Origines et jeunesse à La Mecque
Née chez les Banu Makhzum, elle grandit dans un climat de noblesse et d’hospitalité. Son père, Abu Umayya, était surnommé Zad ar-Rakib — « celui qui nourrit le voyageur ». Elle hérita de lui la générosité et la dignité qui marqueront toute sa vie.
Mariage avec Abu Salama et foi partagée
Elle épousa son cousin Abu Salama Abd Allah ibn Abd al-Asad, compagnon courageux et sincère. Tous deux comptèrent parmi les premiers croyants à La Mecque. Lorsque les persécutions devinrent insoutenables, ils émigrèrent en Abyssinie, revinrent ensuite à La Mecque, puis prirent la route de l’Hégire vers Médine.
L’épreuve de la séparation
Au moment du départ vers Médine, le clan d’Umm Salama refusa de la laisser partir, tandis que la famille de son mari retint leur enfant. Elle raconta :
« Chaque matin, je sortais à al-Abtah, là où ils nous avaient séparés. Je pleurais jusqu’à la nuit, et je continuai ainsi des jours entiers, jusqu’à ce qu’un homme de mon clan ait pitié de moi et me permette de rejoindre mon époux. » (Ibn Saad, Tabaqat al-Kubra)
Seule, accompagnée d’un bienfaiteur nommé Uthman ibn Talha, elle traversa le désert. Sa foi et sa patience impressionnèrent les premiers Médinois.
Le décès d’Abu Salama — la patience couronnée
À Médine, Abu Salama fut blessé à Uhud. La plaie se rouvrit plus tard, et il mourut. Le Prophète ﷺ entra auprès de lui, ferma doucement ses yeux et recommanda à l’assistance de ne prononcer que du bien.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Lorsque l’âme est retirée, les yeux la suivent. Ne dites alors que du bien, car les anges disent amine à ce que vous prononcez. » (Sahih Muslim)
Puis il invoqua pour le défunt :
Le Prophète ﷺ a dit :
« Ô Allah, pardonne à Abu Salama, élève son rang parmi les bien-guidés, accorde à sa famille un successeur vertueux, et pardonne-nous, à lui et à nous. » (Sahih Muslim)
Dans ses larmes, Umm Salama se souvint d’une parole du Messager ﷺ qu’elle avait apprise et la récita avec foi :
Le Prophète ﷺ a dit :
« Tout serviteur frappé par une épreuve qui dit : ‘À Allah nous appartenons et vers Lui nous retournons. Ô Allah, accorde-moi une récompense pour mon malheur et remplace-le pour moi par quelque chose de meilleur’, Allah le fera. » (Sahih Muslim)
Elle confia plus tard :
« Je l’ai dite à la mort d’Abu Salama, pensant : qui pourrait être meilleur que lui ? Et Allah m’accorda le Messager d’Allah ﷺ. » (Sahih Muslim)
Ce moment de foi résumait toute sa vie : une confiance absolue en la promesse divine, même au cœur du deuil.
Le mariage avec le Prophète ﷺ
Après son deuil, le Prophète ﷺ lui fit proposer le mariage. Elle répondit avec pudeur :
« Je suis jalouse, âgée, et mère d’enfants. »
Il répondit avec douceur :
« Pour ta jalousie, j’invoquerai Allah ; pour ton âge, moi aussi je vieillis ; et tes enfants seront les miens. »
Le mariage fut célébré vers l’an 4 de l’Hégire. Sa demeure devint un lieu d’équilibre, de science et de paix.
Le conseil de Hudaybiyya — la clairvoyance qui apaise
Lors du traité de Hudaybiyya, les Compagnons, bouleversés, hésitaient à obéir à l’ordre du Prophète ﷺ de se raser et d’immoler leurs bêtes. Le Prophète, peiné, entra dans sa tente. Umm Salama lui dit :
« Sors, ô Messager d’Allah, n’adresse la parole à personne, immole ta bête et rase-toi la tête ; ils te suivront. » (Ibn Saad, Tabaqat al-Kubra)
Le Prophète suivit son conseil, et la communauté obéit aussitôt. Cette sagesse féminine apaisa une situation critique et révéla sa clairvoyance spirituelle.
Une maison de foi, de savoir et de miséricorde
Umm Salama transmit plus de cent cinquante hadiths. Sa maison devint un lieu de savoir : elle y recevait femmes, affranchis et jeunes Compagnons. On y apprenait la patience, la pudeur et la bienfaisance.
Elle disait :
« Le bien ne s’épuise pas tant que la patience le soutient. » (Ibn Saad, Tabaqat al-Kubra)
Elle rapporta que la ventouse (hijama) pouvait être pratiquée durant le jeûne, montrant son souci de concilier science et adoration. Sa douceur se traduisait dans les actes : elle allégeait les contrats d’affranchissement et apaisait les disputes par le rappel du bien.
Dernières années et décès
Jusqu’à ses derniers jours, elle resta à Médine, fidèle à sa mission d’enseignement et de paix. Les Compagnons et les successeurs la consultaient encore sur des affaires religieuses.
Elle mourut vers 59 ou 62 de l’Hégire, âgée de plus de quatre-vingt-dix ans. Médine pleura la dernière Mère des croyants encore en vie.
Un regard pour notre époque
Umm Salama enseigne que la patience n’est pas silence, mais confiance active. Elle incarne l’équilibre entre émotion et raison, foi et intelligence. Dans un monde souvent impatient, son exemple rappelle que la lucidité féminine, alliée à la foi, a toujours été lumière pour la communauté.
« La patience n’est pas de se taire dans l’épreuve, mais d’espérer le bien d’Allah jusqu’à la fin. » (Ibn Saad, Tabaqat al-Kubra)
L’équipe d’Islamopedie
Sources
Le Coran
Sahih Muslim
Sahih al-Bukhari
Ibn Saad, Tabaqat al-Kubra
Ibn Abd al-Barr, al-Istiab fi Ma’rifat al-Ashab
Adh-Dhahabi, Siyar A’lam an-Nubala
Abu Nu’aym, Hilyat al-Awliya
Ibn Kathir, al-Bidaya wa-n-Nihaya
Ibn Hajar, al-Isaba fi Tamyiz as-Sahaba