ibn Qays, était un notable de La Mecque respecté pour sa droiture, et sa mère, Shams bint Qays, était des Banū Najjār de Médine, tribu liée à celle du Prophète ﷺ. Elle épousa as-Sakran ibn ʿAmr, cousin du célèbre orateur Suhayl ibn ʿAmr, et partagea avec lui une vie paisible fondée sur la foi.

Conversion et émigration en Abyssinie

Elle et son mari furent parmi les premiers convertis à l’islam, et subirent durement la persécution des Quraysh. Lorsque le Prophète ﷺ permit la première hijra vers l’Abyssinie, ils quittèrent tout pour fuir la mécréance.

Ibn Saʿd rapporte :

« Elle fut parmi celles qui émigrèrent pour Allah, supportant l’exil et la pauvreté dans la foi. » — (Ṭabaqāt al-Kubrā, vol. 8)

Son mari mourut peu après leur retour à La Mecque, la laissant veuve et sans soutien. Dans une société où la veuve vivait dans la solitude, Allah lui réserva un destin unique : devenir une Mère des Croyants.

Le mariage avec le Prophète ﷺ

Après la mort de Khadīja, le Prophète ﷺ vécut une profonde peine. Khawla bint Ḥakīm lui proposa alors un mariage pour apaiser sa solitude.

Le Prophète ﷺ lui demanda : « Qui ? »

Elle répondit : « Sawda bint Zamʿa. »

Il accepta.

Adh-Dhahabī écrit :

« Elle fut la première à alléger la douleur du Prophète ﷺ après Khadīja, par sa douceur et sa présence apaisante. » — (Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ, vol. 2)

Ce mariage fut un acte de sagesse et de miséricorde : il offrit au Prophète ﷺ réconfort et stabilité, et à Sawda, protection et honneur.

Vie à Médine : douceur et dévouement

À Médine, Sawda partagea la maison prophétique avec simplicité. Elle aidait les pauvres, préparait la nourriture pour les autres épouses et donnait tout ce qu’elle possédait avant la fin du jour.

Ibn ʿAbd al-Barr dit :

« Sawda était une femme joyeuse, au cœur large, et prompte à donner. Elle plaisantait souvent sans jamais mentir. » — (Al-Istiʿāb)

Anecdotes et traits de caractère

1. L’humour et la joie du foyer

Sawda était vive et spontanée. ʿĀʾisha (رضي الله عنها) rapporte :

« Je n’ai jamais vu de femme plus aimable que Sawda. Un jour, le Prophète ﷺ lui dit : “Avance doucement !” Elle répondit : “Comment doucement quand je pèse ce que je pèse ?” Il rit de bon cœur.” — (Ibn Saʿd, vol. 8)

Lors du pèlerinage d’adieu, le Prophète ﷺ lui dit avec douceur :

« Doucement, Sawda ! »

Elle répondit :

« Le chameau se moque de moi ! »

Et le Prophète ﷺ sourit largement. — (Ibn ʿAbd al-Barr, Al-Istiʿāb)

Cet humour simple et pudique faisait d’elle une source de réconfort pour le Messager d’Allah ﷺ.

2. Le sacrifice d’une croyante

Quand elle sentit ses forces diminuer, Sawda dit au Prophète ﷺ :

« Ô Messager d’Allah, garde-moi pour être ta femme dans l’au-delà. J’ai donné ma nuit à ʿĀʾisha. » — (Al-Bukhārī)

Ce geste n’était pas une résignation, mais un don d’amour et de pudeur : elle voulait conserver sa place dans l’éternité, sans nuire à la sérénité du foyer. Les savants disent qu’elle fut la première à offrir sa “nuit” à une coépouse, établissant une règle de fiqh connue sous le nom de hibat an-nawbah.

3. La générosité absolue

Sous le califat de ʿUmar, on lui remit une part d’or du trésor public. Elle demanda :

« Qu’est-ce que c’est ? »

On répondit :

« C’est ton dû. »

Elle dit :

« Mettez-le dans un panier. » Puis elle le distribua aussitôt aux nécessiteux. — (Al-Iṣāba, Ibn Ḥajar)

Elle disait :

« Nous étions pauvres avec le Prophète ﷺ et heureux ; je ne veux pas être riche sans lui. »

C’est ce détachement parfait (zuhd) qui fit d’elle l’une des plus nobles des Mères des Croyants.

4. Le souvenir du Prophète ﷺ

Après la mort du Prophète ﷺ, elle se retira du monde. Abū Nuʿaym rapporte :

« Quand elle entendait le muʾadhdhin dire “Ashhadu anna Muḥammadan Rasūl Allāh”, elle pleurait et disait : ‘C’est la voix du temps où il était parmi nous.’” — (Ḥilyat al-Awliyāʾ)

Elle vécut ainsi dans la prière et le souvenir, ne parlant que du Messager d’Allah ﷺ.

5. Son humilité et sa mort

Avant sa mort, elle dit à ses proches :

« Si vous me portez vers al-Baqīʿ, marchez lentement, car j’ai toujours marché lentement auprès du Prophète ﷺ. » — (Adh-Dhahabī, Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ)

Elle demanda à être enveloppée dans un simple linceul, disant :

« Celui que j’aime a été enterré dans trois draps de coton. Qu’ai-je besoin de plus ? » — (Ibn Saʿd)

Elle mourut vers l’an 22 ou 23 de l’Hégire, sous le califat de ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, et fut enterrée à al-Baqīʿ.

Ses vertus selon les Compagnons

ʿĀʾisha (رضي الله عنها) dit :

« Je n’ai jamais connu de femme plus aimable et plus généreuse que Sawda. Elle aimait plaire au Messager d’Allah ﷺ, même au prix de son propre confort. » — (Ibn Saʿd)

Elle ajouta ailleurs :

« Sawda fut une femme pieuse et véridique. Elle ne cherchait ni beauté ni rivalité. » — (Al-Istiʿāb)

Le Prophète ﷺ lui-même appréciait sa bonté. Un jour, en plaisantant avec ses épouses, il dit :

« Que diriez-vous si Sawda vous préparait du sirop de dattes ? »

Et elle répondit :

« Seulement si tu promets d’en boire, ô Messager d’Allah ! »

Ce à quoi il sourit, marquant ainsi son affection. — (Ibn Saʿd)

Son héritage spirituel

Sawda fut un modèle d’humilité, de loyauté et de service silencieux.

Elle n’eut ni jeunesse éclatante ni richesse, mais son cœur fut vaste comme le monde.

Adh-Dhahabī dit :

« Sawda n’avait ni beauté ni richesse, mais elle possédait ce que beaucoup n’ont pas : un cœur tranquille et loyal. » — (Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ)

Elle incarna la fidélité après la douleur, la joie dans la foi, et la pudeur dans l’amour.

Un regard pour notre époque

Sawda bint Zamʿa nous enseigne la force du don et la noblesse du service.

Dans un monde où la valeur se mesure souvent à la beauté ou à la jeunesse, elle rappelle que la grandeur d’une femme se trouve dans la fidélité du cœur.

Son humour, sa douceur et sa foi font d’elle un modèle intemporel : aimer sans attendre, donner sans calculer, et rester fidèle même quand tout passe.

L’équipe d’Islamopedie


Sources

  • Ibn Saʿd — Ṭabaqāt al-Kubrā, vol. 8
  • Ibn Hishām — As-Sīra an-Nabawiyya
  • Ibn ʿAbd al-Barr — Al-Istiʿāb fī Maʿrifat al-Aṣḥāb
  • Adh-Dhahabī — Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ, vol. 2
  • Ibn Ḥajar — Al-Iṣāba fī Tamyīz as-Saḥāba
  • Abū Nuʿaym — Ḥilyat al-Awliyāʾ
  • Ibn al-Qayyim — Zād al-Maʿād, vol. 1