Origines et famille

Son nom complet est Abû Salama ‘Abd Allâh ibn ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf az-Zuhrî al-Qurashî (أبو سلمة عبد الله بن عبد الرحمن بن عوف الزهري القرشي).

Il appartenait à la tribu de Banû Zuhra, la même que celle du Prophète ﷺ par sa mère.

Son père, ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf, fut l’un des dix Compagnons promis au Paradis et un des premiers à embrasser l’islam à La Mecque.

Abû Salama naquit à Médine, probablement vers 20 H (641 apr. J.-C.), et grandit dans un environnement de science et de foi.

Ibn Sa‘d rapporte :

« Abû Salama fut élevé parmi les Compagnons et les savants de Médine. Il apprit des plus grands et fut lui-même un modèle de science et de piété. » — (al-Tabaqat al-Kubra, vol. 5)

Sa formation et ses maîtres

Abû Salama reçut la science auprès des Compagnons du Prophète ﷺ les plus savants :

  • Aïsha bint Abî Bakr, dont il fut l’un des principaux élèves,
  • Abû Hurayra,
  • ‘Abd Allâh ibn ‘Abbâs,
  • ‘Abd Allâh ibn ‘Umar,
  • Zayd ibn Thâbit,
  • Abû Sa‘îd al-Khudrî,
  • et d’autres.

Adh-Dhahabi écrit :

« Il fut parmi les grands imams des Tâbi‘în, héritier de la science d’Aïsha et d’Abû Hurayra. » — (Siyar A‘lam an-Nubala’, vol. 4)

De Aïsha (رضي الله عنها), il apprit la finesse du raisonnement et la connaissance des jugements intérieurs du fiqh ;

de Ibn ‘Abbâs, l’interprétation du Coran et la science des causes des révélations ;

et de Abû Hurayra, la rigueur dans la mémorisation et la prudence dans la parole.

Ses élèves et sa transmission

Parmi ses plus célèbres élèves figurent :

  • Ibn Shihâb az-Zuhrî,
  • Sa‘îd ibn al-Musayyib,
  • ‘Ubayd Allâh ibn ‘Abd Allâh ibn ‘Utbah,
  • Sâlim ibn ‘Abd Allâh ibn ‘Umar,
  • al-Qâsim ibn Muhammad ibn Abî Bakr,
  • et d’autres juristes de Médine.

Ses hadiths figurent dans les Sahîh d’al-Bukhârî et Muslim, ainsi que dans les recueils de Mâlik, Ahmad, Abû Dâwûd, at-Tirmidhî et an-Nasâ’î.

Ibn Hajar écrit :

« Abû Salama fut un rapporteur fiable, pieux, et d’une mémoire solide. Il ne transmettait que ce qu’il avait entendu de sources sûres. » — (Tahdhib al-Tahdhib, vol. 6)

Son rang parmi les sept juristes de Médine

Abû Salama est cité parmi les al-fuqahâ’ as-sab‘a (les sept juristes de Médine),

avec :

Sa‘îd ibn al-Musayyib, al-Qâsim ibn Muhammad, ‘Urwa ibn az-Zubayr, Sâlim ibn ‘Abd Allâh ibn ‘Umar, ‘Ubayd Allâh ibn ‘Abd Allâh ibn ‘Utbah, et Sulaymân ibn Yasâr.

Ibn Abd al-Barr rapporte :

« Il fut l’un des piliers du fiqh médinois, consulté dans les grandes affaires de jurisprudence. » — (al-Isti‘ab)

Son jugement était recherché pour sa sagesse et sa modération. Il se distinguait par son humilité et son refus de la polémique.

Sa méthodologie et son fiqh

Son approche reposait sur trois principes :

  1. Le retour au Coran et à la Sunna, sans spéculation excessive.
  2. La pratique des Compagnons à Médine comme critère de jugement.
  3. La prudence dans les fatwas : il préférait dire « Je ne sais pas » plutôt que de parler sans certitude.

Ibn al-Qayyim écrit :

« Abû Salama alliait la science du hadith à la compréhension du fiqh. Il suivait la voie d’Aïsha dans la précision et celle d’Ibn ‘Abbâs dans la compréhension. » — (I‘lam al-Muwaqqi‘in, vol. 1)

Il transmettait les paroles prophétiques avec exactitude et expliquait leurs implications juridiques à ses élèves.

Sa piété, son caractère et son ascèse

Abû Salama se distinguait par sa douceur, sa retenue et sa pudeur. Il évitait les controverses et fuyait l’ostentation.

On rapporte qu’il priait la nuit et ne se couchait qu’après avoir récité le Coran.

Abu Nu‘aym rapporte :

« Abû Salama était d’une modestie rare. Il pleurait souvent en récitant les hadiths du Prophète ﷺ et disait : ‘Craignez Allah dans ce que vous rapportez de Lui.’ » — (Hilyat al-Awliya’, vol. 2)

Il vivait de peu et refusait les présents des gouverneurs. Lorsqu’on lui proposa un poste officiel, il répondit : « La science m’a suffi comme dignité. »

Sa place dans le hadith

Les imams du hadith furent unanimes sur sa fiabilité.

Al-Bukhârî, Muslim, Abû Dâwûd et Ahmad ont rapporté de lui des hadiths de première importance.

Adh-Dhahabi écrit :

« Il est thiqa (fiable), pieux, maître du fiqh et du hadith. Les imams ont unanimement reconnu sa valeur. » — (Siyar A‘lam an-Nubala’, vol. 4)

Son nom est fréquemment cité dans les chaînes médinoises, notamment entre Abû Hurayra → Abû Salama → az-Zuhrî → Mâlik,

chaîne que les traditionnistes considéraient comme l’une des plus pures du hadith médinois.

Sa mort et son héritage

Abû Salama mourut à Médine en 94 H (713 apr. J.-C.), la même année que Sa‘îd ibn al-Musayyib et ‘Urwa ibn az-Zubayr

année surnommée par les historiens « l’année des juristes » (Sanat al-Fuqahâ’), car la ville perdit en une année plusieurs de ses plus grands savants.

Ibn Sa‘d écrit :

« Lorsqu’il mourut, les gens de Médine dirent : le savoir s’est éteint dans la maison d’‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf. » — (al-Tabaqat al-Kubra, vol. 5)

Sa mémoire perdura à travers ses élèves et les chaînes de transmission médinoises.

Son nom reste lié à la transmission d’Aïsha et d’Abû Hurayra, qui furent les fondements du fiqh médinois.

Ibn Hajar conclut :

« Il fut parmi les plus nobles, les plus pieux et les plus savants des fils des Compagnons. » — (Tahdhib al-Tahdhib, vol. 6)

Un regard pour notre époque

Abû Salama ibn ‘Abd ar-Rahmân nous enseigne la dignité du savoir et la douceur du savant sincère. Fils d’un Compagnon et maître des Tâbi‘în, il incarne le lien vivant entre les premiers croyants et les générations suivantes. Sa science équilibrée, son humilité et sa fidélité à la Sunna rappellent que le savoir véritable ne se mesure ni au nombre de paroles, ni à la renommée, mais à la sincérité envers Allah.

L’équipe d’Islamopedie

Sources

  • al-Tabaqat al-Kubra – Ibn Sa‘d, vol. 5
  • al-Isti‘ab fi Ma‘rifat al-Ashab – Ibn Abd al-Barr
  • Siyar A‘lam an-Nubala’ – Adh-Dhahabi, vol. 4
  • Tahdhib al-Tahdhib – Ibn Hajar
  • Hilyat al-Awliya’ – Abu Nu‘aym
  • I‘lam al-Muwaqqi‘in – Ibn al-Qayyim
  • Tārīkh al-Madīnah – Ibn Shabba