Introduction

Le recours à la chirurgie esthétique pour remodeler ou embellir certaines parties du corps est devenu courant dans nos sociétés modernes. Face à cette réalité, une question essentielle se pose pour les musulmans : jusqu’où la modification du corps est-elle permise par la Sharî‘a ?

Nos sources religieuses offrent des repères clairs. À travers le Coran, les hadiths et les avis des savants, on distingue ce qui relève de la préservation de la fitra (disposition naturelle voulue par Allah), ce qui est recommandé ou obligatoire, et ce qui constitue une altération interdite de la création d’Allah.

L’interdiction de modifier le corps à des fins de pure esthétique

Allah ﷻ rapporte les paroles de Shaytân :

{Je leur commanderai, et ils altéreront la création d’Allah.} (Coran 4:119).

Le Prophète ﷺ a dit :

« Allah a maudit celles qui font les tatouages, celles qui se les font faire, celles qui s’épilent les sourcils, celles qui se font limer les dents pour embellir, et celles qui changent la création d’Allah. » (al-Bukhârî, 4886 ; Muslim, 2125).

Ainsi, les savants interdisent :

  • L’écartement des dents pour embellir.
  • L’ajout de mèches ou perruques (tash‘îr).
  • L’épilation des sourcils.
  • L’arrachage ou la teinture des cheveux blancs pour les dissimuler.

Ces pratiques relèvent d’une recherche artificielle de beauté et sont considérées comme une altération de la création d’Allah.

Les modifications recommandées

Certaines pratiques sont recommandées, car elles visent à distinguer les musulmans :

  • Teindre les cheveux blancs dans une couleur différente. Le Prophète ﷺ a dit :
  • « Les juifs et les chrétiens ne teignent pas leurs cheveux, différenciez-vous donc d’eux. » (al-Bukhârî, 3462 ; Muslim, 2103).

Teindre la barbe

La même règle s’applique à la barbe : il est permis et même recommandé d’utiliser le henné ou des teintures naturelles. Cependant, le Prophète ﷺ a dit :

« Changez cela (les cheveux blancs), mais évitez le noir. » (Muslim, 2102).

Les savants ont donc conclu :

  • Permis/recommandé : henné, katm (teinte rougeâtre/brune).
  • Déconseillé/interdit : le noir pur, sauf exception (certains compagnons l’utilisaient pour la guerre, afin d’impressionner l’ennemi).
  • Interdit si c’est fait dans un but de tromperie (rajeunissement artificiel, séduction mensongère).

Les modifications obligatoires ou faisant partie de la fitra

Le Prophète ﷺ a dit :

« Cinq pratiques relèvent de la fitra : la circoncision, se raser les poils du pubis, se couper les moustaches, se couper les ongles et s’épiler les aisselles. » (al-Bukhârî, 5891 ; Muslim, 257).

Ces gestes sont obligatoires ou fortement recommandés, car ils relèvent de la purification et de la disposition naturelle de l’homme voulue par Allah.

Les modifications autorisées

Certaines pratiques sont permises lorsqu’elles répondent à un besoin réel :

  • Une femme peut retirer une pilosité anormale sur le visage (comme une barbe), à condition de ne pas toucher aux sourcils (al-Nawawî, Sharḥ Muslim).
  • Beaucoup de savants autorisent l’épilation du visage hors des sourcils.

Les interventions strictement esthétiques : interdites

Les ulémas s’accordent à interdire la chirurgie visant à :

  • Rajeunir artificiellement (effacer rides, cernes, cheveux blancs).
  • Modifier les traits naturels (nez, poitrine, formes) pour se conformer aux critères de beauté.

Ces pratiques sont assimilées à une altération de la création d’Allah (taghyîr khalqillâh) (Coran 4:119 ; Muslim, 2125).

Les exceptions : quand la chirurgie devient permise

La règle en fiqh est claire : ce qui est interdit pour l’embellissement devient permis en cas de nécessité ou de préjudice réel.

1. Malformation ou anomalie

Les juristes anciens citent le cas d’une dent anormalement grande ou d’un sixième doigt gênant, dont l’ablation est permise.

2. Accident ou mutilation

Le Prophète ﷺ autorisa ‘Arfaja ibn As‘ad, dont le nez avait été coupé à la guerre, à porter une prothèse en argent. Celle-ci ayant provoqué une infection, il l’autorisa ensuite à porter une prothèse en or (Abû Dâwûd, 4232 ; at-Tirmidhî, 1770 ; al-Nasâ’î, 5161).

3. Réparation fonctionnelle

Toute intervention visant à restaurer une fonction (respiration, mastication, mobilité) entre dans le cadre de la nécessité et ne relève pas du taghyîr khalqillâh.

Conclusion

En Islam, le corps humain est un dépôt confié par Allah ﷻ. Modifier sa création à des fins de coquetterie ou pour suivre des modes est interdit. Mais la Sharî‘a ouvre la porte à la médecine et à la chirurgie lorsqu’il s’agit de réparer, soulager un tort ou corriger une anomalie.

Le musulman et la musulmane sont invités à accepter avec sérénité la beauté naturelle qu’Allah leur a donnée, tout en utilisant ce qui est permis pour préserver leur santé, leur dignité et leur bien-être.

Pour des situations particulières, il est toujours préférable de consulter un savant ou une autorité compétente afin d’obtenir un avis adapté à son cas précis.

L'équipe d'islamopedie


Sources

Ṣaḥīḥ al-Bukhārī – Kitāb al-Libās et Kitāb al-Ṭibb

Ṣaḥīḥ Muslim – Kitāb al-Libās

Sunan Abī Dāwūd – Kitāb al-Khātam (ḥadīth de ‘Arfaja et la prothèse).

Sunan al-Tirmidhī – Kitāb al-Libās (ḥadīth sur ‘Arfaja et la prothèse).

Sunan al-Nasāʾī – Kitāb al-Zīna (ḥadīth de ‘Arfaja et la prothèse).

Tafsīr Ibn Kathīr – commentaire du verset 4:119 (« altérer la création d’Allah »).

Tafsīr al-Qurṭubī – commentaire du même verset et des pratiques interdites.

Sharḥ Ṣaḥīḥ Muslim – al-Nawawī (commentaire sur l’épilation et la teinture).

al-Mughnī – Ibn Qudāma (règles de fiqh sur la chirurgie et la nécessité).

al-Istiʿāb fī Maʿrifat al-Aṣḥāb – Ibn ʿAbd al-Barr (mention du cas de ‘Arfaja).

Siyar Aʿlām al-Nubalāʾ – al-Dhahabī (biographies et récits des pratiques des compagnons)