Un jeune visage de Médine
Lorsque le Prophète ﷺ arriva à Médine, parmi les jeunes visages illuminés de foi se trouvait celui de Saʿd ibn Mālik ibn Sinān al-Khazrajī, connu plus tard sous le nom d’Abū Saʿīd al-Khudrī.
Son père, Mālik ibn Sinān, était un compagnon courageux et pieux, appartenant à la tribu des Banū Khudra, issue des Khazraj, alliés des Aws.
À la bataille d’Uḥud, son père essuya le sang du visage du Prophète ﷺ avec sa bouche avant de tomber en martyr. Ce souvenir marqua à jamais le jeune Abū Saʿīd.
« Mon père a bu le sang du Messager d’Allah ﷺ le jour d’Uḥud, et il n’a plus jamais souffert ensuite d’une blessure ni d’une douleur. » — (Ibn Saʿd, Ṭabaqāt al-Kubrā, vol. 3, p. 367)
Une jeunesse consacrée à la science
Trop jeune pour combattre à Badr, Abū Saʿīd participa dès Uḥud et suivit ensuite le Prophète ﷺ dans toutes ses campagnes.
Il rejoignit les aṣḥāb aṣ-ṣuffa, ces compagnons vivant dans la mosquée pour apprendre et transmettre la Sunna.
Adh-Dhahabī rapporte :
« Il faisait partie des jeunes qui ne quittaient jamais la mosquée. Son cœur était pur, sa langue véridique et sa mémoire solide. » — (Adh-Dhahabī, Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ, vol. 3)
Il disait :
« Nous apprenions dix versets du Coran à la fois, et nous ne passions pas aux dix suivants avant d’avoir compris et mis en pratique les précédents. » — (Ibn Saʿd, Ṭabaqāt, vol. 3)
Proximité avec le Prophète ﷺ
Abū Saʿīd fut témoin de scènes essentielles de la vie du Messager ﷺ. Il mémorisa ses enseignements et les transmit avec fidélité.
« Quiconque voit une chose blâmable, qu’il la change de sa main ; s’il ne peut, qu’il la change par sa langue ; et s’il ne peut, alors qu’il la déteste dans son cœur — et cela est le degré le plus faible de la foi. » — (Ṣaḥīḥ Muslim, n°49)
« Le croyant ne doit pas humilier sa propre âme. » — (Ibn Ḥibbān, n°361)
Ces paroles résumaient sa conception de la foi : lucide, active et responsable.
Les batailles et le courage
Il participa à Uḥud, al-Khandaq, Khaybar, Hunayn, Tabūk et à la conquête de La Mecque.
À Ḥudaybiyya, il prêta serment sous l’arbre :
« Allah fut satisfait des croyants lorsqu’ils t’ont prêté serment sous l’arbre. » — (Sourate al-Fatḥ, v. 18)
Malgré sa bravoure, il resta d’une douceur exemplaire :
« Le Messager d’Allah ﷺ ne frappait jamais quelqu’un de sa main, ni une femme, ni un serviteur, sauf dans le combat pour Allah. » — (Ṣaḥīḥ Muslim, n°2328)
Sous les califats : le maître de Médine
Sous Abū Bakr, il participa aux campagnes du Najd.
Sous ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb, il enseigna à Médine. Ibn ʿUmar disait :
« Parmi ceux qui demeuraient à Médine, nul n’était plus savant que Abū Saʿīd al-Khudrī. » — (Ibn ʿAbd al-Barr, al-Istiʿāb)
ʿUmar lui confia la transmission du fiqh et du hadith.
Lors des troubles de la fitna, il refusa de prendre parti et déclara :
« Le sang des musulmans m’est plus sacré que mon propre sang. » — (Ibn Saʿd, Ṭabaqāt)
Les majlis du savoir à Médine
Abū Saʿīd forma plusieurs des plus grands juristes et traditionnistes de la génération suivante :
ʿAṭāʾ ibn Yasār, Saʿīd ibn al-Musayyib, Abū Salama ibn ʿAbd ar-Raḥmān…
Il prêchait la douceur et la constance.
« Aucun peuple ne s’assoit pour évoquer Allah sans que les anges ne les entourent, que la miséricorde ne les couvre, et que la sérénité ne descende sur eux. » — (Ṣaḥīḥ Muslim, n°2700)
« Le monde est doux et verdoyant, et Allah vous y a établis pour voir comment vous agirez. Craignez le monde et craignez les femmes, car c’est la première épreuve des fils d’Israël. » — (Ṣaḥīḥ Muslim, n°2742)
« Les gens du paradis verront les gens des degrés supérieurs comme vous voyez l’étoile brillante à l’horizon. » — (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, n°3256 ; Ṣaḥīḥ Muslim, n°2831)
« Allah est plus miséricordieux envers Ses serviteurs qu’une mère envers son enfant. » — (Ṣaḥīḥ Muslim, n°2754)
« Nul malheur n’atteint le croyant sans qu’Allah n’en efface par cela une faute, jusqu’à une épine qui le pique. » — (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, n°5641)
Une vie d’ascèse et de piété
Abū Saʿīd priait la nuit, récitait lentement le Coran et méditait ses versets.
« Le Coran n’a pas été révélé pour être récité vite, mais pour être médité. »
Abū Nuʿaym rapporte :
« Il se rendait chaque matin au cimetière d’al-Baqīʿ pour invoquer pour les morts, disant : “Ces tombes me rappellent la vérité de ce monde.” » — (Abū Nuʿaym, Ḥilyat al-Awliyāʾ, vol. 1)
Il refusa toute fonction politique :
« Si je ne suis pas capable de me gouverner moi-même, comment pourrais-je gouverner autrui ? » — (Abū Nuʿaym, Ḥilyat al-Awliyāʾ, vol. 1)
Quelques hadiths supplémentaires qu’il transmit
« L’eau est pure et rien ne la rend impure. » — (Abū Dāwūd, n°66 ; authentifié ṣaḥīḥ)
« Le plus aimé des actes auprès d’Allah est celui qui est constant, même s’il est petit. » — (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, n°6465 ; Ṣaḥīḥ Muslim, n°782)
« Nul n’entrera au Paradis par ses œuvres seules… sauf si Allah ne le couvre de Sa miséricorde. » — (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, n°5673)
« Le jeûneur a deux joies : une lorsqu’il rompt son jeûne, et une lorsqu’il rencontrera son Seigneur. » — (Ṣaḥīḥ Muslim, n°1151)
« Les portes du Paradis s’ouvrent le lundi et le jeudi, sauf pour celui qui garde rancune envers son frère. » — (Ṣaḥīḥ Muslim, n°2565)
Sa mort et son héritage
Il mourut à Médine, probablement en 74 H, sous le califat d’al-Walīd ibn ʿAbd al-Malik.
Enterré à al-Baqīʿ, il laissa derrière lui un héritage spirituel et savant considérable.
Les Médinois dirent ce jour-là :
« Aujourd’hui, la science s’en est allée avec Abū Saʿīd. »
Un regard pour notre époque
Abū Saʿīd al-Khudrī (رضي الله عنه) incarne la jeunesse savante et sincère, le savoir au service de la foi et la piété sans ostentation.
Il refusa la gloire pour la vérité, la parole facile pour la prudence, et la richesse pour la constance.
« Parlez peu, mais véridiquement — car chaque mot est un dépôt. »
Son exemple rappelle que le véritable savant n’est pas celui qui parle le plus, mais celui qui agit selon ce qu’il sait.
L’équipe d’Islamopedie
Sources
- Ibn Saʿd — Ṭabaqāt al-Kubrā, vol. 3
- Ibn ʿAbd al-Barr — al-Istiʿāb fī Maʿrifat al-Aṣḥāb
- Adh-Dhahabī — Siyar Aʿlām an-Nubalāʾ, vol. 3
- Ibn Ḥajar — al-Iṣābah fī Tamyīz aṣ-Ṣaḥābah
- Abū Nuʿaym al-Iṣfahānī — Ḥilyat al-Awliyāʾ
- Ibn al-Athīr — Usd al-Ghābah fī Maʿrifat aṣ-Ṣaḥābah
- Ibn Shabbah — Tārīkh al-Madīnah al-Munawwarah
- as-Safī al-Mubārakfūrī — ar-Raḥīq al-Makhtūm