Origines et conversion
Abū Hurayra, de son vrai nom ʿAbd al-Raḥmān ibn Ṣakhr ad-Dawsī, appartenait à la tribu de Daws au Yémen. Il embrassa l’Islam vers l’an 7 de l’Hégire et rejoignit le Prophète ﷺ à Khaybar. Pauvre et sans famille à Médine, il vécut auprès des Aṣḥāb al-Ṣuffa, les compagnons dévoués qui se consacraient à l’apprentissage de la religion.
Son surnom « Abū Hurayra » (« le père du petit chat ») vient de son habitude à s’occuper d’un chaton qu’il portait souvent avec lui. Aucun nom précis de ce chat n’est mentionné dans les sources.
Proximité avec le Prophète ﷺ
Abū Hurayra passa environ quatre ans avec le Prophète ﷺ, mais il consacra tout son temps à apprendre et mémoriser ses paroles. Le Prophète ﷺ fit une invocation spéciale pour lui :
« Ô Allah, fais que ton serviteur et sa mère soient aimés de Tes serviteurs croyants, et fais qu’ils aiment les croyants. » (Ṣaḥīḥ Muslim)
Il raconta lui-même :
« J’ai dit : Ô Messager d’Allah, j’entends de toi beaucoup de hadiths que j’oublie. »
Le Prophète ﷺ dit : « Étends ton manteau. » Je l’ai étendu, puis il y versa quelque chose avec ses mains et dit : « Serre-le contre toi. » Je l’ai serré, et depuis je n’ai rien oublié de ce que j’ai entendu de lui. » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī)
Son attachement au Prophète ﷺ était immense. Il disait :
« Je n’ai jamais cessé de suivre le Messager d’Allah depuis ma conversion jusqu’à sa mort, sauf quand il m’a envoyé dans une mission. » (Ṣaḥīḥ Muslim)
Participations aux batailles / événements majeurs
Il participa à la bataille de Khaybar dès son arrivée auprès du Prophète ﷺ et fut témoin de nombreux événements marquants de la communauté musulmane. Il accompagna ensuite les expéditions sous Abū Bakr et ʿUmar رضي الله عنهما.
Qualités et sciences
Abū Hurayra rapporta environ 5374 hadiths, faisant de lui le compagnon le plus prolifique dans ce domaine. Il était reconnu pour sa mémoire, sa piété et son assiduité à la prière et au jeûne.
Sa vie parmi les Aṣḥāb al-Ṣuffa
Il dit :
« Je tombais parfois par terre, frappé par la faim, et certains pensaient que j’étais fou. Mais je n’étais fou que de faim. » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī)
Sa dévotion dans l’adoration
Sa fille rapporta :
« Mon père partageait sa nuit en trois : un tiers pour prier, un tiers pour moi, et un tiers pour son sommeil. » (Ḥilyat al-Awliyāʾ)
Sa réponse à ceux qui le critiquaient
Un homme lui dit un jour : « Ô Abū Hurayra, tu rapportes trop de hadiths. » Il répondit :
« Mes frères parmi les Muhājirūn étaient occupés par leurs commerces, et mes frères parmi les Anṣār par leurs terres. Moi, j’étais un pauvre homme attaché au Prophète, ne quittant jamais sa compagnie. J’ai mémorisé ce qu’eux n’ont pas mémorisé. » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī)
Il disait encore :
« J’ai grandi orphelin, j’ai émigré pauvre, et j’ai été au service du Messager d’Allah en échange de mon estomac (ma nourriture). Quand j’ai appris le Coran, je ne demandais rien à personne. » (Ḥilyat al-Awliyāʾ)
Les deux sacs de science
Abū Hurayra rapporta :
« J’ai mémorisé de la part du Messager d’Allah ﷺ deux sacs de science. Quant au premier, je l’ai diffusé. Quant au second, si je le diffusais, on m’égorgerait. » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, Kitāb al-ʿIlm)
Les savants expliquent que le premier sac correspond aux hadiths de science et de guidance, qu’il transmit largement. Le second contenait des informations sensibles : l’annonce de troubles politiques (fitan), des noms d’hypocrites, et des détails sur les futurs dirigeants. Ibn Ḥajar al-ʿAsqalānī souligne que s’il les avait diffusés, cela aurait entraîné des divisions et même sa mise à mort. Adh-Dhahabī précise que ce « second sac » montre sa sagesse et sa prudence dans la transmission, afin de préserver l’unité de la communauté.
Rôle après la mort du Prophète ﷺ
Après la mort du Prophète ﷺ, Abū Hurayra fut gouverneur de Baḥrayn sous le califat de ʿUmar. Plus tard, il se consacra surtout à l’enseignement et à la transmission de la Sunna. De nombreux grands tābiʿūn (élèves de la génération suivante) étudièrent auprès de lui.
Critiques et défenses
Certains compagnons, comme ʿĀʾisha et Ibn ʿUmar رضي الله عنهم, s’étonnaient du grand nombre de hadiths rapportés par Abū Hurayra. ʿUmar رضي الله عنه lui-même le mit en garde de ne pas rapporter sans précaution. Ces critiques ne visaient pas sa sincérité mais la crainte d’erreurs dues à la transmission abondante.
Abū Hurayra répondait lui-même :
« Mes frères parmi les Muhājirūn étaient occupés par leurs commerces, et mes frères parmi les Anṣār par leurs terres. Moi, j’étais un pauvre homme attaché au Prophète, ne quittant jamais sa compagnie. » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī)
Les hypocrites de Médine l’accusèrent même d’inventer. Mais les savants de l’Islam sont unanimes : Abū Hurayra est digne de confiance (thiqa) et ses hadiths sont acceptés. Imām al-Shāfiʿī dit :
« Abū Hurayra est le plus digne de confiance dans la transmission des hadiths. » (al-Risāla)
Ibn Ḥajar al-ʿAsqalānī résuma les causes de son abondance dans la transmission :
- Son attachement constant au Prophète ﷺ.
- L’invocation du Prophète ﷺ qui renforça sa mémoire.
- Sa longue vie après la mort du Prophète ﷺ, lui permettant d’enseigner à de nombreux tābiʿūn. (al-Iṣāba)
Décès
Abū Hurayra mourut à Médine en l’an 57 H/676. Il fut enterré au cimetière d’al-Baqīʿ. Sa mort marqua la disparition d’une mémoire vivante de la Sunna.
Héritage spirituel
L’héritage d’Abū Hurayra est immense : grâce à lui, une grande partie de la Sunna du Prophète ﷺ a été préservée. Son nom reste associé à la fidélité et au service de la connaissance religieuse.
Un regard pour notre époque
À une époque où la mémoire et la transmission sont menacées par la distraction et l’oubli, l’exemple d’Abū Hurayra invite à la rigueur, à la patience et au dévouement dans l’apprentissage et la préservation de la religion. Il incarne l’importance de vivre pour la science utile et de la transmettre avec sincérité.
L’équipe d’Islamopedie
Sources
- Ibn Saʿd, Ṭabaqāt al-kubrā
- Ibn ʿAbd al-Barr, al-Istiʿāb fī maʿrifat al-aṣḥāb
- Ibn al-Athīr, Usd al-ghābah fī maʿrifat al-ṣaḥābah
- adh-Dhahabī, Siyar aʿlām al-nubalāʾ
- Abū Nuʿaym al-Iṣfahānī, Ḥilyat al-Awliyāʾ
- Ibn Ḥajar al-ʿAsqalānī, al-Iṣāba fī tamyīz al-ṣaḥāba
- al-Bukhārī, Ṣaḥīḥ
- Muslim, Ṣaḥīḥ