Origine et lignée

Selon les généalogistes, Salih était un Arabe pur, descendant de Sam fils de Nuh, et appartenait à la tribu de Thamud.

Ibn Kathir rapporte :

« Il est Salih ibn Ubayd ibn Asif ibn Masikh ibn Ubayd ibn Hadir ibn Thamud ibn Amir ibn Iram ibn Sam ibn Nuh. » — (al-Bidaya wa-n-Nihaya, vol. 1)

Les Thamud vivaient dans la région appelée al-Hijr, entre le Hijaz et le nord de la péninsule arabique, aujourd’hui connue sous le nom de Madain Salih, mentionnée dans le Coran :

« Et les Thamud qui taillaient le rocher dans la vallée. »(Sourate al-Fajr, 89:9)

Al-Tabari précise que les Thamud étaient les héritiers directs des Aad, et qu’ils avaient appris d’eux la maîtrise de la pierre, l’irrigation et l’architecture. Ils creusaient leurs demeures dans la montagne, persuadés que rien ne pouvait les atteindre.

Ibn Saad ajoute :

« Leur royaume était prospère, leur bétail abondant, leurs cités magnifiques. Ils oublièrent Allah dans la jouissance. » — (Tabaqat al-Kubra)

La mission de Salih (‘alayhi as-salam)

Allah envoya Salih à ce peuple pour les appeler à l’adoration unique :

« Ô mon peuple ! Adorez Allah, vous n’avez pas d’autre dieu que Lui. Il vous a créés de la terre et vous y a établis. Demandez-Lui pardon et repentez-vous à Lui. »(Sourate Hud, 11:61)

Mais son peuple répondit avec dédain :

« Ô Salih ! Tu étais parmi nous un homme en qui nous espérions, veux-tu nous détourner de ce que nos pères adoraient ? »(Sourate Hud, 11:62)

Ils l’accusèrent de trahir la religion ancestrale et refusèrent de croire sans un miracle tangible.

Al-Qurtubi explique :

« Leur orgueil était tel qu’ils ne cherchaient pas la vérité mais un signe qu’ils pourraient nier ensuite. » — (Tafsir al-Qurtubi, vol. 9)

Le miracle de la chamelle

Les notables de Thamud dirent à Salih :

« Fais sortir pour nous de ce rocher une chamelle, enceinte et vivante, si tu es vraiment un prophète. » — (Tafsir al-Tabari)

Salih invoqua Allah, et devant leurs yeux, le rocher se fendit et une chamelle en sortit, grande, d’une beauté extraordinaire.

« Voici la chamelle d’Allah, un signe pour vous. Laissez-la paître sur la terre d’Allah et ne lui faites aucun mal, sinon un châtiment proche vous atteindra. »(Sourate Hud, 11:64)

Ibn Kathir rapporte que la chamelle buvait toute l’eau du puits un jour sur deux, et le lendemain, c’était le tour du peuple, qui buvait du lait qu’elle produisait en abondance.

Ce partage symbolisait la miséricorde d’Allah et l’épreuve de leur sincérité.

Mais les Thamud, pris de haine et de jalousie, complotèrent contre la chamelle.

« Ils la tuèrent et dirent : “Ô Salih, fais venir ce que tu nous promets, si tu es parmi les envoyés !” »(Sourate al-Araf, 7:77)

Al-Tabari rapporte que l’instigatrice fut une femme noble, Umm Jundub, qui incita deux hommes — Qidar ibn Salif et Musrif ibn Mahraj — à tuer la chamelle en échange de richesses et de faveurs.

Abu Nu’aym écrit :

« Le sang jaillit du rocher, et la montagne trembla. Salih leur dit : “Jouissez dans vos demeures trois jours encore. C’est une promesse qui ne sera pas démentie.” » — (Hilyat al-Awliya, vol. 1)

Le châtiment du Cri

Après trois jours, un cri foudroyant et une secousse terrestre frappèrent les Thamud :

« Le Cri les saisit, et ils devinrent dans leurs demeures des corps inanimés. »(Sourate Hud, 11:67)

Ibn Kathir décrit :

« Le Cri descendit du ciel, et la terre trembla sous eux. Leur cœur éclata dans leur poitrine, et ils tombèrent raides morts. » — (al-Bidaya wa-n-Nihaya, vol. 1)

Al-Qurtubi commente :

« Le châtiment fut triple : un cri, une secousse et une lumière foudroyante, car ils avaient défié un signe clair d’Allah. »

Seuls Salih et les croyants furent sauvés.

« Nous sauvâmes ceux qui croyaient et craignaient Allah. »(Sourate Fussilat, 41:18)

Après la destruction, Salih s’éloigna d’eux, le cœur brisé :

« Ô mon peuple, je vous ai communiqué le message de mon Seigneur et vous ai conseillés, mais vous n’aimez pas les conseillers. »(Sourate al-Araf, 7:79)

La fin de vie de Salih (‘alayhi as-salam)

Selon al-Tabari et Ibn Saad, Salih vécut ensuite dans la région du Hadramawt avec les survivants croyants.

Certains récits le situent plus tard au Sham (Syrie), où il serait mort à l’âge avancé de plus de 130 ans.

Ibn al-Athir précise que les Thamud ne laissèrent derrière eux que des ruines, appelées dans le Coran :

« Et certes, vous passez sur leurs demeures au matin et au soir ; n’y réfléchissez-vous donc pas ? »(Sourate as-Saffat, 37:137–138)

Les leçons de Salih et du peuple de Thamud

L’histoire de Salih illustre le refus du miracle par orgueil.

Les Thamud virent un signe éclatant — une chamelle surgissant du rocher — mais leurs cœurs endurcis refusèrent de croire.

Ibn al-Qayyim écrit :

« Celui qui rejette la vérité après l’avoir vue est plus aveugle que celui qui ne l’a jamais entendue. » — (Zad al-Maad, vol. 1)

Adh-Dhahabi ajoute :

« Le peuple de Thamud croyait que la pierre les protégerait. Allah fit sortir de la pierre même leur preuve et leur châtiment. » — (Siyar A‘lam an-Nubala, vol. 1)

Le Prophète Muhammad ﷺ, passant par les ruines de Thamud lors de l’expédition de Tabuk, avertit ses compagnons :

« N’entrez pas dans les demeures de ceux qui ont été châtiés, sinon en pleurant, de peur que ne vous atteigne ce qui les a atteints. » — (Sahih al-Bukhari, n° 3380)

Salih et les traditions bibliques

La Bible ne mentionne pas Salih ni le peuple de Thamud.

Cependant, certains orientalistes ont rapproché ce récit de ceux de Lot et de Moïse, où les peuples demandent des signes avant de croire et sont ensuite détruits.

Les savants musulmans soulignent que ces comparaisons sont de nature historique, non théologique :

« Nous ne confirmons ni ne démentons ce que rapportent les Israélites, sauf s’ils contredisent ou confirment le Coran. » — (Ibn Taymiyya, Majmu‘ al-Fatawa, 17/47)

Un regard pour notre époque

Le récit de Salih (‘alayhi as-salam) nous rappelle que les miracles ne guident que ceux qui ont un cœur sincère.

Les Thamud avaient tout : la science, l’art, la force — mais ils manquaient de gratitude.

La chamelle, signe de vie sorti du rocher, symbolise la miséricorde d’Allah offerte même aux arrogants.

Celui qui refuse le message par orgueil transforme le signe du salut en cause de sa perte.

L’équipe d’Islamopedie

Sources

  • al-Bidaya wa-n-Nihaya — Ibn Kathir
  • Tafsir al-Tabari — Tabari
  • Tafsir al-Qurtubi — Qurtubi
  • Tabaqat al-Kubra — Ibn Saad
  • al-Kamil fi al-Tarikh — Ibn al-Athir
  • Hilyat al-Awliya — Abu Nu’aym
  • Siyar A‘lam an-Nubala — Adh-Dhahabi
  • Zad al-Maad — Ibn al-Qayyim
  • Sirat Ibn Hisham
  • Sahih al-Bukhari ; Tirmidhi
  • Majmu‘ al-Fatawa — Ibn Taymiyya