Origines et conversion

Murara ibn Rabi‘ ibn ‘Adi ibn Zayd appartenait à la tribu des Banu ‘Amr ibn ‘Awf, alliée des Aws, l’un des deux grands clans des Ansar de Médine.

Son père, Rabi‘, était lui aussi un homme de foi et participa à la bataille de Badr. Murara grandit dans un foyer d’honneur et de loyauté, et embrassa l’islam avant l’Hégire, lors des premières prédications à Yathrib.

Son engagement fut total : il assista à la Bay‘a d’al-‘Aqaba, où les Ansar jurèrent fidélité au Prophète ﷺ, promettant de le défendre comme leurs proches. Ibn Hisham le mentionne parmi ceux qui se tinrent dans la nuit du serment, à la lueur des torches, lorsque le Messager d’Allah ﷺ dit :

« Donnez-moi la main, et je serai de vous et vous serez de moi. »

Le vétéran de Badr et le cœur des Ansar

Murara participa ensuite à la bataille de Badr, premier combat de l’islam, où les croyants ne comptaient que trois cents hommes contre une armée trois fois plus nombreuse.

Le Prophète ﷺ avait dit à propos des gens de Badr :

« Allah a regardé les gens de Badr et a dit : “Faites ce que vous voulez, Je vous ai pardonné.” » — (Sahih Muslim, n°2494)

Murara fut marqué à vie par cette promesse divine.

Adh-Dhahabi écrit dans Siyar A‘lam an-Nubalaʾ :

« Il se souvenait de Badr sans jamais lever la tête. Il voyait dans la faveur d’Allah une responsabilité, non un privilège. »

Il combattit également à Uhud, al-Khandaq, et Hunayn, restant toujours discret malgré ses exploits. Ibn Saʿd note :

« Il fut de ceux dont la main ne trembla pas à la guerre, mais dont le cœur trembla de crainte d’Allah. »

L’épreuve de Tabuk : la faiblesse d’un cœur sincère

L’année 9 de l’Hégire vit la grande expédition de Tabuk, à la frontière byzantine. La chaleur était brûlante, les dattes rares, et le voyage long de plusieurs centaines de kilomètres.

Le Prophète ﷺ appela les croyants à se préparer. Murara, alors âgé, avait les moyens d’y aller mais repoussa son départ chaque jour, espérant encore s’y joindre.

Finalement, il resta à Médine — non par hypocrisie, mais par faiblesse humaine.

Quand le Prophète ﷺ revint victorieux, il s’approcha de lui et dit simplement :

« Ô Messager d’Allah, je n’ai aucune excuse. J’ai manqué à mon devoir, et je reconnais ma faute. »

Le Prophète ﷺ répondit :

« Quant à lui, il a dit la vérité. Qu’il attende jusqu’à ce qu’Allah décide de son sort. » — (Sahih al-Bukhari)

Le silence et la pénitence

Le Prophète ﷺ ordonna à la communauté de cesser toute conversation avec lui, ainsi qu’avec Ka‘b ibn Malik et Hilal ibn Umayyah, les deux autres sincères.

Pendant cinquante jours, ils furent évités par tous. Personne ne leur adressa la parole, ni ne répondit à leur salutation.

Ka‘b raconta :

« Hilal et Murara restèrent cloîtrés chez eux à pleurer. Leurs larmes ne tarissaient pas, et leurs langues ne cessaient d’invoquer Allah. » — (Sahih Muslim)

Abu Nuʿaym décrit dans Hilyat al-Awliyaʾ :

« Murara se retira dans une pièce sombre et ne sortit plus. Il disait : ‘J’ai couvert ma face du monde pour que Dieu me regarde en secret.’ »

Il jeûnait sans interruption, rompant son jeûne avec un peu d’eau et de sel.

Son épouse disait :

« Je l’entendais murmurer la nuit : “Ô Seigneur, ma faute n’est pas contre Ton Prophète, mais contre moi-même. Pardonne-moi avant que mes yeux ne se ferment.” »

Le pardon céleste

Au cinquantième jour, la révélation descendit sur le Prophète ﷺ :

« Allah a pardonné au Prophète, aux émigrés et aux auxiliaires qui L’ont suivi dans l’heure difficile... et aussi aux trois qui étaient restés en arrière, jusqu’à ce que la terre leur parût étroite malgré son étendue, et que leurs âmes fussent à l’étroit. Puis Allah agréa leur repentir afin qu’ils reviennent à Lui. » — (Sourate At-Tawba, 9:117–118)

Le Prophète ﷺ se rendit à la mosquée, le visage illuminé, et annonça la nouvelle.

Puis il envoya un homme de la tribu de Banu Aslam crier dans les rues :

« Ô Ka‘b ! Ô Hilal ! Ô Murara ! Réjouissez-vous, Allah vous a pardonné ! »

Murara entendit cette voix, se leva en tremblant, et tomba en prosternation.

Ka‘b raconta :

« Lorsque la nouvelle arriva, Murara pleurait de joie. Son visage était inondé de larmes, et il remerciait Allah sans se relever. » — (Muslim)

Le serviteur du pardon

Après le pardon, Murara se retira davantage encore dans la prière et le dhikr.

Ibn Hajar rapporte dans al-Isaba :

« Il était connu pour la douceur de sa voix dans la récitation du Coran. Quand il récitait la sourate At-Tawba, les oiseaux s’arrêtaient sur le toit pour l’écouter. »

Les habitants de Médine l’appelaient Murara al-‘AbidMurara le dévot.

Il enseignait le Coran à de jeunes Ansar dans sa maison, et chaque soir, on entendait son murmure s’élever jusqu’à la mosquée du Prophète ﷺ.

Il disait souvent :

« Celui qu’Allah a pardonné ne doit pas oublier la saveur de Sa miséricorde. »

Sa mort et sa mémoire

Murara mourut à Médine vers l’an 35 ou 36 de l’Hégire, durant le califat de Uthman ibn Affan.

Il fut enterré à al-Baqi‘, près de son frère d’épreuve Hilal ibn Umayyah.

Les gens de Médine visitaient sa tombe, récitant la sourate At-Tawba à son sujet.

Un jour, rapporte Ibn Saʿd, un homme s’évanouit en récitant près de son tombeau les versets du pardon des trois sincères, submergé par l’émotion.

Sa personnalité et son héritage

Murara ibn Rabi‘ incarne la sincérité absolue et la modestie du cœur.

Adh-Dhahabi dit :

« Il se tut, pleura et fut pardonné. Son silence fut son argument, et ses larmes sa défense. » — (Siyar A‘lam an-Nubalaʾ)

Ibn al-Qayyim écrivit :

« Allah cache parfois Ses bien-aimés derrière leurs erreurs, pour que leur retour à Lui soit plus éclatant. » — (Zad al-Ma‘ad)

Et Ibn Hajar conclut :

« Murara est le signe vivant que la faute du sincère est un chemin vers la proximité d’Allah. » — (al-Isaba fi Tamyiz as-Sahaba)

Un regard pour notre époque

L’histoire de Murara ibn Rabi‘ enseigne que la perfection n’est pas dans l’absence de faute, mais dans la pureté du retour.

Sa vie montre que le vrai repentir n’a pas besoin de justification : il a besoin de silence, de patience et de sincérité.

Dans une époque où l’ego cherche à excuser ses erreurs, Murara nous rappelle la noblesse de dire : « C’est ma faute, ô Seigneur, et Toi seul peux me pardonner. »

Son nom fut gravé dans le Coran, non pour son erreur, mais pour la beauté de son repentir.

Le Prophète ﷺ a dit :

« Tout fils d’Adam commet des fautes, et les meilleurs des pécheurs sont ceux qui se repentent. » — (Tirmidhi)

L’équipe d’Islamopedie


Sources

  • Le Coran, sourate At-Tawba (9:117–118)
  • Sahih al-Bukhari
  • Sahih Muslim
  • Sunan at-Tirmidhi
  • Ibn Hisham, as-Sira an-Nabawiyya
  • Ibn Saʿd, Tabaqat al-Kubra
  • Adh-Dhahabi, Siyar A‘lam an-Nubalaʾ
  • Ibn Kathir, al-Bidaya wa-n-Nihaya
  • Ibn Hajar, al-Isaba fi Tamyiz as-Sahaba
  • Ibn al-Qayyim, Zad al-Ma‘ad
  • Abu Nuʿaym, Hilyat al-Awliyaʾ
  • Ibn al-Athir, Asad al-Ghaba