Origines et jeunesse

Abd Allah ibn al-Abbas naquit trois ans avant l’Hégire à La Mecque, dans la noble tribu des Banou Hashim. Son père, al-Abbas ibn Abd al-Muttalib, était l’oncle paternel du Prophète ﷺ. Sa mère, Lubaba bint al-Harith, était la sœur de Maymouna, l’épouse du Prophète ﷺ — ce qui fit de lui un enfant élevé dans la lumière de la prophétie.

Ibn Saad rapporte :

« Le Prophète ﷺ le prit un jour dans ses bras, passa sa main sur sa tête et dit : “Ô Allah, enseigne-lui la sagesse et la compréhension de la religion.” » — (Tabaqat al-Kubra, vol. 5)

Dès son plus jeune âge, Ibn al-Abbas observa le Prophète ﷺ avec admiration. Il disait :

« J’étais derrière le Prophète ﷺ un jour, et il me dit : ‘Ô jeune homme, je vais t’enseigner des paroles : préserve Allah, et Il te préservera ; préserve Allah, tu Le trouveras devant toi.’ » — (Al-Tirmidhi, n°2516 ; sahih)

Sa relation avec le Prophète ﷺ

Ibn al-Abbas grandit auprès du Prophète ﷺ. Il le servait, l’accompagnait et observait son comportement avec dévotion. Ibn al-Athir rapporte :

« Le Messager d’Allah ﷺ le fit asseoir derrière lui sur sa monture et ne cessa de lui enseigner. On disait : il n’est pas seulement son cousin, il est son élève et son héritier spirituel. » — (Usd al-Ghaba, vol. 4)

Il disait :

« Chaque jour, j’apprenais de lui quelque chose que je gardais comme un trésor dans mon cœur. » — (Hilyat al-Awliya, vol. 1)

Le Prophète ﷺ l’aima d’un amour particulier et fit pour lui cette invocation immortelle :

« Ô Allah, enseigne-lui la compréhension de la religion et l’interprétation du Livre. » — (Al-Bukhari, n°75 ; Muslim, n°2477)

Sa quête de science

Après la mort du Prophète ﷺ, Ibn al-Abbas se consacra entièrement à la recherche du savoir. Il disait :

« Quand j’apprenais qu’un compagnon détenait un hadith, je montais sur ma monture et allais jusqu’à sa porte. J’attendais à l’ombre jusqu’à ce qu’il sorte, par respect. » — (Adh-Dhahabi, Siyar A‘lam an-Nubala, vol. 3)

Un jour, un compagnon lui dit :

« Ô cousin du Messager d’Allah, pourquoi restes-tu dehors alors que tu es son proche ? »
Il répondit :
« La science n’humilie pas celui qui la cherche ; elle élève celui qui la porte. » — (Usd al-Ghaba, vol. 4)

Son humilité était telle qu’il balayait lui-même le lieu de ses cours avant l’arrivée des élèves.

Umar ibn al-Khattab (radi Allah anhu) disait à son sujet :

« Ce jeune homme a une langue qui interroge et un cœur qui comprend. » — (Tabaqat al-Kubra, vol. 5)

Il fut souvent convié au conseil des Anciens, et un jour, Umar l’interrogea sur la sourate An-Nasr. Tandis que d’autres y voyaient une victoire, Ibn al-Abbas répondit :

« Elle annonce le départ du Prophète ﷺ, car elle est le signe de l’accomplissement de sa mission. » — (Al-Bukhari, n°4294)

Umar dit alors :

« C’est bien ce que j’en ai compris. »

Sa science et sa sagesse

Ibn al-Abbas fut surnommé Habr al-Umma (« le savant de la communauté ») et Turjuman al-Qur’an (« l’interprète du Coran »). Il maîtrisait la langue, le fiqh, le tafsir, les causes de révélation et les traditions.

Ibn Abd al-Barr écrit :

« Il possédait une intelligence rare, une mémoire prodigieuse et une connaissance du Livre d’Allah que nul ne surpassait. » — (Al-Istiab, vol. 3)

Il disait :

« Quand je lis un verset, je cherche à comprendre ce qui l’a précédé et ce qui l’a suivi. » — (Adh-Dhahabi, Siyar A‘lam an-Nubala, vol. 3)

Il enseignait à Basra et à La Mecque. Ses cours rassemblaient des foules de savants. Ibn Kathir rapporte :

« Ses assises de science étaient d’une telle ampleur qu’on y traitait chaque jour un thème différent : tafsir, hadith, langue, poésie, droit, et récits des prophètes. » — (Al-Bidaya wa an-Nihaya, vol. 8)

Ses exhortations et sa piété

Abu Nuaym rapporte :

« Il priait la nuit jusqu’à ce que ses genoux se fatiguent. Quand on lui disait de se reposer, il répondait : ‘Quand les gens dormiront, le Seigneur descendra, et moi, je veux qu’Il me trouve en prière.’ » — (Hilyat al-Awliya, vol. 1)

Et il disait encore :

« Le plaisir de la prière m’empêche de dormir, et la pensée de l’au-delà m’empêche de rire. » — (Hilyat al-Awliya, vol. 1)

Son visage pleurait souvent en récitant le Coran. Ibn Saad rapporte :

« Quand il récitait : “Le jour où les visages seront blanchis ou noircis”, il pleurait jusqu’à mouiller sa barbe. » — (Tabaqat al-Kubra, vol. 5)

Sa douceur et sa générosité

Il était d’une bienveillance rare. Ibn Abd al-Barr rapporte :

« Il ne refusait jamais une demande. Il disait : “Je préfère qu’un homme parte heureux de ma porte plutôt que d’y laisser un regret.” » — (Al-Istiab, vol. 3)

Quand on lui reprochait d’être trop généreux, il répondait :

« Allah aime la main qui donne plus que celle qui retient. » — (Hilyat al-Awliya, vol. 1)

Ibn al-Athir écrit :

« Sa maison était celle du savoir et de la nourriture. Il nourrissait les étudiants avant de leur enseigner. » — (Usd al-Ghaba, vol. 4)

Sa mort et les signes de sa noblesse

Ibn al-Abbas mourut à Taif en l’an 68 de l’Hégire, à l’âge d’environ 71 ans. Ibn Kathir rapporte :

« Lorsqu’il fut mis en terre, un oiseau blanc entra dans la tombe et ne ressortit pas. Les gens dirent : c’était la connaissance qui quittait la terre. » — (Al-Bidaya wa an-Nihaya, vol. 8)

Son fils Ali pria sur lui et dit :

« Mon père fut un océan de science et une montagne de patience. » — (Adh-Dhahabi, Siyar, vol. 3)

Son héritage spirituel

Ses élèves Mujahid, Ikrima, Ata et Sa’id ibn Jubayr répandirent sa science dans tout le monde musulman. Ibn Abd al-Barr écrit :

« Par Ibn al-Abbas, la science du Coran prit forme et se transmit à toutes les générations. » — (Al-Istiab, vol. 3)

Le Prophète ﷺ avait dit :

« Celui à qui Allah veut du bien, Il lui accorde la compréhension de la religion. » — (Al-Bukhari, n°71 ; Muslim, n°1037)
Et Ibn al-Abbas en fut l’incarnation vivante.

Un regard pour notre époque

La vie d’Ibn al-Abbas est une leçon pour les croyants : il unit la foi et la raison, la science et la spiritualité. Il apprit avec humilité, enseigna avec douceur et vécut avec détachement. Dans un monde d’abondance et d’arrogance, son exemple nous enseigne que la lumière du savoir n’éclaire que celui dont le cœur est pur.

« Dis : Seuls ceux qui savent craignent Allah parmi Ses serviteurs. » — (Sourate Fatir, v.28)

L’équipe d’Islamopedie

Sources

  • Ibn Saad — Tabaqat al-Kubra, vol. 5
  • Al-Bukhari — Sahih, nos 71, 75, 4294
  • Muslim — Sahih, n°2477
  • Al-Tirmidhi — Sunan, n°2516
  • Ibn Abd al-Barr — Al-Istiab fi Ma’rifat al-Ashab, vol. 3
  • Ibn al-Athir — Usd al-Ghaba fi Ma’rifat al-Ashab, vol. 4
  • Adh-Dhahabi — Siyar A’lam an-Nubala, vol. 3
  • Abu Nuaym al-Isfahani — Hilyat al-Awliya, vol. 1
  • Ibn Kathir — Al-Bidaya wa an-Nihaya, vol. 8