Origines et jeunesse
Hafsa naquit à La Mecque cinq ans avant la mission prophétique (vers l’an 605 de l’ère chrétienne).
Elle était la fille du Farūq, ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb (رضي الله عنه), deuxième calife bien guidé, et de Zaynab bint Maẓʿūn, sœur du vénéré ʿUthmān ibn Maẓʿūn.
Cette double ascendance la plaçait au cœur des premières générations de musulmans.
Son prénom, Ḥafṣa, signifie « la lionne jeune et forte » — une métaphore juste de sa personnalité : ferme, vigilante et courageuse.
Elle épousa Khunays ibn Ḥudhāfa as-Sahmī, compagnon du Prophète ﷺ, parmi les premiers convertis, qui participa à la bataille de Badr et mourut peu après la bataille de Uḥud, des suites de ses blessures.
Hafsa se retrouva veuve jeune, sans enfant, mais forte dans la foi.
Le mariage avec le Prophète ﷺ
Après la mort de Khunays, ʿUmar chercha pour sa fille un époux digne.
Il proposa sa main à ʿUthmān ibn ʿAffān, puis à Abū Bakr as-Siddīq, qui tous deux restèrent silencieux.
Attristé, il en parla au Prophète ﷺ, qui lui dit avec douceur :
« Hafsa épousera un homme meilleur qu’Abū Bakr et ʿUthmān, et ʿUthmān épousera une femme meilleure qu’elle. » — (Ibn Saʿd, Ṭabaqāt al-Kubrā)
Peu après, le Prophète ﷺ demanda la main de Hafsa et l’épousa en l’an 3 de l’Hégire, à Médine.
ʿUmar en fut profondément honoré, disant :
« Après ce mariage, ma dignité auprès du Prophète ﷺ fut double : par la foi et par le lien. »
Son caractère et sa personnalité
Hafsa héritait de son père le courage et la droiture.
Les sources la décrivent comme une femme de science, de piété et de rigueur, parfois vive mais toujours sincère.
Ibn ʿAbd al-Barr écrit :
« Hafsa était savante, éloquente, priante et jeûneuse. Elle aimait la vérité, même lorsqu’elle lui coûtait. » — (Al-Istiʿāb)
Elle était lettrée — rare privilège parmi les femmes de son époque — et aimait la lecture.
Adh-Dhahabī rapporte :
« Elle récitait le Coran chaque nuit, le méditait et pleurait jusqu’à l’aube. » — (Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ)
Le Prophète ﷺ l’appelait affectueusement « al-Sawwāma al-Qawwāma », « celle qui jeûne et prie assidûment ».
Anecdotes de vie avec le Prophète ﷺ
1. L’incident du secret révélé
Le Coran évoque un épisode célèbre entre le Prophète ﷺ, Hafsa et ʿĀʾisha :
Le Prophète ﷺ confia un secret à Hafsa, qu’elle rapporta ensuite à ʿĀʾisha.
Allah révéla alors :
« Et quand le Prophète confia un secret à l’une de ses épouses, et qu’elle le divulgua, Allah l’en informa. » — (Sourate at-Taḥrīm, 66:3)
Cet épisode, bien qu’apparenté à un reproche, est en réalité une leçon d’éducation spirituelle adressée aux Mères des Croyants, leur rappelant la gravité de la confiance prophétique.
Ibn Kathīr explique :
« Allah éduqua les épouses du Prophète comme Il éduque Ses prophètes : par la révélation, non par la réprimande humaine. » — (Tafsīr Ibn Kathīr, 66:3)
2. Le divorce et la réconciliation
Dans un moment de tension, le Prophète ﷺ divorça d’Hafsa, puis la reprit après qu’Allah l’eut inspiré par l’intermédiaire de l’ange Jibrīl (عليه السلام).
Jibrīl dit au Prophète ﷺ :
« Reprends Hafsa, car elle jeûne beaucoup et prie la nuit, et elle sera ton épouse au Paradis. » — (Ibn Saʿd ; Ibn Ḥajar, Al-Iṣāba)
Ce hadith est un signe clair de son mérite spirituel.
Les savants disent : « Celui que Jibrīl recommande, Allah l’a déjà élevé. »
3. La jalousie sincère
Hafsa partageait avec ʿĀʾisha une nature vive et jalouse.
ʿĀʾisha disait :
« Je n’ai connu de femme plus semblable à moi que Hafsa dans son tempérament et sa jalousie. » — (Muslim)
Mais cette jalousie n’était pas rancune : elle provenait d’un amour sincère et d’une forte personnalité.
Les deux femmes finirent par se rapprocher profondément, unies par la science et la mémoire du Prophète ﷺ.
4. L’épisode de la jarre d’eau
Un jour, le Prophète ﷺ se leva la nuit et but de l’eau dans une jarre suspendue.
Au matin, il raconta ce geste à ses épouses.
Hafsa dit alors :
« Je ne boirai plus jamais à cette jarre, car elle a touché ta bouche bénie. »
Cette parole illustre son immense amour et son respect pour le Prophète ﷺ jusque dans les gestes les plus simples.
— (Ibn Saʿd, Ṭabaqāt al-Kubrā)
Son rôle dans la préservation du Coran
1. La gardienne du mushaf
Après la mort du Prophète ﷺ, Abū Bakr as-Siddīq chargea Zayd ibn Thābit de rassembler le Coran dispersé sur les feuillets, os et mémoires des compagnons.
Le manuscrit complet fut remis à Abū Bakr, puis à ʿUmar, et à sa mort, il passa à Hafsa, sa fille.
Ibn Kathīr rapporte :
« Le mushaf rassemblé sous Abū Bakr resta chez Hafsa jusqu’au califat de ʿUthmān, qui le lui demanda pour établir les copies officielles. » — (Al-Bidāya wa-n-Nihāya, vol. 7)
Ainsi, le texte du Coran entier fut préservé sous sa garde pendant plus de vingt ans.
C’est grâce à sa vigilance que le califat put établir la version canonique du mushaf (al-Maṣāḥif al-ʿUthmāniyya).
ʿUthmān fit recopier le texte et le lui rendit par respect, jusqu’à sa mort.
2. Son lien spirituel avec le Coran
Hafsa ne se contentait pas de le garder : elle le récitait sans relâche.
Ibn Saʿd écrit :
« Hafsa lisait le Coran chaque nuit et ne dormait qu’après avoir médité ses versets. » — (Ṭabaqāt al-Kubrā, vol. 8)
Elle disait souvent :
« C’est la parole d’Allah, et c’est par elle que j’ai trouvé la paix après la perte du Messager d’Allah ﷺ. »
Hafsa et les califes bien guidés
Son père, ʿUmar (رضي الله عنه), consultait souvent Hafsa pour ses avis.
Il disait :
« Hafsa a hérité de moi le discernement (furqān), mais elle le tempère par la miséricorde. »
Sous le califat de ʿUthmān, elle demeura respectée pour son rôle dans la préservation du mushaf.
Sous Muʿāwiya, elle continua d’enseigner à Médine et d’éduquer les femmes à la lecture du Coran.
Sa mort et son héritage
Hafsa mourut à Médine, vers l’an 45 ou 47 de l’Hégire, sous le califat de Muʿāwiya ibn Abī Sufyān.
Son frère ʿAbd Allāh ibn ʿUmar assista à ses funérailles, et elle fut enterrée à al-Baqīʿ parmi les Mères des Croyants.
Adh-Dhahabī écrit :
« Elle fut la gardienne du Livre d’Allah, et son nom sera honoré tant que le Coran sera récité. » — (Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ)
Anecdotes posthumes et récits rapportés
Après sa mort, certains compagnons disaient :
« Si ʿUmar a séparé le vrai du faux, Hafsa a séparé la distraction du sérieux. »
Et Ibn ʿUmar disait :
« Hafsa récitait le Coran dans la nuit du vendredi jusqu’à l’aube. Quand elle atteignait la sourate al-Muʾminūn, elle pleurait sans pouvoir continuer. »
Son héritage spirituel et moral
Hafsa fut à la fois la fille du discernement (al-Fārūq), l’épouse du Prophète ﷺ, et la gardienne du Livre d’Allah.
Elle incarne l’union rare de la rigueur et de la douceur.
Adh-Dhahabī dit :
« Elle possédait le courage de son père et la lumière du Prophète ﷺ. »
Elle représente l’idéal de la femme savante et pieuse, qui ne cherche ni gloire ni apparence, mais la vérité et la préservation de la foi.
Un regard pour notre époque
Dans une époque où le savoir s’efface derrière la superficialité, Hafsa rappelle que préserver le Livre d’Allah est un acte de foi et de responsabilité.
Elle montre qu’une femme peut être à la fois gardienne de science, modèle de piété et pilier spirituel de sa communauté.
Son exemple enseigne que la force du cœur réside dans la sincérité et la discipline.
L’équipe d’Islamopedie
Sources
- Ibn Saʿd — Ṭabaqāt al-Kubrā, vol. 8
- Ibn Hishām — As-Sīra an-Nabawiyya
- Ibn ʿAbd al-Barr — Al-Istiʿāb fī Maʿrifat al-Aṣḥāb
- Adh-Dhahabī — Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ, vol. 2
- Ibn Ḥajar — Al-Iṣāba fī Tamyīz as-Saḥāba
- Abū Nuʿaym — Ḥilyat al-Awliyāʾ
- Ibn Kathīr — Al-Bidāya wa-n-Nihāya, vol. 7
- Al-Qurṭubī — Tafsīr al-Qurʾān al-ʿAẓīm